LE SUP­PLICE 26- 29

Les Bleus ont lais­sé échap­per la vic­toire en toute fin de match à la suite d'un es­sai du Sud- Afri­cain Bon­gi Mbo­nam­bi. Ce cin­quième re­vers d'af­fi­lée alour­dit un peu plus le cli­mat à dix mois de la Coupe du monde.

L'Équipe - - LA UNE - PIERRE MI­CHEL BONNOT

Si cette équipe de France ne sait tou­jours pas comment s'y prendre pour ga­gner, elle n’au­ra rien ap­pris hier de la ma­nière de lais­ser fi­ler un match ca­pi­tal qu’elle croyait en­fin te­nir à pleines mains.

Juste comme face à l’Ir­lande en dé­but du der­nier Tour­noi, il suf­fit d’un bal­lon éga­ré, d’un ren­voi ra­pide né­gli­gé, d’une charge un poil trop so­li­taire dans l’ul­time mi­nute de Paul Ga­brillagues à l’ap­proche de la ligne ca­de­nas­sé par les avant- bras sur­puis­sants de Fran­çois Louw, pour que tout un fra­gile châ­teau de cartes de confiance s’ef­fondre.

L’oc­ca­sion était belle pour­tant, l’ad­ver­saire dis­po­sé à im­po­ser son in­ten­si­té phy­sique plu­tôt qu’un rythme en­dia­blé et jus­qu’à cette fa­tale gour­man­dise, ce dé­sir brû­lant de faire un peu trop bien, d’al­ler un peu plus près du bon­heur du deuxième- ligne pa­ri­sien, on pou­vait avan­cer que cette équipe de France- là n’avait pas vo­lé sa vic­toire et que mal­gré une deuxième mi- temps pas­sée à col­ma­ter les brèches creu­sées par un jeu au pied un poil moins in­ci­sif, le dé­but de quelque chose d’en­cou­ra­geant pour­rait se mettre en place dans la vic­toire.

Au lieu de quoi, il faut dé­plo­rer les mêmes chutes de lu­ci­di­té dans les ins­tants cru­ciaux et im­plo­rer en­core un peu plus de pa­tience et tou­jours plus de bien­veillance de la part de sup­por­ters qui n’en peuvent vi­si­ble­ment plus.

« Ca­gade » sur un ren­voi pour un es­sai de Nko­si

C’est qu’il avait fal­lu de l’ima­gi­na­tion à cette équipe de France en plein brouillard pour prendre ce test ma­jus­cule par le bon bout dev a n t d e s t r i b u n e s c r e u s e s comme un re­proche et sous des en­cou­ra­ge­ments spo­ra­diques que ne ris­quait sur­tout pas de ré­chauf­fer un si­nistre aha­neur de stade aux ro­do­mon­tades de mar­chand de laxa­tifs à la sau­vette.

Oui cette équipe- là, à dé­faut de bien d’autres choses, don­na dès l’en­tame l’im­pres­sion de ne vou­loir faire qu’une, sous l’étouf­fante pres­sion sud- afri­caine, et si c’est bien en­ten­du la moindre des choses dans un sport où l’on n’est rien sans les autres, ça ne cou­lait pas de source pour un groupe lan­cé sur la pente sa­von­neuse de quatre dé­faites consé­cu­tives et plus lar­ge­ment de six re­vers pour deux vic­toires en 2018.

Et si la pers­pec­tive d’être de l’aven­ture ja­po­naise, là- bas à l’autre bout de la sai­son 2019, n’y est sans doute pas pour rien, on ju­re­rait aus­si que toute cette gé­né­ra­tion n’en peut vrai­ment plus de bai­gner dans cette at­mo­sphère de lose et de désen­chan­te­ment plus pois­seux que l a vi­laine bruine qui s’abat­tit sur Saint- De­nis à l’orée de la deuxième mi- temps.

À cet ins­tant pré­cis, la France me­nait de sept points et ça ne te­nait sur­tout pas du mi­racle. Les hommes de Gui­ra­do d’abord avaient su ré­sis­ter en dé­fense sans rompre à la pres­sion su­da­fri­caine au ras, Mé­dard, Pe­naud et Tho­mas, im­pa­vides sous la mi­traille, avaient su l’in­ver­ser de quelques re­lances as­su­rées et le duo Se­rin- Lo­pez avait su me­ner l’affaire avec sa­gesse.

Tout ce­la était plu­tôt co­hé­rent et pré­sen­tait dé­jà plus d’équi­libre entre dé­fense et es­prit d’en­tre­prise que tout ce qui avait pré­cé­dé mais n’au­rait pas suf­fi à dé­sta­bi­li­ser des Sud- Afri­cains eux- mêmes bien dé­ci­dés à ne se dé­cou­vrir qu’avec par­ci­mo­nie.

La dif­fé­rence, comme sou­vent dans un rug­by où la pos­ses­sion du bal­lon est de­ve­nue un far­deau, se fit en ef­fet du­rant cette heu­reuse pé­riode dans des ré­cu­pé­ra­tions au sol em­man­chées de contres tran­chants et à la ré­cep­tion d’une pluie in­ces­sante de mis­siles sol- sol.

Ain­si les deux pre­miers buts de Se­rin et le drop plein de sa­gesse de Lo­pez étaient nés de trois bal- lons de ra­pines ar­ra­chés à l’ap­pé­tit sud- afri­cain et en­fin ex­ploi­tés avec un maxi­mum d’ef­fi­ca­ci­té. Un es­sai al­lait suivre à la si­rène sur une re­lance trop gour­mande de Tho­mas, ou­bliant de re­le­ver la tête à temps et rat­tra­pé l’ins­tant d’après par une charge der­rière une touche de Gui­ra­do qui n’avait pas ou­blié de la bais­ser ( 37e).

Sept points d’avance sur une na­tion ma­jeure, c’était dé­jà plus que le dé­but d’une ré­demp­tion. Mais l’en­tame de la deuxième mi­temps, es­sai de Bas­ta­reaud sur une per­fec­tion de chan­delle de Lo­pez de­vant l’en- but im­mé­dia­te­ment sui­vi d’une re­mar­quable « ca­gade » de Va­haa­ma­hi­na sur le ren­voi pour un es­sai de Nko­si, ve­nait dé­mon­trer que la longue marche vers plus d’équi­libre et de c o n s t a n c e q u e l e q u i n z e d e France ve­nait d’en­ta­mer n’en était qu’à ses tout pre­miers pas. Et mal­gré toute la bonne vo­lon­té du monde, mal­gré des sau­ve­tages déses­pé­rés comme ce­lui d’Itur­ria pour pri­ver Kolbe d’un es­sai dé­ci­sif, la France n’avait plus ce qu’il fal­lait d’éner­gie et de lu­ci­di­té pour dé­tour­ner la lame de cet es­sai d’ar­rêt de jeu qui la ren­voyait un an en ar­rière.

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