Aus­si bon qu’une vic­toire

Pour les An­glais, en dif­fi­cul­té cette sai­son, cette dé­faite si­gni­fie énor­mé­ment. Dans un match for­mi­dable, ils ont été à la hau­teur des All Blacks.

L'Équipe - - RUGBY - DO­MI­NIQUE ISSARTEL

LONDRES – Les All Blacks n’ont pas en­core en­ta­mé leur ha­ka, le Ka­pa O Pan­go, ce­lui ré­ser­vé aux grandes oc­ca­sions, que le chant des 82 000 spec­ta­teurs de Twi­cken­ham s’élève, puis­sant et ma­gni­fique, cou­vrant tout le reste et trans­for­mant sou­dain les hommes en noir en pan­tins aux gestes dis­cor­dants. « Que votre Swing Low, Sweet Cha­riot soit plus fort que leur ha­ka » , a de­man­dé le capitaine Dy­lan Hart­ley par jour­naux in­ter­po­sés le ma­tin ; le peuple an­glais a ré­pon­du pré­sent et, plus bas dans l’arène, cette adm i r a b l e f e r v e u r e m p l i t l e s joueurs de force. Les All Blacks n’ont plus de son ; bien­tôt, ils n’au­ront plus de jeu.

Sous des t rombes d’ eau, pen­dant trente- huit mi­nutes exac­te­ment, dans le sillage de l’épa­tant troi­sième- ligne Sam Un­de­rhill, mons­trueux hier, les An­glai s vont l i t t érale ment étouf­fer la meilleure équipe du monde.

2e mi­nute : Ch­ris Ash­ton, qui n’avait plus été ti­tu­la­ri­sé dans le quinze de la Rose de­puis quatre ans, marque sur son pre­mier bal­lon, ser vi par une lo ngue passe de Youngs qui prend la dé­fense ad­verse à re­vers. 6e mi­nute, c’est Jon­ny May, sur l’autre aile, qui est à deux doigts de sco­rer. 10e mi­nute, après avoir rem­por­té une nou­velle ba­taille dans les rucks, les avants an­glais per- mettent à Far­rell de pas­ser un drop. Et puis, clou du spec­tacle à l a 2 4 e , l e t a l o n n e u r Har t l e y, pous­sé par douze de ses co­équi­piers, pi­lote par­fai­te­ment un maul. Les An­glais donnent l’im­pres­sion de rou­ler sur les All Blacks et mènent 15 à 0.

“[ Ce match] nous per­met de consta­ter , , la pro­fon­deur de notre ef­fec­tif

Alors, deux heures plus tard et mal­gré l a d é fa i t e d ’ u n p o i n t ( 15- 16), après un es­sai re­fu­sé à Un­de­rhill à la 75e pour un hors­jeu de Lawes – une dé­ci­sion sur le fil que les An­glais ne dis­cu­te­ront à au­cun mo­ment –, Jon­ny May a le sou­rire dans le cou­loir des ves­tiaires. « Cette dé­faite, pour nous, est bien plus im­por­tante que la vic­toire de la se­maine der­nière, contre l’Afrique du Sud. Elle nous per­met de re­par­tir de l’avant, à onze mois de la Coupe du monde. »

Plom­bés par cinq dé­faites sur leurs neuf der­niers matches, les An­glais – in­tou­chables les deux sai­sons pré­cé­dentes avec 17 vic­toires sur 18 ren­contres – avaient per­du confiance.

« Plu­tôt la confiance du pu­blic, de la presse, cor­rige le deuxième- l i g n e C o u r t n e y L a we s .

Nous, on ne s’est ja­mais vrai­ment in­quié­tés, on sa­vait qu’en un an, on avait le temps d’être prêts pour le Ja­pon. Et, sur­tout, on sa­vait qu’on p o u v a i t r i v a l i s e r av e c l e s Al l B l a c k s ; o n l ’ a p r o u v é au­jourd’hui. »

Sur­tout que les An­glais sont am­pu­tés d’un grand nombre de joueurs cadres, bles­sés ou sus­pen­dus pour la plu­part, no­tam­ment en troi­sième ligne où il leur man­quait leurs trois pre­miers choix en nu­mé­ro 8, Billy Vu­ni­po­la, Na­than Hu­ghes et Sam Sim­monds.

« En termes de sé­lec­tions, avec 400 capes cu­mu­lées, nous nous sommes pré­sen­tés sur le ter­rain avec une de­mi- équipe, sou­ligne Eddie Jones, le sé­lec­tion­neur. Les chiffres montrent que les vain­queurs de la Coupe du monde en comptent au moins le double. Ce match, mal­gré la dé­faite, est un grand pas en avant. Il nous per­met de consta­ter la pro­fon­deur de notre ef­fec­tif et va nous ser­vir à tra­vailler ce qui nous manque par rap­port aux All Blacks. »

Hier, c’était évident : alors que les Néo- Zé­lan­dais trans­forment qua­si­ment cha­cune de leurs oc­ca­sions en points, les An­glais n’ont pas su le faire à plu­sieurs re­prises. C’était fla­grant en se­conde pé­riode hier, entre la 45e et la 60e, où mal­gré des temps forts fla­grants, les troupes d’Owen Fa r re l l , l’ a u t re c a p i t a i n e d e l’équipe, ont été ren­voyées dans leur camp sans avoir ins­crit le moindre point.

« C’est quelque chose qui se tra­vaille, bien sûr, as­sure Jones. Il faut ré­pé­ter et ré­pé­ter des heures d’exer­cices et amé­lio­rer la com­mu­ni­ca­tion des j oueurs entre eux. » Ils s’y pen­che­ront plus tard car le sé­lec­tion­neur a mis ses troupes au re­pos jus­qu’à mar­di soir. « Nous n’au­rons que trois jours pour pré­pa­rer la ré­cep­tion du Ja­pon. »

Face à des Néo­Zé­lan­dais par­fois spec­ta­cu­laires, comme ici T. J. Pe­re­na­ra, Hen­ry Slade et les An­glais n'ont pas dé­mé­ri­té mal­gré la dé­faite.

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