L'Equipe

PATRICE EVRA

« J’AI TELLEMENT CONFIANCE »

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL SÉBASTIEN TARRAGO

À deux mois du début de l’Euro, où il voit les Bleus aller loin, le latéral dit tout sur l’équipe de France, l’affaire de la sextape…

TURIN – La dernière fois, c’était il y a six ans. Il portait encore le maillot de Manchester United et, en ce printemps 2010, Patrice Évra avait reçu L’Équipe dans un petit restaurant italien où il avait ses habitudes pour raconter ses rêves et ses espoirs avant la Coupe du monde sud-africaine. Depuis, silence radio. Entre-temps, il y aura eu la grève de Knysna et cette une de notre journal sur les insultes de Nicolas Anelka à Raymond Domenech. Il ne cessera alors de repousser nos sollicitat­ions. Elles revenaient à intervalle­s irrégulier­s, quand la lassitude d’entendre ses refus nous quittait. Mais cette fois, il a dit oui. « On ne va pas se faire la tête toute la vie », glissera-t-il au coeur de l’entretien-fleuve qu’il nous a accordé, mercredi à Turin. Le premier à un journal français depuis l’été 2010.

SON IMAGE

“JE NE VEUX ÊTRE L’EXEMPLE DE PERSONNE”

« Depuis la Coupe du monde 2014, votre image s’est métamorpho­sée. Vous faisiez l’unanimité contre vous, au moins dans les médias, et désormais, c’est l’inverse. Vous n’êtes plus contesté sportiveme­nt, vos coéquipier­s vous adorent et on vous présente comme un exemple d’abnégation. Ça doit faire bizarre, non ?

(Il sourit.) Oui et non. Je viens d’un quartier, je n’ai pas fait de centre de formation : franchemen­t, ma préoccupat­ion, ce n’est pas mon image. Que l’on m’aime ou que l’on ne m’aime pas, peu importe. La seule chose qui aurait pu me toucher, c’est si quelqu’un avait dit que je n’aimais pas le maillot de l’équipe de France. Parce que ce maillot représente énormément pour moi. Je n’ai encore rien gagné avec mon pays. Et je veux que ça change. L’objectif, plus que jamais, c’est de gagner cet Euro.

Ça doit quand même vous faire plaisir, non ?

Mais non, franchemen­t ! Ce qui me touche, c’est ce que pensent mes coéquipier­s. Je ne suis pas en recherche d’affection. Je ne suis pas en manque de câlins. Je ne joue pas au foot pour ça. Je joue au foot parce que je suis un gagneur. J’arrive à un âge (35 ans, le 15 mai) où ce n’est même plus ma performanc­e qui m’intéresse. Ce que je veux, c’est transmettr­e à mes coéquipier­s cette envie de tout casser. Je n’ai jamais été touché par aucune critique. J’ai d’autres chats à fouetter. Je fais de la méditation, je suis quelqu’un de religieux. Tant que ma famille et moi sommes en bonne santé, le reste, ce n’est pas mon problème. Là, je parle parce que ça fait longtemps. On ne va pas se faire la tête toute la vie. Mais je n’ai pas besoin d’apparaître dans les médias.

Comprenez-vous que cela puisse surprendre ?

Oui, peut-être. Chacun est fait différemme­nt. On m’a dit : ‘‘On a l’impression que tu n’as pas de coeur.’’ Pas du tout. Bien sûr que j’ai un coeur, bien sûr que j’ai des sentiments. Mais je ne joue pas de rôle. Que l’on me critique ou que l’on m’encense, ça ne change rien à ma vie. Et puis, on parle de critiques mais moi, dans la rue, personne n’a jamais été désagréabl­e avec moi. Jamais.

C’est dû à la notoriété, ça.

Peut-être. Peut-être que ceux qui sont gentils avec moi me critiquaie­nt la veille. Mais moi, après 2010, je n’ai pas pris mon jet pour partir en vacances. Au contraire, j’allais manger en plein centre de Paris. Quand elle a vu l’attitude des gens envers moi, ma femme m’a dit : ‘‘Mais ce n’est pas possible, tu ne te rends pas compte de ce qu’ils disaient.’’ Je n’ai pas ressenti toute cette virulence, jamais. Après, il faut dire, aussi, que mes proches n’ont pas le droit de me rapporter ce qu’il se dit sur moi. Vous le leur interdisez... Oui. Bon, parfois, c’est plus fort qu’eux et je le comprends. Je sais qu’ils ont souffert par moments. C’est pour cela que j’ai dû répondre, un jour, à quelques consultant­s. Vous me dites que ça a changé, que je suis un exemple. Mais, moi, je ne veux être l’exemple de personne. Je veux juste que les joueurs autour de moi se sentent en confiance. Qu’ils se disent : “Avec ce gars-là, on va faire quelque chose de grand.”

SON CARACTÈRE

“JE NE SUIS PAS UNE TÊTE DE MULE”

Au cours de cette période, au-delà du foot, vous avez connu des moments difficiles avec le décès brutal d’un de vos frères, d’une belle-soeur. Comment dépasse-t-on tous ces événements sans s’effondrer ?

Je ne sais pas. Vraiment. Aux enterremen­ts, je n’ai pas versé la moindre larme. Peutêtre qu’un jour, je vais exploser. Ma mère me dit : ‘‘Patrice, il faudrait que tu pleures un bon coup pour lâcher toutes tes émotions.’’ Mais je n’y arrive pas.

Vous vous imposez de ne pas montrer de faiblesses ?

Pas du tout. Un homme qui pleure, ce n’est pas une faiblesse. Mais pour l’instant… (Il se reprend) La seule faiblesse que j’ai, c’est devant ma fille. Elle, c’est mon boss. Elle me dit un truc, je le fais (il sourit).

Vous dégagez une forme de dureté. Êtes-vous quelqu’un de dur ?

Je ne me sens pas comme ça, non. C’est l’image que je dégage, peut-être. Mais dans la vie, je suis quelqu’un de doux, je ne m’énerve pas beaucoup. Depuis 2014, je vous l’ai dit, je fais beaucoup de méditation et ça m’apporte énormément. Ça m’amène à aller vers les autres et, en allant vers les autres, ça m’aide aussi, sans doute, par rapport aux douleurs que je peux avoir. Quand je prends soin d’un groupe, d’une équipe, j’ai encore plus d’énergie.

Vous êtes une tête de mule, parfois.

Pas du tout. Si tu as raison, je te le dirai.

Pourquoi je prendrais ma retraite internatio­nale ? Tant que je jouerai au foot, je voudrai jouer pour les Bleus.

Peut-être que mon assurance se transforme parfois en arrogance aux yeux des gens, je ne sais pas. Mais si j’ai été zéro à un match, je te le dirai. À l’inverse, si j’ai été bon, je le dirai aussi. Je ne suis pas une tête de mule, non. Après, je ne sais pas ce que je dégage, je ne me regarde pas à la télé. J’essaye juste d’être le plus naturel possible. Peut-être que dans les centres de formation, on leur apprend à dire des choses formatées. Moi, si je parle, je dis ce que je pense. Ça peut plaire, ça peut déplaire, peu importe. Je ne calcule pas. Peut-être que je devrais. Mais je ne peux pas.

Votre enfance aux Ulis, en région parisienne, dans un quartier difficile comme l’on dit, explique-t-elle ce caractère ?

Oui. Là, je suis d’accord. Si je n’avais pas grandi aux Ulis, peut-être que je n’aurais pas rebondi après certaines épreuves. J’ai été très bien éduqué par mes parents, mais tu es quand même livré à toi-même. Je suis devenu un homme plus tôt que prévu. Et ça m’a beaucoup aidé. J’ai toujours eu faim, j’ai encore faim et tant que j’aurai cette faim, je serai ainsi. J’aime tellement le foot... Je redoute le jour où je devrai arrêter ma carrière. Ma mère le redoute aussi, d’ailleurs. Je veux tellement gagner. On va encore dire que je suis arrogant mais, depuis dix ans, je suis l’arrière gauche le plus régulier au monde. Si on gagne le titre cette année avec la Juve, ça fera sept Championna­ts en dix ans.

Votre mère vous a élevé seule durant votre adolescenc­e.

(Il coupe.) Oui, mon père est parti quand j’avais dix ans.

Vous en avez vraiment bavé ou pas tant que ça...

C’était dur. J’ai fait des choses dont je ne suis pas fier. Quand mon père est parti, ma mère devait s’occuper d’au moins dix enfants, elle travaillai­t à Tati Barbès, forcément, c’était compliqué. Le midi, parfois, j’allais au McDo où travaillai­t mon frère pour profiter de son repas gratuit. Il me le donnait. Quand j’en parle, c’est beaucoup d’émotion mais c’est tout ça qui m’a permis de réussir. Et le jour où je n’aurai plus cette faim-là, j’arrêterai. Je ne volerai les sous de personne.

SA SORTIE SUR LES CONSULTANT­S

“ILS ONT LE DROIT DE PARLER ET PAS MOI ?”

Ce n’est pas la chose la plus originale du monde, mais votre mère représente beaucoup pour vous. Est-ce pour cette raison que vous étiez si en colère contre Pierre Ménès (1) lorsque vous avez critiqué plusieurs consultant­s (Bixente Lizarazu, Luis Fernandez, Rolland Courbis étaient aussi visés), en octobre 2013 ? Il avait déclaré : ‘‘Il serait prêt à vendre sa mère pour aller en équipe de France’’ et…

(Il coupe.) Oui. Tu fais ce que tu veux avec moi mais ça, non. Ma mère a eu des pépins. Un jour, on m’appelle pour me dire qu’elle rentre à l’hôpital parce qu’elle a mal au ventre. Quand je suis arrivé, on l’avait amputée d’une jambe. Je ne blague pas avec ça.

Mais est-ce pour cela que vous aviez été si virulent ?

Mais je n’ai pas été virulent. On en a fait des tonnes. On voulait me suspendre. Mais on va où ? Eux, ils ont le droit de parler et pas moi ? En plus, c’était à ma façon, avec des blagues, et ça a fait rire beaucoup de monde.

Cette sortie, vous l’avez regrettée ?

Non. J’ai parlé avec certains d’entre eux. En revanche, si cela a touché certaines familles, alors là, oui, j’en suis désolé.

Les choses se sont arrangées avec Luis Fernandez. Avec Bixente Lizarazu, en revanche…

Mais je n’ai jamais eu de problème avec lui. Le problème, c’est que je joue au même poste que lui. Mais je respecte sa carrière. Demain, si je le croise, je lui serre la main.

Lui, durant un temps, ne prononçait jamais votre nom sur TF 1.

Ah bon ? Si sa vie est meilleure comme ça, tant mieux pour lui. Ce n’est pas mon problème.

SON AVENIR

“MES EXEMPLES, CE SONT ZANETTI, GIGGS, MALDINI”

Vous arrivez en fin de contrat à la Juventus Turin. Vous aurez trente-cinq ans en mai. Allez-vous arrêter votre carrière après l’Euro ?

(Il rit.) Ah pas du tout, non ! Tant que j’aurai mes jambes, je continuera­i à courir. Mes exemples, ce sont Zanetti, Giggs, Maldini. Ils ont arrêté à quarante ans. J’ai encore le temps. J’en profite, d’ailleurs, pour dire un grand merci à la Juve. La façon dont les gens se sont occupés de moi ici, le respect qu’ils ont pour moi, ça me touche. Ils veulent poursuivre l’aventure et, aujourd’hui, ça ne dépend que de moi. Mais ce n’est pas le moment. Il y a un Championna­t et la Coupe d’Italie à gagner. Le moment venu, on va s’asseoir à table, ça prendra dix minutes, ce sera oui ou non.

Ils veulent vous prolonger de deux ans. Vous n’avez pas encore pris de décision ?

Non.

Cela paraît forcément étrange. Vous aurez trente-cinq ans en mai, la Juve vous propose deux ans de contrat…

Peut-être, mais c’est comme ça. J’ai un ange au-dessus de moi. Il me fera faire le bon choix. Moi, ce que je veux, c’est gagner.

Vous n’irez jamais en Chine, alors.

Si toutes les portes sont fermées, on ne sait jamais. J’aime bien l’Asie, mais ce n’est pas du tout mon objectif pour l’instant. J’ai envie de suer, de m’entraîner, de faire des sacrifices pour gagner encore des titres.

Et rejouer en France, c’est impossible ? Ce n’est pas une bonne idée en général.

Qui dit que ce n’est pas une bonne idée ? Je n’ai peur de rien. Tout ça, c’est du pipeau. Si je vais dans un endroit, je serai serein et confiant.

Et les Bleus ? Vous prendrez votre retraite internatio­nale après l’Euro ?

Non ! Je partirai des Bleus quand mon pays me dira qu’il n’a plus besoin de moi. Pourquoi je prendrais ma retraite internatio­nale ? Tant que je jouerai au foot, je voudrai jouer pour les Bleus. Je veux rester au haut niveau. Je ne sais pas jusqu’à quand je le pourrai. Mais je serai honnête : quand je verrai qu’on me fait danser à l’entraîneme­nt, ce sera terminé. En attendant, je continue.

Dans une interview à Canal +, il y a quelques mois, vous aviez eu des mots un peu durs pour les jeunes latéraux français (2). C’était quoi, l’idée ? Les titiller, les assommer ou les rendre meilleurs ?

Je suis prêt à prendre des pierres sur la tête pour n’importe quel joueur. C’est vrai pour Karim. C’est vrai pour Mathieu (Valbuena).

Les rendre meilleurs. Ç’a été mal pris ?

Pas tant que ça, non.

Je n’espère pas. Layvin (Kurzawa), avant qu’il parte à Paris, je lui ai donné des conseils. Digne, je lui donne des conseils. Benjamin Mendy, quand il a perdu sa mère, je l’ai appelé. Je veux les aider. Parce que je ne suis pas aigri. Tôt ou tard, ils prendront ma place. On en revient à Lizarazu. Quand je suis arrivé en bleu, c’est le seul qui ne m’a pas serré la main. D’ailleurs, il a menti en racontant qu’on n’avait jamais été sélectionn­és ensemble. On avait été appelés avant le match amical contre le Brésil en 2004.

Pourquoi vos coéquipier­s vous apprécient-ils tant ?

Parce que je suis franc avec eux. Je leur amène peut-être de l’assurance, aussi. Je serais prêt à prendre des pierres sur la tête pour n’importe quel joueur de cette équipe et ils le savent.

Ça, c’est une phrase bourrée d’ego, quelque part.

Ce n’est pas de l’ego. J’aime ça. C’est juste que j’aime être dans la difficulté. C’est tout.

L’AFFAIRE DE LA SEXTAPE

“SOYONS SINCÈRE : EST-CE QUE TOUT LE MONDE ASSUMERA LA PRESSION MÉDIATIQUE ? C’EST LA SEULE QUESTION ”

L’équipe de France peut-elle vraiment gagner l’Euro ?

Oui. Rien que d’en parler, ça me donne déjà envie d’être sur le terrain. J’ai tellement confiance. Tous les joueurs respectent l’entraîneur, son staff, et ils l’aiment, en plus. Ça, c’est rare. Il s’est créé quelque chose depuis le barrage qualificat­if à la Coupe du monde contre l’Ukraine (en 2013). Je compte vraiment, aussi, sur le public. Quand je suis arrivé au Stade de France avant ce match contre l’Ukraine, avec tous ces drapeaux, je savais qu’on allait se qualifier. L’atmosphère était incroyable. Dès que tu touchais le ballon, tu sentais cette force. C’est ça qu’on veut. C’est tellement fort. On a même un kop, maintenant. Je voudrais vraiment les remercier et je voudrais qu’ils soient de plus en plus nombreux. Ça nous touche vraiment.

Si Karim Benzema est sélectionn­é, cela ne risque-t-il pas de briser cet élan populaire ?

Je vous l’ai dit : je suis prêt à prendre des pierres sur la tête pour n’importe quel joueur. C’est vrai pour Karim. C’est vrai pour Mathieu (Valbuena). Après, quoi qu’il en soit, je serai derrière le coach, le staff et le président de la Fédération. Quelle que soit la décision.

Vous n’avez pas été choqué par ce qu’a fait Karim Benzema ?

Je ne connais pas l’ histoire. Je ne juge pas. L’ affaire est toujours en cours. Je ne prendrai parti pour personne. Comme je l’ai déjà dit, c’est se tirer deux balles dans le pied s’ils ne sont pas avec nous à l’Euro. Mais j’ai confiance dans le groupe et on fera avec ou sans eux.

Vous aimeriez qu’ils soient là tous les deux ?

Bien sûr.

Mais vous n’avez vraiment pas peur que cela attise les polémiques ?

Il faudra l’assumer. C’est un choix à faire. Soyons sincère : est-ce que tout le monde assumera la pression médiatique ? C’est la seule question.

Vous avez une réponse ?

Moi, j’assumerai. Mais le boss, c’est le coach. Et le président. Ils prendront la décision qu’il faut.

C’est-à-dire ?

KNYSNA

“SI J’AVAIS DAVANTAGE PENSÉ À MA GUEULE… ”

Même si cela vous gêne vis-à-vis d’Hugo Lloris, les autres joueurs vous décrivent souvent comme le capitaine des Bleus. Or, capitaine, vous ne le serez plus jamais. Vous le vivez comment, ça ?

Je n’ai pas demandé à avoir le brassard à Manchester, pas demandé à l’avoir en équipe de France. On me l’a donné. Il s’est passé ce qu’il s’est passé. On me l’a repris. Et, aujourd’hui, le capitaine, c’est Hugo.

Mais vous ne seriez pas fier d’être capitaine...

Fier, c’est un mot qui vient un peu par réflexe. Si, en 2010, j’avais été guidé par cette fierté et que j’avais pensé à ma gueule, peut-être que cela ne se serait pas passé comme ça.

J’ai été trop généreux. J’ai pris une décision du groupe sur mes épaules et, si j’avais davantage pensé à ma gueule, j’aurais peutêtre dit : ‘‘Attention aux répercussi­ons.’’ Et on n’aurait pas pris cette décision. Là, j’aurais dû être un vrai capitaine. Je ne l’ai pas été.

C’est l’occasion d’éclaircir un point. Deux versions circulent sur la grève de l’entraîneme­nt à Knysna. Encore récemment, Djibril Cissé a dit : ‘‘Le capitaine décide qu’on ne s’entraîne pas. Ça discute, certains ne veulent pas, mais on suit bêtement’’…

(Il coupe.) Il a dit ça ? Si c’est vrai, j’en prends note, je l’appellerai. S’il a dit ça, je suis très, très, très déçu car je n’aime pas les menteurs.

Il y a donc cette version et une autre, corroborée dans “L’Équipe Enquête”, le magazine de la rédaction de L’Équipe 21, par Laurent Davenas (3), selon laquelle vous auriez évité pire, à savoir la grève du match.

C’est la vérité. Je n’ai pas à mentir. Un jour, d’ailleurs, je ferai un livre sur ma carrière. Et je reviendrai aussi sur cette histoire.

Mais est-il vrai, donc, que vous avez empêché la grève du match ?

Oui, c’est vrai. Mais on s’en fout de tout ça. La commission avait tous ces éléments en main. Mais il fallait couper la tête d’un joueur et c’était celle du capitaine. En plus, franchemen­t, aujourd’hui, je comprends.

Ce n’est pas rien.

Mais les joueurs le savent, tout ça. Comme me dit Didier (Deschamps), toute ma vie, on me reparlera de Knysna. La preuve. C’est comme ça.

C’est lourd ?

Franchemen­t ? C’est léger comme une plume.

Vous étiez quand même devenu un peu dingue, non ?

Dingue, non. On était dans une bulle. Nous, on ne voulait pas s’entraîner. On voulait signer les autographe­s et rentrer à l’hôtel. Si cela s’était passé comme prévu, cela n’aurait pas fait tout ce bordel. C’est Raymond Domenech qui a fait confisquer les clés du bus. Tout ce bordel n’aurait pas eu lieu sans ça. Toutes ces histoires comme quoi certains voulaient descendre, comme quoi Gourcuff a été bloqué. Ce sont des mensonges. Je me suis levé trois fois, j’ai dit : ‘‘S’il y en a un qui descend, on descend tous.’’ Après, les rideaux qui se ferment, tout ça, il fallait appeler le SWAT (une unité d’élite de police aux États-Unis), c’était n’importe quoi. Bon, mais là, on reparle de Knysna et je n’ai pas envie. Ça fait six ans, quand même. Je ne suis plus là-dedans depuis longtemps.

En octobre dernier, “L’Équipe Magazine” vous avait consacré cette une : “Évra, l’insubmersi­ble”. Ça vous plaît, comme qualificat­if ?

(Il rit.) C’est pas mal ! On va encore dire que je suis arrogant, mais c’est pas mal.

Dernière question : cela fait six ans que vous n’aviez plus accepté de parler à “L’Équipe”. Pourquoi avoir dit oui, cette fois ?

(Il sourit.) Je ne sais pas. Je n’avais rien à faire. Je me suis dit : “Allez les gars, pourquoi pas ?”

(1) À propos de Pierre Ménès, Patrice Évra avait déclaré : « Lui, le jour où il arrivera à faire huit jongles, j’arrête ma carrière .» (2) « Ces jeunes-là, il va falloir qu’ils se réveillent. Ils peuvent m’appeler “le vieux”, “le dinosaure”, le vieux ne lâchera rien ! Mais je veux les aider. » (3) Président de la commission d’enquête sur les événements de Knysna.

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