La belle vague bleue

Mont­pel­lier ( 21- 15 de­vant Édim­bourg), le Ra­cing 92 ( 14- 13 à Lla­nel­li) et Tou­louse ( 22- 20 à Bath) ont réus­si hier leurs dé­buts eu­ro­péens.

L'Équipe - - LA UNE - LAURENT CAMPISTRON

BATH ( AN­GLE­TERRE) – C’est le type de sau­ve­tage qui n’ar­rive qu’une seule fois dans la car­rière d’un joueur, quand il ar­rive. À trente et un ans, Maxime Mé­dard, lui, n’en avait ja­mais connu de tel. « Fran­che­ment, c’est la pre­mière fois que je sauve un coup comme ça. Je me suis sur­pris moi- même. Je me suis dit : “Ce n’est pas pos­sible, ce n’est pas vrai !’’ En fait si. »

On jouait la 76e mi­nute, hier, lorsque l’ar­rière an­glais de Bath Fred­die Burns trans­per­ça la dé­fense tou­lou­saine en bout de ligne. Plus rien de­vant lui, si­non un en- but dé­ser­té, l’oc­ca­sion im­man­quable de don­ner un avan­tage pro­ba­ble­ment dé­ci­sif à son équipe, alors me­née 20- 22. Sauf que le dan­ger n’était pas de­vant mais der­rière, d’où re­ve­nait l’ai­lier in­ter­na­tio­nal fran­çais, avec l’éner­gie du déses­poir. Ain­si, pen­dant que Burns en­voyait dé­jà un bi­sou à son pu­blic, Mé­dard s’ima­gi­nait en­core le rat­tra­per pour lui chi­per le bal­lon. Une pen­sée un peu folle, qu’il était sans doute le seul à avoir à ce mo­ment- là. « Au dé­part, quand Burns perce, je suis sur mon aile gauche, ra­conte- t- il. Comme je constate qu’il ne fait pas trop at­ten­tion à moi, je le pour­suis sans sa­voir si je vais pou­voir in­ter­ve­nir. Il ne me voit pas, alors que, moi, je vois qu’il est très ra­pi­de­ment sûr de lui. » Trop, évi­dem­ment. Du bord de touche, où il s’était ca­lé après son rem­pla­ce­ment par Ro­main Nta­mack quelques mi­nutes plus tôt, le de­mi de mê­lée Sé­bas­tien Bé­zy n’en est pas re­ve­nu : « On at­ten­dait que Burns apla­tisse et on a vu Max ar­ri­ver très vite et lui ta­per sur la main pour pro­vo­quer un en­avant. »

Burns To Be Alive

Et dire que la veille, dans le centre de Bath, Mé­dard et Burns si­ro­taient en­semble un ca­fé avec Maxime Mer­moz, an­cien par­te­naire de l’An­glais à Lei­ces­ter. Les deux hommes ne se sont pas re­par­lés à l’is­sue de la par­tie, mais on ima­gine la dé­tresse de l’ar­rière bri­tan­nique, qui avait aus­si ex­pé­dié sur le po­teau une pé­na­li­té à 22 mètres face aux perches quelques ins­tants plus tôt. Son double échec ai­da tant les Rouge et Noir à s’im­po­ser qu’on s’at­ten- dait presque à en­tendre Max Mé­dard et ses co­pains fer­railleurs en­ton­ner Burns To Be Alive dans leur ves­tiaire, le tube lé­gè­re­ment re­vi­si­té de Pa­trick Her­nan­dez. Mais non, on écou­ta juste l’an­cien pré­sident Re­né Bous­ca­tel com­pa­rer le geste de Mé­dard à ce­lui de Vincent Clerc qui, en juin 2012, en de­mi- fi­nales du Top 14 contre Castres ( vic­toire 24- 15), em­pê­cha le centre écos­sais Max Evans d’apla­tir en le re­tour­nant dans l’en- but. « Avant, on ap­pe­lait ce genre de geste une Vincent Clerc, confirme William Ser­vat. Main­te­nant, on va pou­voir l’ap­pe­ler une Maxime Mé­dard ! »

L’en­traî­neur ad­joint en charge des avants es­time aus­si que le re­tour mi­ra­cu­leux de l’ai­lier dé­note un état d’es­prit, un tem­pé­ra­ment.

« Si Max Mé­dard n’y croit pas et ne va pas jus­qu’au bout, il y a es­sai. À un mo­ment don­né, c’est le cou­rage e t l’a b n é g a t i o n d e s me c s q u i paient. »

Maxime Mé­dard re­prend :

« C’est vrai qu’à l’en­traî­ne­ment on tra­vaille beau­coup l’es­prit de com- pé­ti­tion, on ne lâche rien. C’est mon tem­pé­ra­ment, mais c’est aus­si ce­lui des jeunes de l’ef­fec­tif. C’est chouette. C’est moi qui ai sau­vé l’équipe cette fois- ci, mais ç’au­rait pu être quel­qu’un d’autre. »

Lo­gi­que­ment, c’ est aus­si Maxime Mé­dard qui fut dé­si­gné homme du match. Comment au­rait- il pu en être au­tre­ment ? Son tro­phée, en forme de ca­rafe ou de vase, fut très vite rem­pli de bière. Et per­sonne n’osa lui de­man­der s’il comp­tait la dé­gus­ter avec Fred­die Burns…

À quatre mi­nutes de la fin, Maxime Mé­dard ar­rive dans le dos de Fred­die Burns tout sou­rire, sur le point d'apla­tir, et tape dans le bras droit de l'An­glais, qui com­met un en- avant.

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