L'Equipe

Ban-ban, un pistolet dans le Tour

Troisième du Tour 1981 et cinquième en 1983, Robert Alban n’a jamais rien calculé en montagne.

- MÂCON –( SAÔNE-ET-LOIRE) GILLES COMTE

TOUT LE MONDE le connaissai­t sous le sobriquet de « Ban-Ban ». On ne s’était pas cassé la tête pour trouver un surnom à Robert Alban, mais dans la simplicité même de cette syllabe répétée on sentait l’affection du peloton pour cette liane de coureur, cet escogriffe aux jambes interminab­les, qui pouvait prétendre à regarder le monde de haut mais inclinait la tête par modestie. BanBan était aussi une onomatopée qui claquait comme la double détonation d’une arme à feu, ce qui devait plaire au légendaire Raphaël Géminiani, dit le « Vieux Fusil », qui l’a guidé chez Fiat avant de le confier à Philippe Crépel, jeune directeur sportif de la Redoute.

Ban-Ban, feu, partez ! Assis à une bonne table des bords de Saône, à Mâcon, Robert Alban, soixante et un ans, et Georges Bonnefond – qui l’a mis sur un vélo de course à dix-sept ans et lui a assuré un emploi dans sa concession de voitures électrique­s jusqu’à sa récente retraite – devisent gaiement sur le caractère fantasque de l’ancien coureur : « Robert, t’étais trop généreux ! lui reproche son éternel mentor. Combien de fois tu m’as répété que tu abordais les cols devant et que tu te retournais pour le plaisir d’observer les types qui se faisaient lâcher ! Hinault gueulait. »

« Ah ça oui alors, Hinault n’arrêtait pas de me dire : “Ban-Ban, tu fais chier !”, rigole Robert Alban, le corps toujours jeune et affûté par 2 500 kilomètres de vélo cette année. Je mettais des à-coups, je plaçais vingt accélérati­ons dans l’alpe d’Huez. Avec le recul, j’ai des regrets, j’ai gâché pas mal de choses, à ne jamais réfléchir. »

Ses longues jambes noueuses, son torse court en proportion, lui donnaient des faux airs de Fausto Coppi sur un vélo, mais autant le Campioniss­imo semblait faire corps avec sa machine, autant Robert Alban semblait en lutte perpétuell­e avec elle, la balançant avec u n e a mpli t u d e d é mesurée . « J’avais 42×18/21 » , se justifie-t-il. Cahin-caha, sans rien calculer, le natif de l’Ain allait finir 19e de son premier Tour de France – et 2e à l’alpe d’Huez – après avoir perdu 22 minutes dans le contre-la-montre par équipes. « Sans ça, j’étais dans les cinq premiers » , note-t-il sans qu’aucun regret ne perce dans sa voix, conscient sûrement d’avoir été l’une des causes principale­s de cette faillite collective.

« J’AVAIS DE CES BAGUETTES… »

L’année suivante, Robert Alban terminait le Tour aux portes du top 10 (11e), et en 1981 il montait sur le podium des Champs-Élysées (3e). Cette saison-là, Robert Alban s’imposait à Morzine : « Au départ de l’étape, Raymond Poulidor m’a dit : “Oh, Ban-Ban, je ne t’ai jamais vu frais commeça ! C’est toi qui gagnes Dix-neuvième de son premier Tour, troisième en 1981 et vainqueur à Morzine (ci-contre) : Robert Alban,

c’était ce style-là, un peu particulie­r.

L’Équipe) aujourd’hui !” Poupou m’avait pris sous son aile quand je suis passé pro, en 1975 chez Gan-Mercier. »

La discussion s’enfonce un peu plus loin encore dans le temps car Georges Bonnefond – le grandpère de Rudy Molard, qui court son premier Tour avec Cofidis – tient à faire comprendre que tout ça ne tient pas du hasard : « À dix-sept ans, il en fait beaucoup moins. Il gagne sa première course, mais il n’est pas classé : à cause de son allure frêle, les commissair­es sont persuadés qu’il s’est fait auparavant doubler ! Il n’a pas osé se plaindre, mais le dimanche suivant, il est encore premier ! » « J’avais de ces ba- guettes… » , enchaîne, pensif, BanBan, qui revient sur l’an zéro de sa passion, née de nulle part : « J’avais quatorze ans quand j’ai enlevé le moteur de la mobylette pour mefabrique­r mon premier vélo. Mes parents étaient des “terriens”, pas très riches. Ensuite, c’est un demicourse auquel j’ai coupé l’attache de la dynamo. Dans le coin, les “pre-

Ensuite est venu le temps où mon frère Roger, décédé jeune d’un cancer, me conduisait sur de vraies courses avec sa Simca 1000. »

C’était le temps d’une insoucianc­e qui n’a jamais vraiment quitté Ban-Ban, la carcasse dansante la plus attachante dans l’ombre de Hinault.

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SAINT-MALO, HIER. – Qui s’est écarté de sa ligne ? Qui a donné un coup d’épaule à l’autre ? En tout cas, c’est bien Tom Veelers (ci-dessus,à droite) qui est tombé et Mark Cavendish (à gauche) qui termine troisième. Consolé par John Dekenkolb, Tom...

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