« Une sorte d’ex­tra­ter­restre »

Marc Liè­vre­mont se sou­vient de l’en­ver­gure de Ba­rend Britz – an­cien po­li­cier mar­qué par la vio­lence en Afrique du Sud – au mi­lieu du pack de l’USAP.

L'Équipe - - RUGBY - AR­NAUD REQUENNA

« On a ga­gné, c’est sûr. Re­garde, j’ai des frissons, je ne sais pas quoi dire. » Alors Ba­rend Britz pleure. Le 6 juin 2009, Per­pi­gnan conquiert le Br en nus face à Cler­mont ( 22- 13) et l’an­cien im­mense ( 2,02 m) deuxième- ligne sa­lue ce titre, dans ce bar. Où il est dé­cé­dé jeu­di soir, une se­maine avant ses soixante- quatre ans.

« Je suis bou­le­ver­sé » , lâche Marc Liè­vre­mont. L’an­cien sé­lec­tion­neur des Bleus ( 2007 à 2011) parle d’une voix bri­sée : « Ba­rend est un des plus grands sol­dats avec les­quels j’ai joué. J’ai dé­mar­ré dans une USAP qui ne jouait pas for­cé­ment les pre­miers rôles et Ba­rend était une sorte d’ex­tra­ter­restre ; il y avait des jeunes et lui au mi­lieu. C’était un mo­dèle. » Britz a mar­qué l’his­toire de l’USAP es­sen­tiel­le­ment lors de son deuxième sé­jour, entre 1990 et 1996, après une pre­mière sai­son en 19841985. « Il n’y a pas un sup­por­ter ca­ta­lan qui ne sait pas qui est Ba­rend Britz, rap­pelle Paul Goze, pré­sident de la Ligue na­tio­nale de rugby et ex- pa­tron du club. Il a été pré­sent à un mo­ment où c’était dif­fi­cile pour l’USAP, ce qu’on ou­blie sou­vent. Bar end a per­mis de pas­ser un cap. Il a joué jus­qu’à qua­rante et un ans, un re­cord à l’USAP. » Goze, qui n’a que trois ans de plus que Britz, était très proche du Sud- Afri­cain : « Pen­dant quinze ans, j’ai été ti­tu­laire de la li­cence IV de son bar, gé­rant de la so­cié­té, car il n’était pas fran­çais. On n’a ja­mais ces­sé de se voir. »

L’an­cien joueur était res­té très proche des sup­por­ters, aux­quels il pou­vait « par­ler en afri­kaans, ca­ta­lan et fran­çais dans la même phrase » , se­lon Paul Goze. Le public l’ado­rait, car il pos­sé­dait la pre­mière qua­li­té d’un rug­by­man de l’USAP : la du­re­té.

« Je me sou­viens d’un huitième de fi­nale contre Bé­ziers, au dé­but des an­nées 1990. C’était un rugby d’une autre époque, bien en­ten­du, sou­ligne Liè­vre­mont, les Bi­ter­rois avaient par­fai­te­ment iden­ti­fié le dan­ger chez nous. Je re­vois Ba­rend tout seul au mi­lieu du pack ad­verse. C’était un com­bat­tant, au sens noble du terme. » Mais qui a long­temps vé­cu dans un uni­vers de vio­lence, en Afrique du Sud. « Il était flic, était mar­qué par ça, même s’il n’en par­lait pas sou­vent, rap­porte Liè­vre­mont. Pour lui, ve­nir à Per­pi­gnan, c’était aus­si fuir l’Afrique du Sud. » Britz n’est ja­mais re­par­ti.

Ce ma­tin, Paul Goze a ou­vert

l’In­dé­pen­dant, y a ap­pris l’agres­sion dont a été vic­time Britz.

« Une ba­garre dans un bar, ça peut ar­ri­ver. Mais, quelques mi­nutes plus tard, j’ai re­çu une alerte sur mon té­lé­phone m’an­non­çant le dé­cès de Ba­rend. Je suis tom­bé des nues » , ra­conte- t- il.

« Je suis bou­le­ver­sé, répète Liè­vre­mont, car sa mort fait écho à ma jeu­nesse. Je suis d’au­tant plus bou­le­ver­sé que les deux pre­miers étran­gers avec les­quels j’ai joué sont dé­cé­dés dans des condi­tions vio­lentes : Alewyn Jou­bert ( qui s’est sui­ci­dé en no­vembre 2017),

puis Ba­rend. »

Le deuxième- ligne per­pi­gna­nais Ba­rend Britz face au pi­lier de Mont­fer­rand Em­ma­nuel Me­nieu lors de la fi­nale du Challenge Yves- du- Ma­noir rem­por­tée par l’USAP ( 18- 3) le 4 juin 1994.

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