DANS LE SE­CRET DE MAYOL

D’un es­ca­lier di­rect de­puis la rue, les joueurs ac­cèdent au ves­tiaire de Tou­lon. On en a pous­sé la porte, gui­dés par le maître des lieux, le deuxième- ligne Jo­ce­li­no Su­ta.

L'Équipe - - RUGBY -

l’ar­tille­rie dé­gage. Qu’au­rait dit l’ex- ca­pi­taine des All Blacks, cette sai­son, lors­qu’un joueur s’est poin­té, pour l’en­traî­ne­ment du ca­pi­taine, avec un McDo… « J’en ai vu des t r u cs , mai s ça …, s e marre un j o ueur au­jourd’hui. Sur le coup, on s’est tous re­gar­dés » . Et per­sonne n’a vu si le ham­bur­ger avait été go­bé…

À cet ins­tant, on croit en­tendre s’éle­ver la voix du Sud- Afri­cain Joe Van Nie­kerk ( 20082014) ha­ran­guer son équipe avec des mots crus, le re­gard dingue. « C’était énorme, se sou­vient Su­ta. Après, on est pas­sé à des ca­pi­taines plus po­sés, comme Jon­ny ( Wil­kin­son), moi, Guil­hem ( Gui­ra­do) ou “Bas­ta” ( Ma­thieu Bas­ta­reaud). » Ima­gi­nez Wil­kin­son, as­sis sur la droite en ren­trant, un peu après la porte. L’An­glais se pré­pa­rait ra­pi­de­ment et sor­tait prendre ses marques. Au­jourd’hui, An­tho­ny Bel­leau – à sa de­mande – oc­cupe son ca­sier. « Jon­ny » , lit- on sur une éti­quette, at­ta­chée à une clé. « C’est moi qui l’ait faite, je l’ai conser­vée » , glisse Gilles Pan­za­ni. Un peu plus loin, l’ar­moire de Duane Ver­meu­len. Son pré­dé­ces­seur, Ch­ris Ma­soe, a écrit son nom, ajou­tant : « Ra­cing 92 » . Ses an­ciens co­équi­piers ont beau­coup ri de la dé­di­cace et le nom du club de Ja­cky Lo­ren­zet­ti reste gra­vé à Mayol. Ah, Ma­soe… Par­ti en 2015, le Néo- Zé­lan­dais était l'un des fa­vo­ris de Ber­nard La­porte. Le coach des an­nées de feu ( trois Coupes d’Eu­rope et un Bren­nus entre 2013 et 2015) a han­té ce ves­tiaire. Quelques co­lères, bien sûr, dont une à la mi- temps d’une pauvre ren­contre face au LOU. « Il sau­tait par­tout ! C’était Bel­zé­buth » , se marre Mou­rad Boud­jel­lal. Mais, avant les matches, il fal­lait voir La­porte as­sis sur une chaise, si­len­cieux, au mi­lieu de la pièce. Avant lui, d’ailleurs, le ves­tiaire était cou­pé, avec un coin fermé pour les ki­nés et leurs tables. Il rous­pète : « Je veux voir tout le monde quand je parle. » Boum, les cloi­sons tombent et « Ber­nie » a une vi­sion pa­no­ra­mique sur ses troupes. Sur une chaise, donc, un bal­lon entre les mains, qu’il fait tour­ner. « La­porte re­gar­dait les at­ti­tudes des mecs, si on était de­dans. Si­non, il était là pour re­mettre de l’ordre » , s’amuse Su­ta.

Em­ma­nuel Ma­cron en vi­si­teur

Le désordre prend toutes les formes. En voi­là un qui dé­barque pour jouer avec un ber­mu­da à fleurs. « Je me rap­pelle le re­gard de Ber­nard et de Bak­kies Bo­tha, lâche Mou­rad Boud­jel­lal. Pour eux, c’était juste in­con­ce­vable de s’ha­biller comme ça. »

Un autre jour, La­porte bout ; à la mi­temps, il exé­cute un joueur : « Tu fais des signes au pu­blic ? D’abord pousse en mê­lée et lance en touche. » On est à Tou­lon, c’est Rai­mu ( très) aga­cé.

Au prin­temps 2017, sur la route de l’Ély­sée, Em­ma­nuel Ma­cron s’est ar­rê­té au théâtre de Mayol, pour un Tou­lon- Lyon. Mou­rad Boud­jel­lal, l'un de ses sou­tiens, ra­conte : « Il n’a pas vu tout le match, mais il est ar­ri­vé à l’avance. Dans le ves­tiaire, il était as­sis sur l'une des tables de mas­sages. Les étran­gers ne sa­vaient pas trop qui c’était, mais les joueurs fran­çais oui, bien sûr. » Le fu­tur pré­sident de la Ré­pu­blique, en cos­tume, sa­lue tout le monde. « Sa dis­po­ni­bi­li­té m’avait frap­pé, rap­porte le pa­tron du RCT. En fait, il était très in­tri­gué par l’at­mo­sphère, ce qu’il avait sous les yeux, ces joueurs se désha­billant avant de mettre leur maillot. Quel contraste avec son cos­tume im­pec­cable… » Ma­cron ap­pré­cie­rait de re­ve­nir, dit- on. D’ici là, Boud­jel­lal, à bout de stress, au­ra hur­lé quelques « Pi­lou, Pi­lou » au centre du ves­tiaire, après les dis­cours du coach et du ca­pi­taine. Ce soir en­core, en cas de vic­toire uni­que­ment. Deux heures plus tôt, avant qu’on en­tende les cram­pons co­gner sur le bé­ton du cou­loir me­nant au ter­rain, Ma­thieu Bas­ta­reaud réuni­ra sa bande et lan­ce­ra le cri de guerre : « Un, deux, trois, frères ! » Et la porte du ves­tiaire s’ou­vri­ra.

Entre le ca­sier des jeunes Eme­rick Se­tia­no ( pi­lier) et Bas­tien Sou­ry ( ta­lon­neur) trône le por­trait de mon­sieur Cha­baud, soi­gneur du RCT dans les an­nées 1960- 1970.

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