« Je veux que les gens se disent : OK, il n’a pas chan­gé »

Le la­té­ral des Bleus, sé­lec­tion­né après sept mois d’ab­sence, est convain­cu de sa ca­pa­ci­té à être au ni­veau lors de la Coupe du monde.

L'Équipe - - FOOTBALL - HU­GO DELOM

Il est 21 heures, hier. Ben­ja­min Men­dy achève sa se­conde séance phy­sique de la jour­née. Il y a quelques mi­nutes, il ap­pre­nait sa convo­ca­ti on pour le Mon­dial. De « l’émo­tion » , for­cé­ment, après sept mois de conva­les­cence. De la pro­jec­tion aus­si. Convain­cu de sa ca­pa­ci­té à re­ve­nir au haut ni­veau ra­pi­de­ment, le la­té­ral de Man­ches­ter Ci­ty ( 23 ans) est dé­ter­mi­né à ap­por­ter aux Bleus cette « gagne » pour ar­ri­ver à l’ob­jec­tif ul­time.

« Qu’est- ce qu’on res­sent, sept mois après une opé­ra­tion des li­ga­ments croi­sés d’un ge­nou, quand on en­tend son nom dans une liste pour le Mon­dial ?

Dé­jà, quand ce sont des matches in­ter­na­tio­naux, t’as trop d’émo­tions, mais quand c’est pour la Coupe du monde, c’est un rêve de gosse. Je vous dis ça sin­cè­re­ment. Tu prends conscience que tu vas vrai­ment re­pré­sen­ter toute une na­tion. On vit pour des mo­ments comme ça. Pe­tit, quand je voyais Zi­dane au Mon­dial, j’hal­lu­ci­nais. Et là j’y suis.

Quelques se­condes après cette liste, y a- t- il eu une image de votre conva­les­cence qui vous est re­ve­nue ?

Oui. Le pre­mier jour quand le doc­teur Cu­gat m’a dit à Bar­ce­lone : “C’est of­fi­ciel : t’as les li­ga­ments croi­sés.” La pre­mière ques­tion que je lui ai po­sée c’est : “Est- ce que je re­vien­drai pour le Mon­dial ?” Il m’a dit : “Oui, si tu tra­vailles sé­rieu­se­ment.” À cet ins­tant, je n’avais au­cun doute.

Pour­quoi ?

J’aime les dé­fis, c’était un grand dé­fi. Je ne le pre­nais pas mal quand j’en­ten­dais : “Ouais, Men­dy, il ne se­ra pas là à temps.” Cha­cun a son avis. Moi, j’ai fait tous les sa­cri­fices pos­sibles.

Y a- t- il eu un mo­ment où vous vous êtes dit : OK, là, c’est mort, je ne se­rai pas ap­pe­lé ?

Hon­nê­te­ment, non. Parce que j’ai tou­jours es­sayé d’avoir un temps d’avance. Quand j’étais à l’hô­pi­tal, le doc­teur m’a dit : “À par­tir de de­main, on es­saie de le­ver ta jambe.” Je lui ai dit : “On le fait main­te­nant.” Il m’a ré­pon­du : “Tu ne pour­ras pas.” J’ai le­vé ma jambe. L’étape d’après, je de­vais mar­cher, il m’a dit : “Tu ne pour­ras pas main­te­nant.” Je suis des- cen­du de mon lit et j’ai mar­ché. À chaque fois, j’an­ti­ci­pais. Je vou­lais me don­ner tous les moyens pour y ar­ri­ver et ne rien re­gret­ter.

Même à la fin, quand Pep Guar­dio­la vous fai­sait peu jouer, vous n’avez pas dou­té…

J’ai dis­cu­té avec lui. À chaud, for­cé­ment, il y a des mo­ments où je pou­vais cra­quer. Mais je re­pen­sais à quand j’étais sur mon lit d’hô­pi­tal, la ma­nière dont j’ai tra­vaillé. Le groupe de Ci­ty était formidable, je n’al­lais pas me plaindre. J’ai com­pris que c’était plus de la pré­cau­tion de la part de mon club. J’ai res­pec­té.

Entre re­ve­nir et être per­for­mant, il y a une vraie dif­fé­rence…

( il coupe.) Je ne crains pas ça. Les pre­mières en­trées, je me suis dit que j’al­lais faire des choses propres. En res­tant fi­dèle à ce que je suis : un joueur gé­né­reux. Je vou­lais que les gens se disent : Ben­ja­min Men­dy n’a pas chan­gé. C’est le même. C’est l’image que je veux don­ner au Mon­dial. Je veux que les gens se disent : OK, il n’a pas chan­gé.

“Cette men­ta­li­té , , de lea­der, cette niaque- là, je l’ai

Il est dif­fi­cile de vous ima­gi­ner à 100 % après sept mois d’in­dis­po­ni­bi­li­té. Que ré­pon­dez- vous ?

Je suis un ga­gneur. Moi, j’ai faim de jouer.

Mais ce­la ne suf­fit pas. Qu’est- ce qui vous fait dire que vous avez la ca­pa­ci­té d’en­chaî­ner les matches de haut ni­veau ?

Je com­prends qu’il y ait des doutes. Je ne crains pas ça. Les gens ne voient pas le tra­vail que j’ai fait. Je vais conti­nuer. Je sais où je vais.

Alors, con­crè­te­ment, ex­pli­quez­nous vos sen­sa­tions ac­tuelles.

Je suis beau­coup plus concen­tré qu’avant, dé­jà. Je suis à 100 % de ma concen­tra­tion. Je le ré­pète, je ne veux pas que les gens se disent : ça, il l’au­rait mieux fait avant. Je n’ai pas sen­ti de dou­leurs du­rant mes en­trées. J’ai très, très bien ré­cu­pé­ré.

Qu’est- ce qui vous manque en­core au­jourd’hui ?

De l’ex­plo­si­vi­té, mais ça vien­dra. Je tra­vaille en­core très dur.

Quel rôle Di­dier Des­champs a joué dans cette conva­les­cence ?

Il m’a tou­jours dit d’être sé­rieux, de ne pas me pré­ci­pi­ter, parce

Ben­ja­min Men­dy, tout sou­rire. S'il ne connaît pas de nou­veaux em­pê­che­ments sur le plan phy­sique, le la­té­ral de Man­ches­ter Ci­ty dis­pu­te­ra en Rus­sie sa pre­mière phase fi­nale de Coupe du monde.

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