« C’est une his­toire de fa­mille »

An­cien coach des Verts ( 2009- 2017), l’en­traî­neur du LOSC re­vient de­main pour la pre­mière fois àGeof­froy- Guichard. Dans un club et un lieu qui l’ont mar­qué à vie.

L'Équipe - - FOOTBALL - JOËL DOMENIGHETTI

LILLE – Ren­dez- vous avait été pris au coeur de Lille de­puis plus d’une se­maine, à l’unique condi­tion que le LOSC ait as­su­ré son main­tien en L1, chose faite face à Di­jon ( 2- 1) sa­me­di der­nier. Vê­tu de noir, vi­sage dé­ten­du, Ch­ris­tophe Gal­tier ( 51 ans) nous a donc re­çus pen­dant plus d’une heure et de­mie, ce mer­cre­di en fin d’après- mi­di. L’an­cien ad­joint d’Alain Perrin, qui re­vient de­main à Geof­froy- Guichard pour la pre­mière fois de­puis son dé­part de SaintÉ­tienne l’été der­nier, avait croi­sé les doigts pour que ce ren­dez- vous ne soit pas dé­ci­sif pour les deux équipes. Et il avoue tout son plai­sir à l’évo­ca­tion des huit an­nées qui ont es­cor­té ses dé­buts d’en­traî­neur prin­ci­pal, entre 2009 et 2017.

« Se­rez- vous en­va­hi par l’émo­tion ?

Ce se­ra mon pre­mier re­tour au Chau­dron. Je suis content de re­croi­ser beau­coup de per­sonnes, très heu­reux de re­voir ce stade à gui­chets fer­més. Il y au­ra de l’émo­tion, de la nos­tal­gie. Elles ne se­ront pas dé­bor­dantes. Je pren­drai réel­le­ment du plai­sir avec une am­biance, une at­mo­sphère ex­tra­or­di­naires. Mar­seille et Saint- Étienne sont les deux pu­blics les plus chauds de France.

Que res­sent- on quand on est por­té par Geof­froy- Guichard ?

À un mo­ment, comme pour des joueurs, ça m’est ar­ri­vé de sor­tir du match et de­re­gar­der, quand les deux kops com­mencent à s’em­bra­ser. On est por­té par 42000 per­sonnes. C’est un pu­blic qui­vit sa pas­sion à fond. On trouve chez le­sup­por­ter sté­pha­nois un peu ce que j’ai dé­cou­vert à Li­ver­pool ( où il a fait son stage d’en­traî­neur en 2011). On y voit le père, le­fils, le pe­tit- fils. On com­mence à voir la­ma­man et la­fille. C’est une his­toire de fa­mille, un­hé­ri­tage qui force le res­pect. Je­crois que l’on se res­semble dans l’amour du jeu et le res­pect des va­leurs. Les re­la­tions hu­maines. J’avais di­ri­gé mon pre­mier match contre Mar­seille ( 0- 0, le 19 dé­cembre 2009). Moi, le simple ad­joint d’Alain Perrin, à qui je fais un grand clin d’oeil. J’avais de­man­dé à voir les­sec­tions de sup­por­ters qui fai­saient grève. Jene peux pas dire à l’époque que j’avais été bien ac­cueilli.

Dans quel es­prit êtes- vous al­lé au char­bon ?

Beau­coup de per­sonnes m’an­non­çaient in­té­ri­maire. Je com­pre­nais le scep­ti­cisme am­biant. J’ai chan­gé sym­bo­li­que­ment le fau­teuil der­rière le bu­reau. En me di­sant : ins­talle- toi comme si tu al­lais res­ter long­temps. C’était une source de mo­ti­va­tion.

Quels se­raient les sou­ve­nirs ma­jeurs de vos huit an­nées d’en­traî­neur…

D’abord, mon pre­mier match contre Mar­seille. Je suis pris par l’émo­tion de di­ri­ger le match, à quelques mi­nutes de ma cau­se­rie. Je n’ai par­lé que quatre mi­nutes. Quand on n’est pas bien, il faut faire très court. Puis, je pense à la vic­toire à Boulogne- sur- Mer ( 1- 0, le 5mai 2010) en fin de Cham­pion­nat. On ar­rive à l’ob­jec­tif du main­tien. Pen­dant cinq mois, je n’avais plus d’épouse, ni de pa­rents. J’étais di­ri­gé par cet ob­jec­tif. J’ai vé­cu la même chose cette sai­son au LOSC.

Il y a aus­si les der­bys. J’en parle ra­re­ment car ce­la ne m’ap­par­tient pas. À chaque fois que l’on avait un bon ré­sul­tat, j’étai­sheu­reux pour les Sté­pha­nois. Ja­mais­pour moi. C’est un match pour les­sup­por­ters.

Des ren­contres ex­tra­or­di­naires à jouer, Ligue 1

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20

Le Pa­ris- SG est cham­pion. Rennes est qua­li­fié en C 3. Metz est re­lé­gué. Reims et Nîmes sont pro­mus.

der­nière jour­née de­main 38e avec une pres­sion énorme. Je me rap­pelle des re­marques et des cri­tiques après les dé­faites alors qu’il y a un écart consi­dé­rable entre les deux clubs. Mais je ne me sou­viens pas des com­pli­ments après les vic­toires.

“On est heu­reux quand , , on est mieux clas­sé que son bud­get

La vic­toire en Coupe de la Ligue, en 2013, ( 1- 0 contre Rennes) marque- t- elle un tour­nant ?

J’avais pris plus de plai­sir au soir de la de­mi- fi­nale contre Lille ( 0- 0, 7- 6 aux t. a. b., le 15 jan­vier 2013). Que Saint- Étienne ne soit ja­mais al­lé au Stade de France était une grande ano­ma­lie. J’avais cette ob­ses­sion. Cette joie était l’abou­tis­se­ment d’un rêve.

L’of­fi­cia­li­sa­tion de votre dé­part a- t- elle été un sou­la­ge­ment ?

C’est une er­reur. Que je ne re­fe­rais plus. Je suis per­sua­dé qu’il fal­lait que j’ar­rête et que je quitte l’ASSE. Mais pas de le dire si tôt. Je vou­lais être très hon­nête en­vers mes di­ri­geants. Je l’ai fait quand nous n’avons plus eu aucune chance d’être eu­ro­péen.

L’Eu­rope, c’est le sum­mum au ni­veau de l’am­biance ?

Oui. C’est im­pos­sible de faire l’im­passe. De mettre une équipe bis. C’est dans l’ADN des sup­por­ters. C’est l’Eu­rope qui a fait que Saint- Étienne est de­ve­nu les Verts. Et j’ai été ber­cé par ça. C’étaient les seuls matches que l’on voyait à la té­lé­vi­sion. Mais l’Eu­rope est un fardeau à gé­rer pour l’en­traî­neur qui a des moyens lar­ge­ment in­fé­rieurs aux autres clubs eu­ro­péens. On­vous de­mande de faire un par­cours et d’être eu­ro­péen la sai­son sui­vante par le biais du Cham­pion­nat. Je suis fier de l’avoir fait quatre an­nées d’af­fi­lée. La der­nière sai­son, on a même fi­ni in­vain­cus et pre­miers de notre groupe ( éli­mi­nés en 16es de fi­nale par MU, 0- 3, 0- 1). Ceux qui ont pu émettre des cri­tiques au sein du club ont en­cais­sé un chèque de 14 M€ en ré­com­pense de notre par­cours .

Saint- Étienne, c’est un pe­tit village où tout se sait ?

Dé­jà, quand on est en­traî­neur de SaintÉ­tienne, on est en­traî­neur des Verts. C’est na­tio­nal. On ap­par­tient aux gens. Par­tout, on est re­con­nus. J’avais choi­si d’ha­bi­ter à 400 mdu centre d’en­traî­ne­ment. L’en­traî­neur reste au centre de tout. Quand il perd, on lui glisse des en­ve­loppes dans sa boîte aux lettres. Ra­re­ment des fé­li­ci­ta­tions.

Les len­de­mains de der­bys per­dus, j’étai­sin­ter­pel­lé. C’était ten­du. Par­fois, je m’iso­lais. J’al­lais en al­ti­tude. Je fai­sais du vé­lo ou je jouais au golf. Je n’ai qu’un ou deux re­grets : ma der­nière dis­cus­sion au té­lé­phone avec Ro­land Ro­meyer. Je me suis em­por­té pour pas grand- chose. Il y a le jour aus­si où je lui ai de­man­dé de me lais­ser par­tir en An­gle­terre en mi­lieu de sai­son ( 2015- 2016). J’ai eu avec mes deux pré­si­dents une re­la­tion très pro­fes­sion­nelle. Sans in­gé­rence. Ce qui res­te­ra, c’est ma lon­gé­vi­té. Tout en étant per­for­mant. On est heu­reux quand on est mieux clas­sé que son bud­get. »

Ch­ris­tophe Gal­tier, l'écharpe des Verts au cou, lors de son der­nier match à la tête de Saint- Étienne, le 14 mai 2017, qui s'était sol­dé par une dé­faite ( 0- 5) face au PSG.

Ch­ris­tophe Gal­tier fête le main­tien du LOSC avec Yas­sine Ben­zia, après le suc­cès contre Di­jon ( 2- 1), sa­me­di der­nier.

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