Sur le ter­rain, il reste un grand

Même si les an­nées passent, l’Ita­lien de­meure l’un des meilleurs gar­diens au monde, pour sa science du poste, sa tech­nique et son cha­risme.

L'Équipe - - FOOTBALL - MÉLISANDE GO­MEZ

Puis­qu’il a fê­té ses qua­rante ans en jan­vier, Gian­lui­gi Buf­fon n’a pas at­ten­du ces der­niers jours pour se po­ser la ques­tion de la fin. Il n’a pas ca­ché qu’elle lui fai­sait « un peu peur » , il a ré­pé­té qu’il ré­flé­chi­rait beau­coup avant de prendre une dé­ci­sion et il a pro­mis, sur­tout, qu’il ne ti­re­rait pas sur la corde trop long­temps : « Si je me rends compte un jour que cer­taines de mes er­reurs sont liées au fait que je ne suis plus lu­cide, que j’ai un cer­tain âge, que je lis moins bien les si­tua­tions, alors je se­rai le pre­mier à lais­ser ma place » , di­sait- il par exemple dans ces co­lonnes, il y a un peu plus d’un an.

Il n’est pas tou­jours fa­cile d’être lu­cide sur soi- même, mais Buf­fon ma­nie plu­tôt bien l’au­to­cri­tique et, s’il es­time qu’il peut en­core réa­li­ser une ou deux sai­sons au plus haut ni­veau, il a ses raisons. Et il a

Pas seule­ment utile dans son but

des preuves, aus­si : bien sûr, il n’a plus les jambes de ses vingt ans, son corps fa­tigue par­fois un peu et, cette sai­son, il a man­qué deux mois de com­pé­ti­tion, du 1er dé­cembre au 30 jan­vier, pour une bles­sure à un mol­let. La Juve, qui avait en­ga­gé Wo­j­ciech Szc­zes­ny l’été pré­cé­dent et ne vou­lait pas d’une fin qui s’éter­nise, a choi­si d’en­té­ri­ner des adieux par la grande porte, après un neu­vième scu­det­to qui en fait le re­cord­man en la ma­tière. Mais il n’est pas non plus bon pour la re­traite et il a en­core quelques ser­vices à rendre, pro­ba­ble­ment. Cette sai­son qui s’achève ne fut pas la plus réus­sie, pour lui, parce qu’il a un peu moins joué que d’ha­bi­tude, en Se­rie A ( 20 ti­tu­la­ri­sa­tions), parce qu’il a échoué, avec l’Ita­lie, dans sa route vers une si xi ème Coupe du monde, et parce que la cam­pagne de Ligue des cham­pions s’est fi­nie dans la rage et les re­grets, à Ma­drid, où il a re­çu le pre­mier car­ton rouge de sa car­rière dans cette com­pé­ti­tion. Mais, in­di­vi­duel­le­ment, ce fut une très bonne sai­son quand même, mal­gré quelques soirs contras­tés, comme face à Tot­ten­ham en C 1 ( 2- 2, le 13 fé­vrier). Il vou­lait prou­ver que, à qua­rante a n s , i l r e s t a i t l’ u n d e s t o u t meilleurs à son poste, et il a te­nu son pa­ri. Un peu moins tran­chant, peut- être, dans les sor­ties aé­riennes, qui n’ont de toute fa­çon ja­mais été sa qua­li­té pre­mière, il garde des atouts rares, à ce poste qu’il connaît mieux que per­sonne.

For­mé à l’école ita­lienne des an­nées 1990, qui soi­gnait la tech­nique avec une pré­ci­sion ma­thé­ma­tique, il reste, au­jourd’hui, l’un des plus dé­ci­sifs sur sa ligne, où ses qua­li­tés ath­lé­tiques et sa science du pla­ce­ment lui per­mettent des ar­rêts que d’autres ne tentent même pas. Ses ré­flexes sont re­dou­tables et il a ra­re­ment be­soin de se je­ter dans un plon­geon déses­pé­ré, car il est tou­jours au bon en­droit, dans ce tri­angle in­vi­sible qu’il semble des­si­ner dans sa tête entre le bal­lon et les deux po­teaux. Son pla­ce­ment est tou­jours un mo­dèle, au­jourd’hui, pour beau­coup de ses col­lègues, comme cette ca­pa­ci­té à res­ter sur ses ap­puis jus­qu’au der­nier mo­ment, dans les face- à- face.

Et puis, cette sai­son en­core, Buf­fon a prou­vé qu’il n’était pas seule­ment utile dans son but. Il a un cha­risme ex­cep­tion­nel et une in­fluence pré­cieuse, dans un ves­tiaire, par sa per­son­na­li­té forte et son exi­gence à chaque en­traî­ne­ment. Après la dé­faite de la Ju­ven­tus fa ce à Naples ( 0- 1, le 22 avril), par exemple, qui me­na­çait le titre de cham­pion, il a pris la pa­role de­vant le groupe et les mots ont été durs. Mais sal­va­teurs. « C’est quel­qu’un de très po­si­tif dans un ves­tiaire, té­moigne Joh a n M i c o u d , s o n a n c i e n co­équi­pier à Parme. Sa per­son­na­li­té est aus­si at­ta­chante que son ta­lent est im­pres­sion­nant. Il a un cha­risme qui pèse. » Et qui ne fe­rait pas de mal, au PSG ou ailleurs.

Gian­lui­gi Buf­fon lors de son der­nier match eu­ro­péen sous les cou­leurs de la Ju­ven­tus, le 11 avril à Ma­drid face au Real ( 3- 1).

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