DEM­BÉ­LÉ L’HEURE DES QUES­TIONS

In­té­res­sant avec le Bar­ça de­puis le dé­but de la sai­son, l’at­ta­quant, sé­lec­tion­né avec les A pour la pre­mière fois il y a deux ans, ne par­vient pas à être ef­fi­cace en équipe de France.

L'Équipe - - FOOTBALL - HU­GO DELOM

C’était un chaud soir ita­lien, il y a deux ans. Dans le large stade San Ni­co­la de Ba­ri, en cette fin d’été, il n’y avait d’yeux que pour lui. Ous­mane Dem­bé­lé : un ga­min de dix­neuf ans con­vo­qué pour la prem i è r e f o i s a v e c l e s B l e u s , vain­queurs en Ita­lie ( 3- 1). À coups de cro­chets et de buts ( 12 en L 1), l’at­ta­quant mar­ty­ri­sait ses ad­ver­saires de­puis des mois avec Rennes et son trans­fert ré­cent au Bo­rus­sia Dort­mund an­non­çait son en­vol. C’était l’heure des com­pa­rai­sons et des folles pro­messes.

Dix- neuf sé­lec­tions et un titre de cham­pion du monde ont fi­lé de­puis les dé­buts de Dem­bé­lé en bleu. Et, en cet au­tomne 2018, les es­poirs ont abou­ti à des ques­tions ou à des doutes. Pas sur les qua­li­tés du Bar­ce­lo­nais ( 21 ans). Un ta­lent ex­cep­tion­nel, ca­pable de drib­bler n’im­porte quel joueur en un contre un sur la scène mon­diale. Non, le dé­bat, nour­ri par ses chances de s'ex­pri­mer en équipe de France ( huit ti­tu­la­ri­sa­tions), se si­tue ailleurs. Sur sa ca­pa­ci­té à aug­men­ter son ef­fi­ca­ci­té dans le der­nier geste. En club mais sur­tout en sé­lec­tion : deux buts et une passe dé­ci­sive avec les Bleus, c’est trop peu pour ce ta­lent- là.

Au- de­là du constat se dé­gage sur­tout ce sen­ti­ment que Dem­bé­lé, pour­tant bien in­té­gré dans le groupe et proche de plu­sieurs cadres ( Griez­mann, Mbap­pé…), ne par­vient pas à s’ex­pri­mer plei­ne­ment en sé­lec­tion. Des in­ter­ro­ga­tions qui au­raient été sans doute en par­tie re­pous­sées si ses centres à des­ti­na­tion de Thau­vin ou Griez­mann avaient été « va­li­dés » jeu­di face à l’Is­lande ( 2- 2), match conden­sé des qua­li­tés et des dé­fauts du joueur. Elles existent tou­jours. Le na­tif de Ver­non ( Eure), qui s’était ex­pli­qué à l’is­sue du match en Al­le­magne ( 0- 0, le 6 sep­tembre) – « Avec l’équipe de France c’est un peu plus dif­fi­cile mais je vais m’ac­cro­cher –, est conscient de sus­ci­ter le dé­bat. Mais alors pour­quoi ? Pour­quoi ses qua­li­tés na­tu­relles, ex­pri­mées avec le Bar­ça en ce dé­but de sai­son ( 5 buts en 10 matches), ne se tra­duisent pas par da­van­tage d’ef­fi­ca­ci­té en bleu ? « Le sou­ci avec Ous­mane, c’est que tout est al­lé très vite, et qu’on est très exi­geants avec lui, ex­plique Phi­lippe Mon­ta­nier, son ex- en­traî­neur à Rennes. Cette ef­fi­ca­ci­té- là vient en gé­né­ral avec le temps, la sta­bi­li­té. Co­co Suau­deau di­sait que le plus dur, c’était de se créer des si­tua­tions. Ous­mane en crée aus­si, alors lais­sons- lui en­core du temps. »

Les re gards port és sur un joueur re­cru­té plus de 100 M€ par le FC Bar­ce­lone sont for­cé­ment dif­fé­rents. Ils n’au­to­risent guère la pa­tience. Même pour un élé­ment qui n’a que deux ans et de­mi de car­rière pro der­rière lui. « Il n’y a pas de pa­nique à avoir. Est- ce que Gri ez­mann a t out de sui t e ét é brillant en bleu ? ana­lyse Laurent Guyot, son sé­lec­tion­neur chez les moins de 17 ans. Les élé­ments of­fen­sifs ont be­soin de temps. Tout le monde se fixe sur Mbap­pé. Mais Ky­lian, c’est un phé­no­mène en termes de ma­tu­ri­té. »

, , “Les élé­ments of­fen­sifs ont be­soin de temps LAURENT GUYOT, SON AN­CIEN SÉ­LEC­TION­NEUR EN U 17

Une mue « men­tale » at­ten­due

Pour les proches de Dem­bé­lé, la ré­ponse à ce dé­fi­cit d’ef­fi­ca­ci­té est double : « Le dé­bat, on le com­prend mais il faut sa­voir qu’Ous­mane n’est pas ob­sé­dé par le but, c’est un joueur créa­tif, ex­plique- t- on dans son en­tou­rage. Il sait qu’on l’at­tend de­vant le but, mais cette no­tion de passes est im­por­tante pour lui. En­suite, on n’a pas d’in­quié­tudes sur son évo­lu­tion. Sur le plan de car­rière, en termes de pro­gres­sion, il est dans les temps. »

Seul le temps pour­rait donc faire tendre son jeu vers da­van­tage d’ef­fi­ca­ci­té. Mais en au­rat- il ? Après lui avoir of­fert une vraie chance en le ti­tu­la­ri­sant face à l’Aus­tra­lie en ou­ver­ture de la Coupe du monde ( 2- 1, le 16 juin), Di­dier Des­champs, dont il faut sa­voir ana­ly­ser les piques, a of­fert une pe­tite mise au point au su­jet de Dem­bé­lé la se­maine der­nière : « Il doit ga­gner en ré­gu­la­ri­té. À lui de prendre conscience de toutes les exi­gences du haut ni­veau. Je ne crois pas qu’il en ait plei­ne­ment conscience. »

Les re­tours sur l’hy­giène de vie du joueur l’an der­nier en Ca­ta­logne ont lais­sé des traces. La mise en place d’une struc­ture avec un cui­si­nier et un cadre dé­fi­ni ces der­niers mois peuvent par­ti­ci­per à les ef­fa­cer. Cette né­ces­si­té de haus­ser son ni­veau d’exi­gence se­ra ob­ser­vée par le staff, qui sait le lien na­tu­rel tech­nique et amical qui unit Mbap­pé et Dem­bé­lé. Une mue « men­tale » est at­ten­due. Peut- il y par­ve­nir ? « Il a dé­jà ap

por­té des ga­ran­ties, es­time Guyot.

On ne peut pas ima­gi­ner en ar­ri­ver là sans avoir des res­sources. Je suis convain­cu que l’exi­gence des joueurs du Bar­ça va l’y ai­der. »

An­toine Griez­mann, Ous­mane Dem­bé­lé et Tho­mas Le­mar ( de g. à dr.), hier à Clai­re­fon­taine.

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