LES GI­LETS JAUNES ONT DES SUP­POR­TERS

À Mar­seille ou à Nice, ils sont ap­pa­rus dans les gra­dins le week- end der­nier. Un phé­no­mène ponc­tuel et peu struc­tu­ré même si cer­tains groupes ul­tras évoquent une conver­gence des luttes.

L'Équipe - - FOOTBALL - MATHIEU GRÉ­GOIRE ( avec A. H. et B. Li.)

“La sen­sa­tion d’être , , écou­tés mais ja­mais en­ten­dus per­siste GRÉ­GO­RY MASSABO, UL­TRA NI­ÇOIS PORTE- PA­ROLE DE LA PO­PU­LAIRE SUD

En cet au­tomne de re­ven­di­ca­tions di­verses et va­riées, les sta­diers n’ont plus le mo­no­pole du gi­let jaune. Di­manche der­nier au Vé­lo­drome, cha­suble fluo sur le dos, beau­coup se gon­do­laient en nous voyant ar­ri­ver : « At­ten­tion, on va te blo­quer, toi ! » Un spec­tacle éton­nant s’est aus­si pro­duit en haut du vi­rage sud, il a plus in­té­res­sé le reste des tri­bunes que la pres­ta­tion des Olym­piens lors d’un OMReims aride( 0- 0). Par­mi les 7 200 Win­ners, la plus grosse as­so­cia­tion de sup­por­ters de Mar­seille, de France et de Na­varre, plus de 1 500 jaunes, dont le fon­da­teur Ra­chid Ze­roual, qui s’agitent, sautent, crient. À leurs cô­tés, les tra­di­tion­nels sweat- shirts orange du groupe, loin­taine ré­fé­rence aux bom­bers re­tour­nés à l’ori­gine, quand il fal­lait se fi­ler avec les skin­heads d’ex­trême droite de Pa­ris et d’ailleurs.

Cette fois, en jaune, en orange ou en bleu ciel, tous les Win­ners en­tonnent un chant à l’at­ten­tion du lo­ca­taire de l’Ély­sée, sur l’air du fa­meux tube du prin­temps 2018 dé­dié à Jean- Mi­chel Au­las : « Em­ma­nuel Ma­cron, Em­ma­nuel Ma­cron, on vient te cher­cher chez toi ! » Le rêve d’un pa­quet de gi­lets j aunes scan­dé avec en­thou- siasme, un clin d’oeil aus­si au pré­sident ma­cro­nien de l’OM, Jacques- Hen­ri Ey­raud ( qui prône une OM Na­tion très mar­ke­tée et rap­pe­lant la start up na­tion du Pré­sident de la Ré­pu­blique, fan re­ven­di­qué du club mar­seillais), mais qui ne re­flète pas un mou­ve­ment struc­tu­ré dans les tra­vées. « Notre as­so­cia­tion n’a pas de cou­leur po­li­tique, confie un cadre des Win­ners. Le groupe en soi est en­ga­gé dans des ma­ni­fes­ta­tions ci­toyennes, comme les marches pour dé­non­cer les lo­ge­ments in­sa­lubres et rendre hom­mage aux vic­times des im­meubles ef­fon­drés de la rue d’Au­bagne. Pour cette his­toire de gi­lets jaunes, ce sont des adhé­rents qui sont ve­nus nous en par­ler après avoir vu ce qu’il se pas­sait à Nice, au stade. On a trou­vé l’idée sym­pa, nous nous vou­lons tou­jours proches des classes po­pu­laires, au ras du bi­tume, et nous avons aus­si concoc­té une ban­de­role : ‘‘ Win­ners avec le peuple’’. » Quelques jours après le match, cette ban­nière a été ac­cro­chée en haut de la gare de péage de La Cio­tat, sur l’A 50. L’ini­tia­tive de membres du coin, qui ont de­man­dé la per­mis­sion à la di­rec­tion du groupe. Ja­mais avares d’un coup d’éclat, les Win­ners suivent l’ac­tua­li­té de près.

À Nice, la Po­pu­laire Sud fait, elle, un lien di­rect entre le ras- le­bol du mou­ve­ment ul­tra et ce­lui d’une par­tie des Fran­çais. Une grosse cen­taine de gi­lets jaunes étaient vi­sibles lors du match entre l’OGCN et Lille, le 25 no­vembre ( 2- 0), il y en avait moins lors de Nice- An­gers ( 0- 0), mar­di. Les res­pon­sables ont dé­taillé leurs mo­ti­va­tions sur le compte Fa­ce­book de la po­pu­laire sud : « Des per­sonnes cri­ti­quant l’ac­tion du groupe, pré­tex­tant une prise de dé­ci­sion po­li­tique, ne sont-elles pas les mêmes per­sonnes râ­lant contre la ré­pres­sion su­bi eau stade? Des res­tric­tions, voire des an­nu­la­tions de dé­pla­ce­ment ? Ces per­sonnes ne sont- elles pas celles qui s’in­dignent à propos des gardes à vue abu­sives que su­bissent tous les week-ends les ul­tras? Des ba­vures po­li­cières ? Des at­teintes à la li­ber­té d’ex­pres­sion et même de libre cir­cu­la­tion ? Alors oui, le groupe n’est pas po­li­tique et le res­te­ra. Mais nous sommes ci­toyens à part en­tière et nous ma­ni­fes­te­rons notre désac­cord à notre ma­nière. Tous en jaune ! » Après le re­port de Mo­na­co- Nice, Gré­go­ry Massabo, le porte- pa­role de la Po­pu­laire Sud, a ex­pli­qué hier à Nice- Ma­tin : « Il y a des choses plus im­por­tantes que le foot, et la pré­ca­ri­té so­ciale des Fran­çais en fait bien sûr par­tie. En re­vanche, cette dé­ci­sion an­non­cée à 24 heures seule­ment de la ren­contre n’est pas sans rap­pe­ler l’at­ti­tude des au­to­ri­tés à l’égard des sup­por­ters de­puis quinze ans. De la ré­pres­sion, des in­ter­dic­tions for­mu­lées dans l’ur­gence, ja­mais dans l’an­ti­ci­pa­tion […]. La sen­sa­tion d’être écou­tés mais ja­mais en­ten­dus per­siste. »

À Nîmes, sa­me­di der­nier, à quelques heures du match face à Amiens ( 3- 0), le stade des Cos­tières a été le point de dé­part d’un cor­tège de 2 000 gi­lets jaunes, en di­rec­tion de la pré­fec­ture du Gard. À Saint- Étienne, où le mou­ve­ment a un large écho, des bar­rages fil­trants ont été éri­gés près du centre d’en­traî­ne­ment de L’Étrat. Dans la ca­pi­tale, des membres du Col­lec­tif Ul­tras Pa­ris ont pris part à des ma­ni­fes­ta­tions, l’un d’entre eux a d’ailleurs fait quelques heures de garde à vue sa­me­di der­nier. Des fans du Pa­ris FC ont aus­si dé­fi­lé. Avec le re­port de six ren­contres de L 1 ce week-end, beau­coup de sup­por­ters au­ront du temps libre. Et l’oc­ca­sion d’en­fi­ler une pe­tite li­quette ?

À Mar­seille, le groupe ul­tra des Win­ners a me­né une cam­pagne de sou­tien aux gi­lets jaunes di­manche en marge du match OMReims ( 0- 0).

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