LE MIS­TRAL RE­VE­NANT

Face aux néo­phytes lyon­nais, les Tou­lon­nais, ha­bi­tués de la phase fi­nale, veulent mar­quer leur ter­ri­toire et va­li­der les re­touches opé­rées dans un jeu net­te­ment plus tour­né vers le mou­ve­ment.

L'Équipe - - RUGBY - PHI­LIPPE PAILHORIES

Ils ne savent rien mais connaissent tout, le bus qui ra­len­tit, la foule qui se hâte, l a pas­sion, l’ado­ra­tion même, le Pi­lou- pi­lou de Cé­dric et, bien sûr, l’his­toire de ce temple, Mayol, où l’en­fer est pro­mis à ce­lui qui re­chigne à se lais­ser mar­cher des­sus. Les Lyon­nais ont beau n’avoir ja­mais été conviés à un ren­dez- vous de phase fi­nale, ils savent exac­te­ment où ils s’ap­prêtent à mettre les pieds. Tou­lon a dis­pu­té cinq des six der­nières fi­nales et il faut re­mon­ter à 2011 pour trou­ver trace d’une de­mie sans la cy­lin­drée de la Rade… « Tou­lon, image Pierre Mi­gno­ni, c’est ce qui peut ar­ri­ver de mieux à un joueur de rug­by. »

En plus de leur en­traî­neur, Tou­lon­nais pur jus de Port- Mar­chand, ils sont dix à avoir por­té ces autres cou­leurs rouge et noir. Quelques mi­nots, Théo Be­lan, Vir­gile Bru­ni, du Mou­rillon, ou en­core Mickaël Ival­di, cos­taud de La Seyne. D’autres ont lais­sé une trace pro­fonde, De­lon Ar­mi­tage, Alexis Pa­lis­son et bien sûr l’im­mense Fré­dé­ric Mi­cha­lak, pen­dant que Liam Gill, en une seule sai­son, la der­nière, a ral­lié tous les Va­rois à sa cause ( lire page 24). Ce soir, cer­tains se­ront dans les tri­bunes, six fou­le­ront la pe­louse d’en­trée ( plus deux rem­pla­çants), mais l’at­mo­sphère se­ra for­cé­ment par­ti­cu­lière. « Il y a des connexions, pré­cise le centre Ma­thieu Bas­ta­reaud, mais une fois sur le ter­rain, il n’y a plus d’amis. »

Sans doute parce qu’ils n’ignorent rien de ce contexte, les Lyon­nais se­ront évi­dem­ment aux aguets, d’au­tant qu’ils vont évo­luer sans leur char­nière n° 1 ( lire ci- contre). « Tou­lon perd très ra­re­ment à do­mi­cile, concède Mi­gno­ni, en­core moins en match de bar­rages, et il fau­drait réa­li­ser un ex­ploit pour pas­ser. » Le piège, sans doute, est de consi- dé­rer ce ren­dez- vous comme l’abou­tis­se­ment d’une sai­son ron­de­ment me­née et dé­jà réus­sie. « Dire que l’on n’a rien à perdre res­semble à une men­ta­li­té né­ga­tive, confirme Mi­gno­ni. On a au con- traire tout à ga­gner. La pres­sion est sur les Tou­lon nais, ils sont les fa­vo­ris .» De plus en plus, d’ailleurs. De­puis, en fait, que chaque match compte vrai­ment, que l’ ac­cès aux places qua­li­fi­ca­tives ré­clame autre chose, un sup­plé­ment d’âme. « On vient d’ache­ver un ma­ra­thon, ré­sume le ca­pi­taine, Guil­hem Gui­ra­do, et on at­taque main­te­nant le sprint fi­nal. Il n’y a aucune cer­ti­tude, tout ce qui a été fait au­pa­ra­vant est mis de cô­té, il faut sim­ple­ment se re­trou­ver en force et en équipe, être prêt dans les têtes. Ça va se jouer sur l’en­vie. » L’ en­vie de s’aban­don­ner en­fin. « On a hâte de se lâ­cher, con cède Ma­thieu Bas ta­reaud, ça fait des se­maines que l’on se pré­pare pour ça. Ce que l’on veut, main­te­nant, c’est un tro­phée. »

, , “Les fauves sont prêts à être lâ­chés FA­BIEN GAL­THIÉ, MA­NA­GER DU RCT

Il ré­com­pen­se­rait une équipe qui a eu le cran de se re­nou­ve­ler sans se re­nier, quitte à dé­rou­ter par­fois. Une équipe qui, sous la hou­lette de son nou­veau ma­na­ger, Fa­bien Gal­thié, a bas­cu­lé de la puis­sance à la vi­tesse et au mou­ve­ment. Long­temps, le rug­by fut ici un jeu qui se pra­ti­quait à huit. On y joue au­jourd’hui à quinze et les sept de der­rière, de sa­crés fu­nam­bules en vé­ri­té, sont même de­ve­nus plus po­pu­laires que les gros de de­vant. Il faut dire qu’en dé­bar­quant dans le Var l’été der­nier Gal­thié avait fait le ser­ment de trans­for­mer le jeu du RCT. Il a mis du temps à im­po­ser sa patte. Il a été cri­ti­qué, cha­hu­té par­fois. Il a te­nu bon la barre. Les men­ta­li­tés ont fi­ni par chan­ger. À Mayol, ses hommes tournent à une

moyenne de qua­rante points, cette sai­son, et près de six es­sais par match sur la phase re­tour. Le jeu est plus ou­vert, cha­toyant par­fois Bien sûr, cette phi­lo­so­phie ne sau­rait to­lé­rer l’échec, ni ce soir ni la se­maine pro­chaine d’ailleurs. Gal­thié n’a pas le droit à l’er­reur et il le sait par­fai­te­ment. Il dit que « les fauves sont prêts à être lâ­chés » , il croise les doigts, bien sûr. « Il va fal­loir être très en­tre­pre­nant pour vite mar­quer notre ter­ri­toire, pro­jette Gui­ra­do. Mais il y a aus­si ce pa­ra­doxe lié à la pres­sion qu’il va fal­loir gé­rer. On a l’am­bi­tion de jouer sans ou­vrir les vannes à tout va, trou­ver un bon équi­libre en fait. » Voi­là la dif­fi­cul­té que doit contour­ner le RCT. Ces der­nières se­maines, il n’est pas tou­jours par­ve­nu à im­po­ser sa force sur la du­rée, à se ré­vé­ler suf­fi­sam­ment ré­gu­lier pour im­po­ser un res­pect to­tal. « On a beau­coup tra­vaillé sur les fins de match, note ain­si Bas­ta­reaud.

Dans les dix der­nières mi­nutes, on doit faire preuve de plus de maî­trise. Je ne suis pas in­quiet parce qu’il y a as­sez d’ex­pé­rience dans ce groupe. » Et tel­le­ment de ta­lents. Ch­ris Ash­ton par exemple, ca­pable de dé­can­ter n’im­porte quelle si­tua­tion. Il a quit­té les Sa­ra­cens sans vrai­ment sa­voir ce qui l’at­ten­dait. Il est pas­sé de l’aile à l’ar­rière. Il a ins­crit vingt-trois es­sais en Cham­pion­nat, un re­cord. « Tou­lon est ha­bi­tué à ces matches de phase fi­nale, as­sure l’An­glais, avec de très grands joueurs ca­pables d’être très bons dans ces mo­ments- là. On est tous im­pa­tients, parce que l’on sait que l’on peut prendre un maxi­mum de plai­sir. » Il dé­couvre en at­ten­dant l’en­goue­ment, l’ado­ra-

tion d’une ville pour son équipe. « Je vou­lais vivre ces mo­ments- là, dit- il, d’abord ga­gner le res­pect, puis mar­quer mon ter­ri­toire. Une car­rière est courte, fi­na­le­ment, et il faut sa­voir sa­vou­rer chaque mo­ment. Quand je croise des gens en ville, je res­sens l’ex­ci­ta­tion, j’ai hâte de vivre ce match. »

Tout le monde a hâte. « On a eu la chance d’avoir deux se­maines pour nous pré­pa­rer, sou­rit Gui­ra­do. Ça peut pa­raître long, mais je sens bien qu’il y a de l’en­vie, de la dé­ter­mi­na­tion. » « On a tri­mé, souffle Bas­ta­reaud, on a beau­coup tra­vaillé phy­si­que­ment, et même s’il y a fa­ta­le­ment un peu de ten­sion à l’ap­proche de cette phase fi­nale, on a tous en­vie d’al­ler dans le même sens. Il n’y a que des grands gar­çons dans cette équipe, et il n’est pas for­cé­ment né­ces­saire qu’on leur rap­pelle l’im­por­tance de ce match. »

“Je vou­lais vivre ces mo­ments- là, , ga­gner , le res­pect et mar­quer mon ter­ri­toire CH­RIS ASH­TON, AR­RIÈRE DE TOU­LON

Ma­thieu Bas­ta­reaud, trans­per­çant la dé­fense lyon­naise le 2 dé­cembre, lais­sant les ex- Va­rois Mickaël Ival­di et Fré­dé­ric Mi­cha­lak au sol. Le RCT de Fer­nan­dez Lobbe ( à droite) s'était lar­ge­ment im­po­sé 39- 11.

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