PA­TRICE EVRA

« J’AI TEL­LE­MENT CONFIANCE »

L'Équipe - - LA UNE - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL SÉ­BAS­TIEN TARRAGO

À deux mois du dé­but de l’Eu­ro, où il voit les Bleus al­ler loin, le la­té­ral dit tout sur l’équipe de France, l’af­faire de la sex­tape…

TU­RIN – La der­nière fois, c’était il y a six ans. Il por­tait en­core le maillot de Man­ches­ter Uni­ted et, en ce prin­temps 2010, Pa­trice Évra avait re­çu L’Équipe dans un pe­tit res­tau­rant ita­lien où il avait ses ha­bi­tudes pour ra­con­ter ses rêves et ses es­poirs avant la Coupe du monde sud-afri­caine. De­puis, si­lence ra­dio. Entre-temps, il y au­ra eu la grève de Knys­na et cette une de notre jour­nal sur les in­sultes de Ni­co­las Anel­ka à Ray­mond Do­me­nech. Il ne ces­se­ra alors de re­pous­ser nos sol­li­ci­ta­tions. Elles re­ve­naient à in­ter­valles ir­ré­gu­liers, quand la las­si­tude d’en­tendre ses re­fus nous quit­tait. Mais cette fois, il a dit oui. « On ne va pas se faire la tête toute la vie », glis­se­ra-t-il au coeur de l’en­tre­tien-fleuve qu’il nous a ac­cor­dé, mer­cre­di à Tu­rin. Le pre­mier à un jour­nal fran­çais de­puis l’été 2010.

SON IMAGE

“JE NE VEUX ÊTRE L’EXEMPLE DE PER­SONNE”

« De­puis la Coupe du monde 2014, votre image s’est mé­ta­mor­pho­sée. Vous fai­siez l’una­ni­mi­té contre vous, au moins dans les mé­dias, et dé­sor­mais, c’est l’in­verse. Vous n’êtes plus contes­té spor­ti­ve­ment, vos co­équi­piers vous adorent et on vous pré­sente comme un exemple d’ab­né­ga­tion. Ça doit faire bi­zarre, non ?

(Il sou­rit.) Oui et non. Je viens d’un quar­tier, je n’ai pas fait de centre de for­ma­tion : fran­che­ment, ma pré­oc­cu­pa­tion, ce n’est pas mon image. Que l’on m’aime ou que l’on ne m’aime pas, peu im­porte. La seule chose qui au­rait pu me tou­cher, c’est si quel­qu’un avait dit que je n’ai­mais pas le maillot de l’équipe de France. Parce que ce maillot re­pré­sente énor­mé­ment pour moi. Je n’ai en­core rien ga­gné avec mon pays. Et je veux que ça change. L’ob­jec­tif, plus que ja­mais, c’est de ga­gner cet Eu­ro.

Ça doit quand même vous faire plai­sir, non ?

Mais non, fran­che­ment ! Ce qui me touche, c’est ce que pensent mes co­équi­piers. Je ne suis pas en re­cherche d’af­fec­tion. Je ne suis pas en manque de câ­lins. Je ne joue pas au foot pour ça. Je joue au foot parce que je suis un ga­gneur. J’ar­rive à un âge (35 ans, le 15 mai) où ce n’est même plus ma per­for­mance qui m’in­té­resse. Ce que je veux, c’est trans­mettre à mes co­équi­piers cette en­vie de tout cas­ser. Je n’ai ja­mais été tou­ché par au­cune cri­tique. J’ai d’autres chats à fouet­ter. Je fais de la mé­di­ta­tion, je suis quel­qu’un de re­li­gieux. Tant que ma fa­mille et moi sommes en bonne san­té, le reste, ce n’est pas mon pro­blème. Là, je parle parce que ça fait long­temps. On ne va pas se faire la tête toute la vie. Mais je n’ai pas be­soin d’ap­pa­raître dans les mé­dias.

Com­pre­nez-vous que ce­la puisse sur­prendre ?

Oui, peut-être. Cha­cun est fait dif­fé­rem­ment. On m’a dit : ‘‘On a l’im­pres­sion que tu n’as pas de coeur.’’ Pas du tout. Bien sûr que j’ai un coeur, bien sûr que j’ai des sen­ti­ments. Mais je ne joue pas de rôle. Que l’on me cri­tique ou que l’on m’en­cense, ça ne change rien à ma vie. Et puis, on parle de cri­tiques mais moi, dans la rue, per­sonne n’a ja­mais été désa­gréable avec moi. Ja­mais.

C’est dû à la no­to­rié­té, ça.

Peut-être. Peut-être que ceux qui sont gen­tils avec moi me cri­ti­quaient la veille. Mais moi, après 2010, je n’ai pas pris mon jet pour par­tir en va­cances. Au contraire, j’al­lais man­ger en plein centre de Pa­ris. Quand elle a vu l’at­ti­tude des gens en­vers moi, ma femme m’a dit : ‘‘Mais ce n’est pas pos­sible, tu ne te rends pas compte de ce qu’ils di­saient.’’ Je n’ai pas res­sen­ti toute cette vi­ru­lence, ja­mais. Après, il faut dire, aus­si, que mes proches n’ont pas le droit de me rap­por­ter ce qu’il se dit sur moi. Vous le leur in­ter­di­sez... Oui. Bon, par­fois, c’est plus fort qu’eux et je le com­prends. Je sais qu’ils ont souf­fert par mo­ments. C’est pour ce­la que j’ai dû ré­pondre, un jour, à quelques consul­tants. Vous me dites que ça a chan­gé, que je suis un exemple. Mais, moi, je ne veux être l’exemple de per­sonne. Je veux juste que les joueurs au­tour de moi se sentent en confiance. Qu’ils se disent : “Avec ce gars-là, on va faire quelque chose de grand.”

SON CA­RAC­TÈRE

“JE NE SUIS PAS UNE TÊTE DE MULE”

Au cours de cette pé­riode, au-de­là du foot, vous avez connu des mo­ments dif­fi­ciles avec le dé­cès bru­tal d’un de vos frères, d’une belle-soeur. Comment dé­passe-t-on tous ces évé­ne­ments sans s’ef­fon­drer ?

Je ne sais pas. Vrai­ment. Aux en­ter­re­ments, je n’ai pas ver­sé la moindre larme. Peu­têtre qu’un jour, je vais ex­plo­ser. Ma mère me dit : ‘‘Pa­trice, il fau­drait que tu pleures un bon coup pour lâ­cher toutes tes émo­tions.’’ Mais je n’y ar­rive pas.

Vous vous im­po­sez de ne pas mon­trer de fai­blesses ?

Pas du tout. Un homme qui pleure, ce n’est pas une fai­blesse. Mais pour l’ins­tant… (Il se re­prend) La seule fai­blesse que j’ai, c’est de­vant ma fille. Elle, c’est mon boss. Elle me dit un truc, je le fais (il sou­rit).

Vous dé­ga­gez une forme de du­re­té. Êtes-vous quel­qu’un de dur ?

Je ne me sens pas comme ça, non. C’est l’image que je dé­gage, peut-être. Mais dans la vie, je suis quel­qu’un de doux, je ne m’énerve pas beau­coup. De­puis 2014, je vous l’ai dit, je fais beau­coup de mé­di­ta­tion et ça m’ap­porte énor­mé­ment. Ça m’amène à al­ler vers les autres et, en al­lant vers les autres, ça m’aide aus­si, sans doute, par rap­port aux dou­leurs que je peux avoir. Quand je prends soin d’un groupe, d’une équipe, j’ai en­core plus d’éner­gie.

Vous êtes une tête de mule, par­fois.

Pas du tout. Si tu as rai­son, je te le di­rai.

Pour­quoi je pren­drais ma re­traite in­ter­na­tio­nale ? Tant que je joue­rai au foot, je vou­drai jouer pour les Bleus.

Peut-être que mon as­su­rance se trans­forme par­fois en ar­ro­gance aux yeux des gens, je ne sais pas. Mais si j’ai été zé­ro à un match, je te le di­rai. À l’in­verse, si j’ai été bon, je le di­rai aus­si. Je ne suis pas une tête de mule, non. Après, je ne sais pas ce que je dé­gage, je ne me re­garde pas à la té­lé. J’es­saye juste d’être le plus na­tu­rel pos­sible. Peut-être que dans les centres de for­ma­tion, on leur ap­prend à dire des choses for­ma­tées. Moi, si je parle, je dis ce que je pense. Ça peut plaire, ça peut dé­plaire, peu im­porte. Je ne cal­cule pas. Peut-être que je de­vrais. Mais je ne peux pas.

Votre en­fance aux Ulis, en ré­gion pa­ri­sienne, dans un quar­tier dif­fi­cile comme l’on dit, ex­plique-t-elle ce ca­rac­tère ?

Oui. Là, je suis d’ac­cord. Si je n’avais pas gran­di aux Ulis, peut-être que je n’au­rais pas re­bon­di après cer­taines épreuves. J’ai été très bien édu­qué par mes pa­rents, mais tu es quand même li­vré à toi-même. Je suis de­ve­nu un homme plus tôt que pré­vu. Et ça m’a beau­coup ai­dé. J’ai tou­jours eu faim, j’ai en­core faim et tant que j’au­rai cette faim, je se­rai ain­si. J’aime tel­le­ment le foot... Je re­doute le jour où je de­vrai ar­rê­ter ma car­rière. Ma mère le re­doute aus­si, d’ailleurs. Je veux tel­le­ment ga­gner. On va en­core dire que je suis ar­ro­gant mais, de­puis dix ans, je suis l’ar­rière gauche le plus ré­gu­lier au monde. Si on gagne le titre cette an­née avec la Juve, ça fe­ra sept Cham­pion­nats en dix ans.

Votre mère vous a éle­vé seule du­rant votre ado­les­cence.

(Il coupe.) Oui, mon père est par­ti quand j’avais dix ans.

Vous en avez vrai­ment ba­vé ou pas tant que ça...

C’était dur. J’ai fait des choses dont je ne suis pas fier. Quand mon père est par­ti, ma mère de­vait s’oc­cu­per d’au moins dix en­fants, elle tra­vaillait à Ta­ti Bar­bès, for­cé­ment, c’était com­pli­qué. Le mi­di, par­fois, j’al­lais au McDo où tra­vaillait mon frère pour pro­fi­ter de son re­pas gra­tuit. Il me le don­nait. Quand j’en parle, c’est beau­coup d’émo­tion mais c’est tout ça qui m’a per­mis de réus­sir. Et le jour où je n’au­rai plus cette faim-là, j’ar­rê­te­rai. Je ne vo­le­rai les sous de per­sonne.

SA SOR­TIE SUR LES CONSUL­TANTS

“ILS ONT LE DROIT DE PAR­LER ET PAS MOI ?”

Ce n’est pas la chose la plus ori­gi­nale du monde, mais votre mère re­pré­sente beau­coup pour vous. Est-ce pour cette rai­son que vous étiez si en co­lère contre Pierre Mé­nès (1) lorsque vous avez cri­ti­qué plu­sieurs consul­tants (Bixente Li­za­ra­zu, Luis Fer­nan­dez, Rol­land Cour­bis étaient aus­si vi­sés), en oc­tobre 2013 ? Il avait dé­cla­ré : ‘‘Il se­rait prêt à vendre sa mère pour al­ler en équipe de France’’ et…

(Il coupe.) Oui. Tu fais ce que tu veux avec moi mais ça, non. Ma mère a eu des pé­pins. Un jour, on m’ap­pelle pour me dire qu’elle rentre à l’hô­pi­tal parce qu’elle a mal au ventre. Quand je suis ar­ri­vé, on l’avait am­pu­tée d’une jambe. Je ne blague pas avec ça.

Mais est-ce pour ce­la que vous aviez été si vi­ru­lent ?

Mais je n’ai pas été vi­ru­lent. On en a fait des tonnes. On vou­lait me sus­pendre. Mais on va où ? Eux, ils ont le droit de par­ler et pas moi ? En plus, c’était à ma fa­çon, avec des blagues, et ça a fait rire beau­coup de monde.

Cette sor­tie, vous l’avez re­gret­tée ?

Non. J’ai par­lé avec cer­tains d’entre eux. En re­vanche, si ce­la a tou­ché cer­taines fa­milles, alors là, oui, j’en suis dé­so­lé.

Les choses se sont ar­ran­gées avec Luis Fer­nan­dez. Avec Bixente Li­za­ra­zu, en re­vanche…

Mais je n’ai ja­mais eu de pro­blème avec lui. Le pro­blème, c’est que je joue au même poste que lui. Mais je res­pecte sa car­rière. De­main, si je le croise, je lui serre la main.

Lui, du­rant un temps, ne pro­non­çait ja­mais votre nom sur TF 1.

Ah bon ? Si sa vie est meilleure comme ça, tant mieux pour lui. Ce n’est pas mon pro­blème.

SON AVE­NIR

“MES EXEMPLES, CE SONT ZA­NET­TI, GIGGS, MAL­DI­NI”

Vous ar­ri­vez en fin de contrat à la Juventus Tu­rin. Vous au­rez trente-cinq ans en mai. Al­lez-vous ar­rê­ter votre car­rière après l’Eu­ro ?

(Il rit.) Ah pas du tout, non ! Tant que j’au­rai mes jambes, je conti­nue­rai à cou­rir. Mes exemples, ce sont Za­net­ti, Giggs, Mal­di­ni. Ils ont ar­rê­té à qua­rante ans. J’ai en­core le temps. J’en pro­fite, d’ailleurs, pour dire un grand mer­ci à la Juve. La fa­çon dont les gens se sont oc­cu­pés de moi ici, le res­pect qu’ils ont pour moi, ça me touche. Ils veulent pour­suivre l’aven­ture et, au­jourd’hui, ça ne dé­pend que de moi. Mais ce n’est pas le mo­ment. Il y a un Cham­pion­nat et la Coupe d’Ita­lie à ga­gner. Le mo­ment ve­nu, on va s’as­seoir à table, ça pren­dra dix mi­nutes, ce se­ra oui ou non.

Ils veulent vous pro­lon­ger de deux ans. Vous n’avez pas en­core pris de dé­ci­sion ?

Non.

Ce­la pa­raît for­cé­ment étrange. Vous au­rez trente-cinq ans en mai, la Juve vous pro­pose deux ans de contrat…

Peut-être, mais c’est comme ça. J’ai un ange au-des­sus de moi. Il me fe­ra faire le bon choix. Moi, ce que je veux, c’est ga­gner.

Vous n’irez ja­mais en Chine, alors.

Si toutes les portes sont fer­mées, on ne sait ja­mais. J’aime bien l’Asie, mais ce n’est pas du tout mon ob­jec­tif pour l’ins­tant. J’ai en­vie de suer, de m’en­traî­ner, de faire des sa­cri­fices pour ga­gner en­core des titres.

Et re­jouer en France, c’est im­pos­sible ? Ce n’est pas une bonne idée en gé­né­ral.

Qui dit que ce n’est pas une bonne idée ? Je n’ai peur de rien. Tout ça, c’est du pi­peau. Si je vais dans un en­droit, je se­rai se­rein et confiant.

Et les Bleus ? Vous pren­drez votre re­traite in­ter­na­tio­nale après l’Eu­ro ?

Non ! Je par­ti­rai des Bleus quand mon pays me di­ra qu’il n’a plus be­soin de moi. Pour­quoi je pren­drais ma re­traite in­ter­na­tio­nale ? Tant que je joue­rai au foot, je vou­drai jouer pour les Bleus. Je veux res­ter au haut ni­veau. Je ne sais pas jus­qu’à quand je le pour­rai. Mais je se­rai hon­nête : quand je ver­rai qu’on me fait dan­ser à l’en­traî­ne­ment, ce se­ra ter­mi­né. En at­ten­dant, je conti­nue.

Dans une in­ter­view à Ca­nal +, il y a quelques mois, vous aviez eu des mots un peu durs pour les jeunes la­té­raux fran­çais (2). C’était quoi, l’idée ? Les ti­tiller, les as­som­mer ou les rendre meilleurs ?

Je suis prêt à prendre des pierres sur la tête pour n’im­porte quel joueur. C’est vrai pour Ka­rim. C’est vrai pour Ma­thieu (Val­bue­na).

Les rendre meilleurs. Ç’a été mal pris ?

Pas tant que ça, non.

Je n’es­père pas. Lay­vin (Kur­za­wa), avant qu’il parte à Pa­ris, je lui ai don­né des conseils. Digne, je lui donne des conseils. Ben­ja­min Men­dy, quand il a per­du sa mère, je l’ai ap­pe­lé. Je veux les ai­der. Parce que je ne suis pas ai­gri. Tôt ou tard, ils pren­dront ma place. On en re­vient à Li­za­ra­zu. Quand je suis ar­ri­vé en bleu, c’est le seul qui ne m’a pas ser­ré la main. D’ailleurs, il a men­ti en ra­con­tant qu’on n’avait ja­mais été sé­lec­tion­nés en­semble. On avait été ap­pe­lés avant le match ami­cal contre le Bré­sil en 2004.

Pour­quoi vos co­équi­piers vous ap­pré­cient-ils tant ?

Parce que je suis franc avec eux. Je leur amène peut-être de l’as­su­rance, aus­si. Je se­rais prêt à prendre des pierres sur la tête pour n’im­porte quel joueur de cette équipe et ils le savent.

Ça, c’est une phrase bour­rée d’ego, quelque part.

Ce n’est pas de l’ego. J’aime ça. C’est juste que j’aime être dans la dif­fi­cul­té. C’est tout.

L’AF­FAIRE DE LA SEX­TAPE

“SOYONS SIN­CÈRE : EST-CE QUE TOUT LE MONDE AS­SU­ME­RA LA PRES­SION MÉ­DIA­TIQUE ? C’EST LA SEULE QUES­TION ”

L’équipe de France peut-elle vrai­ment ga­gner l’Eu­ro ?

Oui. Rien que d’en par­ler, ça me donne dé­jà en­vie d’être sur le ter­rain. J’ai tel­le­ment confiance. Tous les joueurs res­pectent l’en­traî­neur, son staff, et ils l’aiment, en plus. Ça, c’est rare. Il s’est créé quelque chose de­puis le bar­rage qua­li­fi­ca­tif à la Coupe du monde contre l’Ukraine (en 2013). Je compte vrai­ment, aus­si, sur le pu­blic. Quand je suis ar­ri­vé au Stade de France avant ce match contre l’Ukraine, avec tous ces dra­peaux, je sa­vais qu’on al­lait se qua­li­fier. L’at­mo­sphère était in­croyable. Dès que tu tou­chais le bal­lon, tu sen­tais cette force. C’est ça qu’on veut. C’est tel­le­ment fort. On a même un kop, main­te­nant. Je vou­drais vrai­ment les re­mer­cier et je vou­drais qu’ils soient de plus en plus nom­breux. Ça nous touche vrai­ment.

Si Ka­rim Ben­ze­ma est sé­lec­tion­né, ce­la ne risque-t-il pas de bri­ser cet élan po­pu­laire ?

Je vous l’ai dit : je suis prêt à prendre des pierres sur la tête pour n’im­porte quel joueur. C’est vrai pour Ka­rim. C’est vrai pour Ma­thieu (Val­bue­na). Après, quoi qu’il en soit, je se­rai der­rière le coach, le staff et le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion. Quelle que soit la dé­ci­sion.

Vous n’avez pas été cho­qué par ce qu’a fait Ka­rim Ben­ze­ma ?

Je ne connais pas l’ his­toire. Je ne juge pas. L’ af­faire est tou­jours en cours. Je ne pren­drai par­ti pour per­sonne. Comme je l’ai dé­jà dit, c’est se ti­rer deux balles dans le pied s’ils ne sont pas avec nous à l’Eu­ro. Mais j’ai confiance dans le groupe et on fe­ra avec ou sans eux.

Vous ai­me­riez qu’ils soient là tous les deux ?

Bien sûr.

Mais vous n’avez vrai­ment pas peur que ce­la at­tise les po­lé­miques ?

Il fau­dra l’as­su­mer. C’est un choix à faire. Soyons sin­cère : est-ce que tout le monde as­su­me­ra la pres­sion mé­dia­tique ? C’est la seule ques­tion.

Vous avez une ré­ponse ?

Moi, j’as­su­me­rai. Mais le boss, c’est le coach. Et le pré­sident. Ils pren­dront la dé­ci­sion qu’il faut.

C’est-à-dire ?

KNYS­NA

“SI J’AVAIS DA­VAN­TAGE PEN­SÉ À MA GUEULE… ”

Même si ce­la vous gêne vis-à-vis d’Hu­go Llo­ris, les autres joueurs vous dé­crivent sou­vent comme le ca­pi­taine des Bleus. Or, ca­pi­taine, vous ne le se­rez plus ja­mais. Vous le vi­vez comment, ça ?

Je n’ai pas de­man­dé à avoir le bras­sard à Man­ches­ter, pas de­man­dé à l’avoir en équipe de France. On me l’a don­né. Il s’est pas­sé ce qu’il s’est pas­sé. On me l’a re­pris. Et, au­jourd’hui, le ca­pi­taine, c’est Hu­go.

Mais vous ne se­riez pas fier d’être ca­pi­taine...

Fier, c’est un mot qui vient un peu par ré­flexe. Si, en 2010, j’avais été gui­dé par cette fier­té et que j’avais pen­sé à ma gueule, peut-être que ce­la ne se se­rait pas pas­sé comme ça.

J’ai été trop gé­né­reux. J’ai pris une dé­ci­sion du groupe sur mes épaules et, si j’avais da­van­tage pen­sé à ma gueule, j’au­rais peu­têtre dit : ‘‘At­ten­tion aux ré­per­cus­sions.’’ Et on n’au­rait pas pris cette dé­ci­sion. Là, j’au­rais dû être un vrai ca­pi­taine. Je ne l’ai pas été.

C’est l’oc­ca­sion d’éclair­cir un point. Deux ver­sions cir­culent sur la grève de l’en­traî­ne­ment à Knys­na. En­core ré­cem­ment, Dji­bril Cis­sé a dit : ‘‘Le ca­pi­taine dé­cide qu’on ne s’en­traîne pas. Ça dis­cute, cer­tains ne veulent pas, mais on suit bê­te­ment’’…

(Il coupe.) Il a dit ça ? Si c’est vrai, j’en prends note, je l’ap­pel­le­rai. S’il a dit ça, je suis très, très, très dé­çu car je n’aime pas les men­teurs.

Il y a donc cette ver­sion et une autre, cor­ro­bo­rée dans “L’Équipe En­quête”, le ma­ga­zine de la ré­dac­tion de L’Équipe 21, par Laurent Da­ve­nas (3), se­lon la­quelle vous au­riez évi­té pire, à sa­voir la grève du match.

C’est la vé­ri­té. Je n’ai pas à men­tir. Un jour, d’ailleurs, je fe­rai un livre sur ma car­rière. Et je re­vien­drai aus­si sur cette his­toire.

Mais est-il vrai, donc, que vous avez em­pê­ché la grève du match ?

Oui, c’est vrai. Mais on s’en fout de tout ça. La com­mis­sion avait tous ces élé­ments en main. Mais il fal­lait cou­per la tête d’un joueur et c’était celle du ca­pi­taine. En plus, fran­che­ment, au­jourd’hui, je com­prends.

Ce n’est pas rien.

Mais les joueurs le savent, tout ça. Comme me dit Di­dier (Des­champs), toute ma vie, on me re­par­le­ra de Knys­na. La preuve. C’est comme ça.

C’est lourd ?

Fran­che­ment ? C’est lé­ger comme une plume.

Vous étiez quand même de­ve­nu un peu dingue, non ?

Dingue, non. On était dans une bulle. Nous, on ne vou­lait pas s’en­traî­ner. On vou­lait si­gner les au­to­graphes et ren­trer à l’hô­tel. Si ce­la s’était pas­sé comme pré­vu, ce­la n’au­rait pas fait tout ce bor­del. C’est Ray­mond Do­me­nech qui a fait confis­quer les clés du bus. Tout ce bor­del n’au­rait pas eu lieu sans ça. Toutes ces his­toires comme quoi cer­tains vou­laient des­cendre, comme quoi Gour­cuff a été blo­qué. Ce sont des men­songes. Je me suis le­vé trois fois, j’ai dit : ‘‘S’il y en a un qui des­cend, on des­cend tous.’’ Après, les ri­deaux qui se ferment, tout ça, il fal­lait ap­pe­ler le SWAT (une uni­té d’élite de po­lice aux États-Unis), c’était n’im­porte quoi. Bon, mais là, on re­parle de Knys­na et je n’ai pas en­vie. Ça fait six ans, quand même. Je ne suis plus là-de­dans de­puis long­temps.

En oc­tobre der­nier, “L’Équipe Ma­ga­zine” vous avait consa­cré cette une : “Évra, l’in­sub­mer­sible”. Ça vous plaît, comme qua­li­fi­ca­tif ?

(Il rit.) C’est pas mal ! On va en­core dire que je suis ar­ro­gant, mais c’est pas mal.

Der­nière ques­tion : ce­la fait six ans que vous n’aviez plus ac­cep­té de par­ler à “L’Équipe”. Pour­quoi avoir dit oui, cette fois ?

(Il sou­rit.) Je ne sais pas. Je n’avais rien à faire. Je me suis dit : “Al­lez les gars, pour­quoi pas ?”

(1) À pro­pos de Pierre Mé­nès, Pa­trice Évra avait dé­cla­ré : « Lui, le jour où il ar­ri­ve­ra à faire huit jongles, j’ar­rête ma car­rière .» (2) « Ces jeunes-là, il va fal­loir qu’ils se ré­veillent. Ils peuvent m’ap­pe­ler “le vieux”, “le di­no­saure”, le vieux ne lâ­che­ra rien ! Mais je veux les ai­der. » (3) Pré­sident de la com­mis­sion d’en­quête sur les évé­ne­ments de Knys­na.

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