La pan­thère basque

Né au Pays basque de pa­rents ayant fui la guerre ci­vile au Li­be­ria, le très vé­loce at­ta­quant de l’Ath­le­tic Bil­bao est l’une des ré­vé­la­tions de l’an­née 2015 en Li­ga.

L'Équipe - - FOOTBALL - RO­MAIN LAFONT

Il a mar­qué un but d’un coup du som­bre­ro en­chaî­né d’une vo­lée sur­puis­sante, le 8 no­vembre, contre l’Es­pa­nyol. Il a été fla­shé, en mai der­nier contre La Co­rogne, à 35,71 km/h, bat­tant le re­cord de vi­tesse d’un joueur lors d’un match de Li­ga. Il a ins­crit le seul but de l’Ath­le­tic Bil­bao contre le Bar­ça en fi­nale de la der­nière Coupe du Roi (1-3). Le tout à seule­ment vingt et un ans.

Mais ce n’est pas ça le plus su­pre­nant, en fait, chez Iña­ki Williams, pre­mier joueur noir de l’his­toire à ins­crire un but pour le club basque, en fé­vrier à Tu­rin contre le To­ri­no (2-2). Le plus éton­nant, c’est sans doute com­ment l’at­ta­quant re­con­ver­ti ai­lier droit en est ve­nu à se re­trou­ver au mi­lieu des Adu­riz et autres Su­sae­ta au sein de l’ins­ti­tu­tion basque, qui se dé­place ce soir à Vi­go.

Cent cin­quante mille morts et des cen­taines de mil­liers de ré­fu­giés : tel est le bi­lan de la pre­mière guerre ci­vile au Li­be­ria, entre 1989 et 1997. Par­mi les dé­pla­cés, Ma­ria Ar­thuer, qui fuit vers le camp de ré­fu­giés de Bu­du­bu­ram, près d’Ac­cra, la ca­pi­tale gha­néenne, où elle ren­contre Fe­lix Williams. Le couple par­ti­ra quelque temps après vers l’Eu­rope et at­ter­ri­ra à Ba­ra­kal­do, dans la ban­lieue de Bil­bao, en 1994. Ma­ria est alors en­ceinte et, le 15 juin, naît Iña­ki. Un pré­nom ty­pi­que­ment basque mais qui, un ha­sard se­lon les proches du joueur, est aus­si le sur­nom don­né dans la ré­gion aux ven­deurs am­bu­lants noirs.

Les pre­miers mois sont dif­fi­ciles, entre pe­tits bou­lots dans les ven­danges ou à s’oc­cu­per d’ani­maux. Le pa­pa doit même s’exi­ler en Angleterre quelques an­nées plus tard pour trou­ver du tra­vail. « J’ai tou­jours vou­lu at­teindre l’équipe pre­mière pour ai­der mes pa­rents fi­nan­ciè­re­ment, ra­conte le joueur. Ils m’ont ap­pris qu’il ne fal­lait ja­mais aban­don­ner et ont tra­vaillé dur pour que mon frère et moi ne man­quions de rien. »

AR­BITRE DE JEUNES POUR DIX EU­ROS LA SE­MAINE

Pen­dant que Fe­lix est à Londres, Iña­ki et sa mère, qui a trou­vé un emploi dans une en­tre­prise de net­toyage, vivent à Pam­pe­lune. C’est là, au Club De­por­ti­vo Pam­plo­na, où il évo­lue de qua­torze à dix-sept ans, que l’avant-centre est re­pé­ré par Fe­lix Tain­ta, de­ve­nu son agent. « Il n’était pas un joueur phy­sique, de com­bat, mais il était plus ra­pide que per­sonne. Tech­ni­que­ment, il n’était dé­jà pas mau­vais, mais c’est sa vi­tesse qui le ren­dait unique », se rap­pelle le re­pré­sen­tant. Williams, sur­nom­mé Ba­lo­tel­li par ses co­équi­piers de l’époque, ar­bitre alors des matches de ga­mins pour dix eu­ros la se­maine. Ce fan de Drog­ba vient éga­le­ment une fois par se­maine à Le­za­ma, le centre d’en­traî­ne­ment de l’Ath­le­tic. C’est à l’été 2012 que le club le fe­ra fi­na­le­ment si­gner, per­met­tant à son père de ren­trer vivre au Pays basque et donc à la famille d’être à nou­veau réunie.

Les buts s’en­chaînent, en jeunes (35 en 31 matches sur une sai­son) puis avec la ré­serve, jus­qu’au 6 dé­cembre 2014 et une pre­mière convo­ca­tion par Er­nes­to Val­verde, contre Cor­doue (0-1). En­suite, tout va très vite. Pre­mier match de C 3 en fé­vrier à Tu­rin, et pre­mier but donc. Pre­mière sélection en mars avec les Es­poirs es­pa­gnols. Pre­mier but en Li­ga, en mai contre Elche (3-2). Et, très vite aus­si, un sta­tut de co­que­luche.

« Willi, tu es plus mé­dia­tique que nous », lui disent ses par­te­naires de l’Ath­le­tic. « Il doit bien y avoir un avan­tage à être noir », leur ré­pond avec ma­lice Williams, au­teur de cinq buts en onze matches de Li­ga cette sai­son. Jus­qu’où peut al­ler le conte de fées ? « Il est en train de de­ve­nir un grand joueur, an­non­çait Val­verde en no­vembre, après un dou­blé contre le Be­tis. Nous at­ten­dons beau­coup de lui. Il doit nous don­ner plus. » On ne sait pas jus­qu’où ce­la va le me­ner, mais, au moins, le gar­çon a l’air de sa­voir écou­ter : cinq jours après, il avait ins­crit trois nou­veaux buts.

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