Du per­son­nel « craque » à l’hô­pi­tal

L'Éclaireur du Gâtinais (Loiret) - - En Gâtinais - LAU­RENCE BER­NARD

La pé­riode des fêtes est à la fois plus calme dans cer­tains ser­vices mais plus dense aux ur­gences. Mais cette an­née, il y a tel­le­ment eu foule aux ur­gences que ce­la a gran­de­ment re­ten­ti sur les autres ser­vices. Cer­tains per­son­nels n’en pou­vaient plus, et par­ti­cu­liè­re­ment en chi­rur­gie.

C’est un cri d’alarme que des in­fir­mières de chi­rur­gie ont pous­sé pen­dant les fêtes. Pour elles, la trêve des confi­seurs n’en a pas été une. Elle s’est même avé­rée par­ti­cu­liè­re­ment pé­nible.

L’une d’elles ex­plique : « Il nous ar­rive ré­gu­liè­re­ment d’être une seule in­fir­mière pour 15 pa­tients ; c’est dé­jà trop “ten­du” et nous l’avons dé­jà dit. Mais cette fois, une jeune in­fir­mière s’est re­trou­vée seule avec 21 pa­tients. Com­ment vou­lez­vous qu’elle fasse cor­rec­te­ment son tra­vail ? Ce n’est pas pos­sible ».

« Je souffre pour ma fille in­fir­mière »

La jeune in­fi­mière en ques­tion est la fille de celle qui vient de s’ex­pri­mer. Et qui n’a pas man­qué de le faire sa­voir à l’ad­mi­nis­ tra­teur ve­nu sa­luer les pa­rents du 1er bé­bé de l’an­née (voir ci­des­sus), avec trois de ses ho­mo­logues dont la se­cré­taire du CHSCT (*). Cette der­nière ve­nait d’aler­ter L’Éclai­reur sur un « risque ma­jeur con­cer­nant le fonc­tion­ne­ment du ser­vice de chi­ru­gie C ». Nous avons donc as­sis­té à leur en­tre­vue.

« J’ai pous­sé ma fille à pour­suivre ses études d’in­fir­mière. Mais de­puis deux ans, c’est la ca­tas­trophe. Et main­te­nant, je souffre pour elle », dé­plo­rait celle que nous ap­pel­ le­rons Mon­sé, qui ajou­tait : « Beau­coup ne sup­portent plus le rythme de tra­vail ». Sa fille ajou­tait en apar­té : « Je suis di­plô­mée de­puis deux ans. Je dois être une des der­nières sor­ties à être res­tée au CHAM ». Pour­quoi ? « Parce que les condi­tions de tra­vail sont exé­crables ».

À écou­ter ces in­fir­mières de nuit, « la prise en charge des pa­tients est mau­vaise à cause de la sur­charge de tra­vail et du per­son­nel non­rem­pla­cé ».

La jeune femme ex­pli­ que : « Cette se­maine, on est 2 pour 30 pa­tients en chi­rur­gie or­tho­pé­dique ».

7 heures sans al­ler aux toi­lettes

Sa­chant les dif­fi­cul­tés ren­con­trées aux ur­gences pen­dant les fêtes, Na­dia Cri­ton, di­rec­trice ad­jointe, al­lait de son cô­té à la ren­contre des per­son­nels de ce ser­vice. Elle s’est ar­rê­tée pour dé­tailler à l’in­ten­tion des quatre in­fir­mières : « Nous avons fer­mé un ser­vice de 15 lits de chi­rur­gie sur 60, sans comp­ter les 12 de chi­rur­ gie am­bu­la­toire, car l’ac­ti­vi­té du bloc opé­ra­toire est ra­len­tie à cette pé­riode. Ce­ci est dû aux congés des chi­rur­giens mais aus­si au sou­hait des pa­tients de ne pas se faire opé­rer pen­dant les fêtes. Ces lits ont été fer­més du ven­dre­di 28 au soir jus­qu’au di­manche à 13 heures, au lieu de 20 heures comme pré­vu ».

« Oui, l’ad­mi­nis­tra­teur a pris la dé­ci­sion d’un “rem­plis­sage de pa­tients” à 13 heures mais sans chan­ger l’ef­fec­tif », re­bon­dit Mme Ro­ger, dé­lé­guée CGT et se­cré­taire du CHSCT ; « De 18 heures à 21 h 36, l’in­fir­mière s’est re­trou­vée seule avec 2 re­tours de bloc à sur­veiller, 6 en­trées à gé­rer et 10 tra­jec­toires en re­tard. Elle était épui­sée et en pleurs. C’est dans ces condi­tions que j’exerce un droit d’alerte ».

« L’or­ga­ni­sa­tion au­rait pu être dif­fé­rente, il fal­lait ap­pe­ler », plaide Na­dia Cri­ton en re­con­nais­sant que rien n’est simple, avec « un pro­blème de re­cru­te­ment des in­fir­mières au plan na­tio­nal – un mé­tier en ten­sion ».

La plus jeune baisse les yeux. « Il y a un mal­être ici comme dans tous les hô­pi­taux de France. Quand on passe 7 heures sans al­ler aux toi­lettes, on fait des in­fec­tions uri­naires à ré­pé­ti­tion. Et on nous ré­pond qu’on peut te­nir 7 heures ». On ne re­trouve néan­moins pas cette si­tua­tion dans tous les ser­vices de chi­rur­gie. Estce aus­si dans ces dif­fé­rences qu’il faut cher­cher des so­lu­tions ? En tout cas, un droit d’alerte doit être sui­vi ra­pi­de­ment d’une ré­ponse. (*) Co­mi­té d’hy­giène, de sé­cu­ri­té et des condi­tions de tra­vail.

Avec près de 200 en­trées par jour, les ur­gences ont dû « ven­ti­ler » de nom­breux pa­tients.

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