Ti­chit, pro­gramme fi­dé­li­té

En dix ans de car­rière à Oyon­nax et Castres, le pi­lier gauche du CO n’a connu que Ch­ris­tophe Urios comme en­traî­neur.

L'Équipe - - RUGBY - HAMID IMAKHOUKHENE ( avec L. C.)

On doute qu’un jour, même pour rire, An­toine Ti­chit ait osé ap­pe­ler Ch­ris­tophe Urios « pa­pa » . Ce qui est sûr, en re­vanche, c’est que les par­te­naires du joueur cas­trais l’ont dé­jà mo­qué. « Je me fais cham­brer, bien sûr, en rit le pi­lier gauche de Castres. Ils me disent :

“T’es son fils.” Mais, comme ça fait dix ans que Ch­ris­tophe me coache, je ne peux trop rien dire… »

Dix ans que l’en­traî­neur et le joueur sont in­sé­pa­rables. Ra­ris­sime à ce ni­veau. Mais, se­lon le tech­ni­cien, l’af­faire n’a pas tou­jours été simple pour Ti­chit : « À Castres, il a aus­si souf­fert de notre re­la­tion pri­vi­lé­giée. La pre­mière an­née, il ne fait d’ailleurs pas une bonne sai­son. Et des mecs du ves­tiaire lui ont fait payer tout ça. Or, An­toine est quel­qu’un de fon­ciè­re­ment bon. Ce n’est pas une grande gueule qui va ré­pondre au mec : “Tu me casses les couilles, je vais t’em­plâ­trer.” Il va plu­tôt fuir, pas parce qu’il a peur, mais parce qu’il ne veut pas en­trer dans ce jeu- là. Il en a souf­fert. Et là, c’est juste en train de se nor­ma­li­ser. »

Ti­chit ( 28 ans) avait dix- huit ans, était en­core ju­niors Rei­chel, lors­qu’il a quit­té l’équipe Es­poirs d’Al­bi pour re­joindre Urios à Oyon­nax en 2008. Après sept sai­sons à « Oyo » , ( Cham­pion­nats Es­poirs, Pro D 2, puis Top 14), il boucle sa troi­sième sai­son à Castres en col­la­bo­ra­tion avec l’an­cien ta­lon­neur du CO. Une dé­cen­nie pla­cée sous le signe de la confiance mu­tuelle.

« Je me sou­viens que, quand on a eu l’en­tre­tien avec Ch­ris­tophe pour pas­ser d’Al­bi à “Oyo”, j’étais ac­com­pa­gné de mes pa­rents et que ma ma­man m’a dit : “Cet homme croit en toi !”, glisse le joueur. À Oyon­nax, Ch­ris­tophe m ’a a p p r i s à d e v e n i r u n homme et un com­bat­tant. Ces an­nées là- bas, m’ont en­dur­ci. »

“Notre re­la­tion n’a pas tou­jours été un long fleuve tran­quille. Mais fran­che­ment, c’est une , , vraie ami­tié, presque plus que ça même

De­puis, Ti­chit a évo­lué. Urios aus­si, à en croire son élève. « Il est beau­coup plus dans la pé­da­go­gie qu’avant. Ici, quand je le vois ex­pli­quer cal­me­ment aux plus jeunes, ça me cha­grine, j’ai une larme qui coule, rit Ti­chit. Parce qu’à “Oyo”, au dé­but, c’était à la dure pour nous. On al­lait di­rect à la mus­cu quand ça ne mar­chait pas sur le ter­rain… »

Au prin­temps 2015, à la sor­tie d’une sai­son pleine avec Oyon­nax ( 6e), Ti­chit a été sol­li­ci­té pour chan­ger d’air : « J’ai vi­si­té deux ou trois clubs. Ch­ris­tophe était au cou­rant. Il m’a dit : “J’ai un pro­jet pour toi.” Je ne le sa­vais pas, mais c’était Castres. » Castres, le re­tour aux sources, le club phare du Tarn, les re­trou­vailles avec la fa­mille, les potes. L’aven­ture s’est pour­sui­vie et après dix ans de vie com­mune avec le même en­traî­neur, Ti chi t ne constat e pas d’usure.

« On a une vraie re­la­tion ba­sée sur l’écoute. Quand on se parle, ce n’est pas bru­tal, c’est calme. »

Urios com­plète : « Notre re­la­tion n’a pas tou­jours été un long fleuve tran­quille. Mais fran­che­ment, c’est une vraie ami­tié, presque plus que ça même. Il y a une grande confiance entre nous. Un peu de pu­deur, aus­si. Il sait ce que je pense de lui, et je crois sa­voir qu’il m’ap­pré­cie. Par exemple, il ne pro­lon­ge­ra pas à Castres tant que j e n ’ a u r a i p a s p r o l o n g é m o i - même… »

De­main à Er­nest- Wal­lon, les deux hommes se­ront liés par un sou­ve­nir com­mun, em­preint d’une grande émo­tion. Le 30 mai 2015, Oyon­nax y avait été bat­tu 20- 19 en bar­rages par un Tou­louse long­temps bous­cu­lé et fi­na­le­ment mi­ra­cu­lé. « On avait me­né tout le match et on est morts de la plus belle des fa­çons, dit Ti- chit. C’était la fin de vie d’une belle bande de potes. »

L e d u o , p a r t i d a n s l e Ta r n après ce bar­rage per­du, a de­puis pris sa re­vanche sur Tou­louse puisque le 2 dé­cembre der­nier, Castres l’a em­por­té à Er­nestWal­lon ( 31- 41), là où le CO n’avait pas ga­gné de­puis qua­rante ans. Et de­main, la paire Urios- Ti­chit ai­me­rait si­gner une autre fin de sé­rie. De­puis le bar­rage per­du avec « Oyo » en 2015, les deux hommes ont en­chaî­né deux autres échecs à l’ex­té­rieur au même stade de la com­pé­ti­tion, en 2016 et en 2017 ( Tou­lon et Mont­pel­lier)… « Il est temps de pas­ser le cap » , conclut Ti­chit.

Le 15 avril der­nier, An­toine Ti­chit et les Cas­trais sa­vou­raient leur suc­cès à la Rochelle ( 18- 26) qui leur per­met­tait de re­col­ler au clas­se­ment et, au fi­nal, de se qua­li­fier pour les bar­rages.

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