La bé­ré­zi­na du Duc

Ab­sent de la liste, Adrien Ra­biot paye ses pâles per­for­mances en bleu et son peu d’ap­pé­tence pour le poste de sen­ti­nelle.

L'Équipe - - FOOTBALL - HU­GO DELOM ( avec A. H. et D. D.)

Au mi­lieu de ce Parc des Princes en­so­leillé, ber­cé par les cris des 5 000 en­fants in­vi­tés par la Fon­da­tion PSG, en ce mer­cre­di après­mi­di, Adrien Ra­biot chambre son ami Pres­nel Kim­pembe. Ça se ta­quine, ça se bous­cule et ça se marre, sur­tout. Voi­là la der­nière image pu­blique du mi­lieu pa­ri­sien ( 23 ans).

Ces der­nières heures, si sa mère et agent Vé­ro­nique se mon­trait plus pru­dente, le mi­lieu n’en­vi­sa­geait pas de ne pas fi­gu­rer dans la liste des joueurs convo­qués pour le Mon­dial. Son sou­rire a dû dis­pa­raître vers 20 h 15, hier. In­té­gré à celle des sup­pléants, Ra­biot, sauf for­fait, ne joue­ra pas la pre­mière grande com­pé­ti­tion de sa car­rière en sé­lec­tion. Une pers­pec­tive qu’il ne crai­gnait pas en fé­vrier : « Je n’ai pas peur, moi, je n’ai ja­mais peur. Je ne suis pas in­quiet, j’ai confiance en moi, ex­pli­quait- il au Ma­ga­zine L’Équipe. Après, si je n’y suis pas, ce se­ra une grosse dé­cep­tion. Parce que ça fait un mo­ment que j’y suis ( 1re sé­lec­tion le 15 no­vembre 2016, contre la Côte d'Ivoire, 0- 0), que je suis per­for­mant en club… »

« Ce se­rait une énorme dé­cep­tion » , « une énorme sur­prise » , nous confir­mait l'un de ses proches quelques heures avant l’an-

So­fia comme un glas

nonce of­fi­cielle. Com­ment Ra­biot, ti­tu­laire au PSG – 49 matches cette sai­son, toutes com­pé­ti­tions confon­dues – a- t- il pu voir s’en­vo­ler une place qui lui sem­blait pro­mise il y a quelques mois ? Com­ment, avec une car­rière jusque- là si li­néaire ( quelque 280 matches en pro !), a- t- il pu chu­ter sur ce der­nier obs­tacle ?

Cette ab­sence des vingt- trois trouve une pre­mière ex­pli­ca­tion tac­tique. Des­champs n’a ja­mais en­vi­sa­gé de par­tir en Rus­sie sans une dou­blure en sen­ti­nelle pour N'Go­lo Kan­té. Le peu de goût de Ra­biot pour ce poste est connu de­puis long­temps. Il avait été même éri­gé en ar­gu­ment cen­tral au mo­ment des dis­cus­sions entre le club de la ca­pi­tale et la mère du joueur, cou­rant 2017. Ce qui a pous­sé Unai Eme­ry, qui le pré­fé­rait pour­tant dans cette po­si­tion, à le re­pla­cer très ré­gu­liè­re­ment en tant que re­layeur. Avant, ces der­nières se­maines, de le re­pla­cer de­vant la dé­fense… Un ar­gu­ment qui au­ra pe­sé dans l’es­prit du staff, sou­cieux, dans le cadre du 4- 3- 3, de dis­po­ser d’un « vrai » spé­cia­liste du poste. Pour­tant uti­li­sé dans un sys­tème à double pi­vot à Sé­ville, Ste­ven Nzon­zi, dont les der­nières pres­ta­tions en club ne sont pas pas­sées in­aper­çues, ré­pond da­van­tage aux cri­tères éta­blis par le staff tech­nique des Bleus. Mais, au­de­là de cette consi­dé­ra­tion tac­tique, l’ab­sence de Ra­biot ré­pond à une lo­gique pu­re­ment « qua­li­ta­tive » . Sur ses six sé­lec­tions – quatre ti­tu­la­ri­sa­tions –, Ra­biot n’au­ra ja­mais été flam­boyant. Pire, ses pres­ta­tions face à l’Es­pagne ( 0- 2, le 28 mars 2017), lors de son en­trée face à la Bul­ga­rie ( 1- 0, le 7 oc­tobre 2017), ou plus ré­cem­ment en Rus­sie ( 3- 1, le 27 mars 2018) au­ront dif­fu­sé l’idée d’un Ra­biot peu intense, presque peu concer­né sous le maillot bleu. Loin de l’image du mi­lieu flam­boyant, au vo­lume et à la tech­nique rares, qui font de lui l’un des jeunes ta­lents les plus sui­vis du conti­nent.

Et ce n’est pas son match cor­rect en Al­le­magne ( 2- 2, le 14 no­vembre 2017) qui au­ra mo­di­fié cette ten­dance. Des­champs, par­ti­cu­liè­re­ment dé­çu par son en­trée en Bul­ga­rie, n’au­ra ja­mais été plei­ne­ment sa­tis­fait des pres­ta­tions de l’élé­gant gau­cher. Un dé­pla­ce­ment à So­fia qui au­ra pe­sé lourd au mo­ment du choix. Ses dé­cla­ra­tions au su­jet du froid (*) avaient fait po­lé­mique et n’avaient pas man­qué de sur­prendre en in- terne. Elles lui avaient même va­lu une ex­pli­ca­tion en­suite avec le sél e c t i o n n e u r. U n s t a f f q u i n’avait pas vu, en plus, d’un oeil par­ti­cu­liè­re­ment bien­veillant la ve­nue de Vé­ro­nique Ra­biot à Clai­re­fon­taine, en tout dé­but de stage à l’au­tomne 2017… Un dé­tail, oui… Mais, au fi­nal, « le Duc » ne ver­ra pas la Rus­sie.

(*) « C’était as­sez dur parce qu’il fai­sait froid, je n’étais pas chaud. J’avais aus­si la peur de me bles­ser » , avait no­tam­ment ex­pli­qué Ra­biot à l’is­sue de ce dé­pla­ce­ment.

Adrien Ra­biot au duel face à Alexandre Go­lo­vine lors de la vic­toire fran­çaise contre la Rus­sie ( 3- 1), le 27 mars, à Saint- Pé­ters­bourg.

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