le dé­cryp­tage de Fa­bien Gal­thié

An­cien de­mi de mê­lée de l'équipe de France ( de 1991 à 2003)

L'Équipe - - RUGBY -

L’ef­fet du banc

J’ai cru que les Bleus al­laient ga­gner. Et je ne voyais pas comment ils pou­vaient perdre. Pour­quoi ce match a- t- il quand même fi­ni par bas­cu­ler du cô­té des Spring­boks ?

Peut- être qu’ils ont ga­gné le bras de fer phy­sique. En pre­mière pé­riode, les SudA­fri­cains n’avan­çaient pas, ren­daient le bal­lon, et c’était sans doute dû à la dé­bauche d’éner­gie des Bleus. Dans les vingt der­nières mi­nutes, à par­tir de la per­cée de Marx en plein coeur du ter­rain, ces der­niers sem­blaient plus fi­gés, et les Boks en ont pro­fi­té. Par­mi les ex­pli­ca­tions, il y a aus­si l’ef­fet du banc, sur­tout du cô­té des avants.

Sny­man a ap­por­té de la den­si­té, Louw a grat­té des bal­lons au sol. Le coa­ching d’Eras­mus a aus­si chan­gé le vi­sage de cette équipe su­da­fri­caine : quand Jant­jies et Kolbe sont en­trés en jeu, elle a da­van­tage dé­pla­cé le bal­lon. Ré­sul­tat, elle est ren­trée trois fois dans l’en- but tri­co­lore, et même s’il n’y a eu qu’un seul es­sai ac­cep­té, c’est un signe de do­mi­na­tion. Dans les ex­pli­ca­tions de cette dé­faite des Bleus, il y a aus­si le jeu au pied. Avec cette mé­téo, il fal­lait l’uti­li­ser pour ne pas se mettre en dan­ger. Le pro­blème est que ce jeu au pied of­fen­sif est de­ve­nu, au fil des mi­nutes, une fi­na­li­té, alors qu’en dé­but de match, c’était une al­ter­nance. Je m’ex­plique : en pre­mière pé­riode, les Fran­çais dé­pla­çaient le bal­lon, se fai­saient des passes et ta­paient dans le dos alors que le jeu al­lait vite. Consé­quence : le troi­sième ri­deau des Spring­boks était sur­pris, sans sou­tien sup­plé­men­taire pour faire face à ces jeux au pied, et les Bleus ont eu des si­tua­tions in­té­res­santes.

Après la pause, au contraire, les Bleus se sont mis dans l’obli­ga­tion de jouer au pied. Ils se po­si­tion­naient pour ce­la, ne dé­pla­çaient plus le jeu en amont, et de­ve­naient ain­si li­sibles. Ré­sul­tat, les Spring­boks dé­cro­chaient des joueurs dans leur troi­sième ri­deau et étaient plus se­reins sous les bal­lons hauts. Si on ajoute à tous ces sou­cis quelques bal­lons per­dus, un manque de ma­tu­ri­té et de confiance, une dif­fé­rence de vé­cu aus­si, on ar­rive à cette ac­tion fi­nale qui a cru­ci­fié les Fran­çais, comme il y a quelques mois contre l’Ir­lande.

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