Fel­lon, le mo­teur de Zar­co

Men­tor à l’ori­gine de la car­rière mo­to­cy­cliste de Jo­hann Zar­co, Laurent Fel­lon ra­conte les étapes clés de la car­rière de son pou­lain.

L'Équipe - - MOTO - PAS­CAL COVILLE

LE MANS – Laurent Fel­lon est brut de fon­de­rie. Nor­mal pour un an­cien tech­ni­cien en pot d’échap­pe­ment. Car­ré, trop car­ré pour cer­tains. « Un ami m’a dit un jour : “Laurent, tu fais peur !”, ra­conte- t- il. Pour­tant je suis un gen­til gars. »

Cri­tiques ou pas, tous re­con­naissent le rôle joué par cet homme de cin­quante- sept ans que rien ne pré­des­ti­nait à construire l’ac­tuel dau­phin de Mar­quez.

LA REN­CONTRE

« C’est en 2004 que j’ai ren­con­tré Jo­hann. Sur le cir­cuit d’Ey­guières ( Bouches- duR­hône). J’étais de­ve­nu mé­ca­ni­cien mo­to après avoir été en même temps ma­ga­si­nier chez Re­nault à Avi­gnon et pi­lote mo­to dans des coupes de pro­mo­tion. J’avais dû ar­rê­ter la course à cause des sous. J’ai en­suite tra­vaillé pour l’im­por­ta­teur d’une marque ita­lienne de cy­clos et de mi­ni- mo­tos. C’est pour ça que j’étais à Ey­guières.

Le pa­pa de Jo­hann est ve­nu me voir. On a fait un test, et c’est par­ti comme ça. Les week- ends de course, je des­cen­dais en ca­mion à Cannes. Je ré­cu­pé­rais Jo­hann. Et on par­tait pour l’Ita­lie où il y avait le meilleur Cham­pion­nat eu­ro­péen de mi­ni- mo­tos. »

LA RED BULL ROOKIES CUP

« En 2007, on ap­prend que KTM or­ga­nise une Coupe pour les jeunes, la Rookies Cup. On y va. Jo­hann est sé­lec­tion­né. Au mi­lieu de la sai­son, il dé­barque de Cannes sur son scoo­ter chez moi à Avi­gnon. Il avait dé­ci­dé de ve­nir man­ger de la mo­to à la mai­son Fel­lon. C’est pas moi qui l’ai pi­qué à son père, faut bien sou­li­gner que c’est Jo­hann qui a dé­ci­dé. Il voyait que, pour ga­gner la Coupe, il fal­lait vivre mo­to et c’était pas pos­sible chez lui.

Ma femme l’a ac­cep­té. Elle a un peu éle­vé Jo­hann. Il est res­té sept ans à la mai­son. Il dor­mait sur le ca­na­pé. On n’est pas riches. »

LA SAI­SON SAB­BA­TIQUE

« Après la Rookies Cup, il au­rait pu rou­ler en Cham­pion­nat d’Es­pagne 125 sur une KTM. Mais cette mo­to n’avait aucune chance contre les Apri­lia. Alors, on a po­sé les va­lises. On sa­vait que si Jo­hann res­tait là, son évo­lu­tion était fi­nie. Il était vieux, il avait dix- sept ans. Il est res­té à la mai­son et il s’est en­tre­te­nu avec du rou­lage. Puis il y a eu la ren­contre avec le pi­lote hon­grois Tal­mac­si, cham­pion du monde 125 en 2007, car ma femme est hon­groise.

Jo­hann a fait un test avec Tal­ma, qui a été im­pres­sion­né, et lui a dit : “On va te trou­ver un gui­don.” Mais il fal­lait trou­ver de l’ar­gent. De mé­ca­ni­cien, je suis de­ve­nu ma­na­ger. Grâce aux per­sonnes de ma ré­gion qui ont cru à notre aven­ture, on a trou­vé les sous. Fin 2008, on signe le pre­mier contrat de Grand Prix dans une équipe de SaintMa­rin sur une Apri­lia 125. »

LA PRE­MIÈRE VIC­TOIRE EN GRAND PRIX

« Pour sa troi­sième sai­son en 125 en 2011, iI fal­lait pour Jo­hann une mo­to et une équipe top. On a si­gné avec Aki Ajo. Je di­rai pas ce que ça nous a coû­té. On va me prendre pour un fou. Une énorme somme, qu’on a trou­vée grâce à des co­pains pas­sion­nés.

En 2011, on rem­porte en­fin un Grand Prix, on se bat jus­qu’au bout pour le titre et on fi­nit deuxièmes. On ar­rive en Mo­to2. Là on ne paie plus. On n’a plus be­soin d’ap­por­ter d’ar­gent. C’est dé­jà un gros pas. Jo­hann va conti­nuer sa pro­gres­sion chaque sai­son avec au bout le titre en 2015 et en 2016. »

LE RE­TOUR SUR UNE KTM

« Fin 2015, il n’y avait pas de Mo­toGP qui conve­nait à Jo­hann pour 2016. On a dé­ci­dé de re­pi­quer en Mo­to2. On était payés par Su­zu­ki pour rou­ler chez Ajo en Mo­to2. En fait, on vou­lait la Ya­ma­ha- Tech3 de­puis le dé­but. Merci à Hervé Pon­cha­ral.

Et puis, cette an­née, on a dé­ci­dé de si­gner chez KTM pour les deux pro­chaines sai­sons. Moi, j’ai dit à Jo­hann que KTM al­lait tout faire pour qu’il de­vienne cham­pion du monde. Toutes les di­rec­tions qu’on a prises jus­qu’à main­te­nant ont été bonnes. L’an pro­chain, il peut ga­gner des courses et fi­nir dans les trois pre­miers. En 2020, il peut être cham­pion du monde. »

“On a fait un test, et c’est par­ti comme ça

“Il voyait que, pour ga­gner, il fal­lait vivre mo­to

“De mé­ca­ni­cien, je suis de­ve­nu ma­na­ger

“II fal­lait une mo­to et une équipe top

“En 2020, il peut être cham­pion du monde

Du cir­cuit pro­ven­çal d'Ey­guières en 2004 au pad­dock de Mo­toGP au­jourd'hui, Laurent Fel­lon ( au gui­don) a ac­com­pa­gné pas à pas l'as­cen­sion de Jo­hann Zar­co au som­met du sport mo­to­cy­cliste.

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