Même les sup­por­ters crisent

Face à l’ef­fon­dre­ment de leur équipe, les fans de l’ASM ont en­core ex­pri­mé leur co­lère hier, à La Tur­bie. Ils ciblent à la fois les cadres et les di­ri­geants.

L'Équipe - - FOOTBALL - RÉ­GIS TESTELIN ( avec A. Cl.)

LES JOUEURS « Il y a sur le ter­rain des mecs qui n’as­sument pas » RO­MAIN DE­VEAUX, SUP­POR­TER PRÉ­SENT À REIMS LA DI­REC­TION « Je pen­sais qu’on in­ves­ti­rait sur de meilleurs joueurs… »

HER­VÉ OBRECHT, 26 ANS L’EN­TRAέNEUR « Hen­ry ne pour­ra pas faire de mi­racles. Dans quelle ga­lère, il s'est mis... » NOR­BERT SIRI, 68 ANS, SUP­POR­TER DE L’ASM DE­PUIS 1960

MO­NA­CO – Ils ne sont pas ré­pu­tés pour être les plus vin­di­ca­tifs mais leur pa­tience peut avoir des li­mites. Il y a huit jours, à Reims ( 0- 1), cer­tains sup­por­ters mo­né­gasques ont ten­té de des­cendre sur la pe­louse du stade Au­guste- De­laune pour al­ler s’ex­pli­quer avec les joueurs. Mar­di soir, au stade Louis- II, pen­dant le match contre Bruges ( 0- 4), les ul­tras ont dé­bâ­ché et dé­ser­té leur bloc en signe de pro­tes­ta­tion. Et hier, pen­dant l’en­traî­ne­ment, une poi­gnée d’entre eux sont mon­tés sur les fa­laises de La Tur­bie, au- des­sus des ter­rains d’en­traî­ne­ment, pour cra­mer des fu­mi­gènes et in­vec­ti­ver les joueurs, pen­dant la séance ma­ti­nale.

À qui en veulent les sup­por­ters mo­né­gasques, par­ta­gés entre la co­lère, la tris­tesse et l’in­quié­tude, avant un match pé­rilleux où leur équipe se­ra pri­vée de quinze joueurs ? Ceux que nous avons in­ter­ro­gés nous ont par­lé des joueurs, dé­ce­vants pour la plu­part, des di­ri­geants, de leur po­li­tique spé­cu­la­tive, et du chan­ge­ment sur le banc, in­opé­rant pour l'ins­tant.

Ro­main De­veaux était dans le par­cage des sup­por­ters mo­né­gasques, à Reims, le 3 no­vembre. « Il n’y a eu au­cune ré­ac­tion des joueurs et on s’est mis à bouillir, ex- plique- t- il. Ce n’est pas le fait qu’ils aient per­du, mais ils n’ont rien fait pour s’en sor­tir et ça nous a éner­vés. Il y a sur le ter­rain des mecs qui n’as­sument pas, c’est une ca­tas­trophe. » Cha­cun a sa cible par­mi les joueurs. « Le pu­blic a ( You­ri) Tie­le­mans dans le nez mais c’est un peu tout le monde, es­time Nor­bert Siri ( 68 ans), sup­por­ter de l’ASM de­puis 1960, an­cien pré­sident du club des sup­por­ters ( CSM) et au­teur de ch­ro­niques sur Li­veTeam- ASM. Les cadres sont dé­faillants, Fal­cao n’est plus le Tigre et Glik n’est plus l’as­sas­sin. Leur fra­gi­li­té est in­ouïe. » Ro­main en­chaîne : « Dès la sai­son der­nière, on a vu que des cadres comme Su­ba­sic, Glik, Je­mer­son ou Rag­gi fai­blis­saient. On n’a plus de lea­ders et un joueur comme Tie­le­mans ne tient pas la route. On a vu ar­ri­ver des joueurs qui jouaient le main­tien avec leur club, la sai­son pas­sée. »

Her­vé Obrecht ( 26 ans) est membre du CSM, il ha­bite Col­mar et se dé­place aux quatre coins de la France pour voir son équipe. « Je­mer­son n’est pas au ni­veau, Jo­ve­tic et Be­na­glio me dé­çoivent » , dit- il. Abon­né au stade Louis- II, An­tho­ny Bar­re­to ( 33 ans) ha­bite près de Ma­nosque, dans les Alpes- de- Haute- Pro­vence, et fait 250 ki­lo­mètres pour ve­nir en­cou­ra­ger son équipe sur le Ro­cher. « Pour moi, trois cadres qui tir aient l’ équipe v ers le haut ne ré­pondent plus aux at­tentes, dé­taille- t- il. Jo­ve­tic est tou­jours bles­sé. Fal­cao n’y est plus, il s’éco­no­mi­sait dé­jà avant la Coupe du monde. Et Su­ba­sic pleure en cou­lisses sur son contrat. Sans eux, c’est com­pli­qué. » Les an­ciens dé­çoivent, les nou­veaux peinent à prendre le re­lais. Les di­ri­geants au­raient- ils ra­té leur re­cru­te­ment ? « Quand tu as des cadres dé­faillants, des jeunes trop jeunes et des re­crues pas au ni­veau, oui, c’est la res­pon­sa­bi­li­té de Va­si­lyev et Ry­bo­lov­lev » , tranche Ro­main De­veaux. An­tho­ny Bar­re­to ap­puie. « Les di­ri­geants ont mal gé­ré le re­nou­vel­le­ment du mi­lieu de ter­rain, es­time- t- il. Quand on a ven­du Fa­bin­ho, Le­mar et Mou­tin­ho, il fal­lait re­cru­ter un grand joueur au mi­lieu. Aho­lou et Go­lo­vine, pour­quoi pas pour de­main, mais ils n’ont pas en­core le ni­veau des trois autres. » Her­vé Obrecht est du même avis. « Ci­bler Go­lo­vine, oui, il a fait une belle Coupe du monde. Mais des gars comme Aho­lou ou Pel­le­gri, c’est moins com­pré­hen­sible. Je pen­sais qu’on in­ves­ti­rait sur de meilleurs joueurs. L’équipe n’a pas été bien construite à l’in­ter­sai­son et, du coup, j’ai l’im­pres­sion que les cadres qui sont res­tés ont bais­sé les bras. On di­rait qu’ils n’y croient plus. »

Nor­bert Siri ré­sume la si­tua­tion avec son re­gard de sexa­gé­naire po­sé et d’his­to­rien du club. « On n’a rien vu ve­nir, ni eux, ni nous. On se de­mande ce qui nous ar­rive,

dé­plore- t- il. Je com­prends la po­li­tique spé­cu­la­tive des di­ri­geants, de toute fa­çon, on n’a pas d’autres res­sources que de vendre des joueurs, ici, avec notre pe­tit pu­blic. Mais il y avait un équi­libre à res­pec­ter dans la construc­tion de l’équipe et ils l’ont bri­sé. » Nos­tal­gique, il va plus loin dans le re­gret. « Je com­prends le vi­rage “en­tre­prise in­ter­na­tio­nale” pris par le club, car si tu veux être concur­ren­tiel en Eu­rope, il faut beau­coup d’ar­gent. Mais je trouve que le club a per­du son âme. Il n’y a qua­si­ment plus de gens de Mo­na­co dans ce club. »

Thier­ry Hen­ry n’est pas mo­nég as que, mais c’ est un peu comme si. For­mé à l’ASM, il a pris le re­lais de Jar­dim il y a quatre se­maines. Quel re­gard portent- ils sur ce chan­ge­ment ? « Hen­ry sait très bien dans quelle merde il est, et on en a conscience aus­si,

s‘ agace Ro­main. Il a par­fai­te­ment ré­su­mé la si­tua­tion après le match de Reims, en di­sant que les joueurs n’avaient même pas es­sayé de frap­per au but dans les der­nières mi­nutes. » L’idée do­mi­nante de ces sup­por­ters, c’est qu’il ne fal­lait pas s’at­tendre à un mi­racle avec l’ ar­ri­vée de Hen­ry. Et le li­mo­geage de Le on ar do Jar­dim, l’homme du titre de cham­pion de France et de la de­mi- fi­nale de C 1 en 2017 ? « Il était im­puis­sant et je crois qu’il a fait part aux di­ri­geants de son im­puis­sance, es­time Nor­bert Siri. Avec les ré­sul­tats et l’ère du temps, je m’at­ten­dais à ce qu’il saute, ça se com­prend, mais je ne suis pas con­vain­cu que c’était la meilleure chose à faire. Hen­ry ne pour­ra pas faire de mi­racles. Dans quelle ga­lère il s’est mis… »

Alors, Jar­dim ? « On n’a pas for­cé­ment com­pris son dé­part, on avait en­core confiance en lui et on sa­vait bien qu’Hen­ry n’était pas ma­gi­cien » , ré­pond Her­vé, le Col­ma­rien. « Les joueurs ont tour­né le dos à Jar­dim mais ils ne re­lèvent pas plus la tête avec Hen­ry » , ajoute An­tho­ny, le Bas- Al­pin.

Et dans toutes les têtes, il y a cette me­nace de re­lé­ga­tion, plus ou moins pré­gnante, se­lon les consciences. « Bien sûr qu’on peut des­cendre, conclut Nor­bert Siri, on ar­rive au tiers du Cham­pion­nat, on a sept points et on n’a pas fait pire de­puis 1953. Ce qui se passe est in­com­pré­hen­sible et in­qua­li­fiable et je re­doute une rouste mé­mo­rable contre Pa­ris. » D’autres sont plus op­ti­mistes. « La re­lé­ga­tion, on l’a connue en 2010 et on y re­pense mais, cette fois, je n’y crois pas, as­sure Her­vé. Le club est mieux struc­tu­ré au­jourd’hui et quand tout le monde se­ra re­mis des bles­sures, on va re­ve­nir vite. » Vite, mais peut- être pas ce soir.

Les sup­por­ters de l'ASM, ex­cé­dés, mar­di, lors du nau­frage de l'ASM contre Bruges ( 0- 4), sy­no­nyme d'éli­mi­na­tion en C 1.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.