La bride sur le coût

La Ligue pour­rait lais­ser la pos­si­bi­li­té à chaque club de re­cru­ter un joueur cher dont le sa­laire ne se­rait pas pris en compte pour le sa­la­ry cap.

L'Équipe - - RUGBY - RE­NAUD BOU­REL et FRÉDÉRIC BERNÈS

Ce pour­rait être la pe­tite ré­vo­lu­tion d’un rè­gle­ment sou­vent su­jet aux débats et aux po­lé­miques. Se­lon nos in­for­ma­tions, la Ligue na­tio­nale de rugby ( LNR) étu­die la pos­si­bi­li­té de mettre en place un sys­tème de mar­quee player à l’an­glaise ( voir par ailleurs) dans un fu­tur ex­trê­me­ment proche. Son prin­cipe, pour faire simple : le sa­laire d’un ou de plu­sieurs joueurs est ex­trait de la masse sa­la­riale pla­fon­née. Un concept dé­jà exis­tant dans de nom­breux sports pro­fes­sion­nels, no­tam­ment pour per­mettre aux clubs de réa­li­ser de gros in­ves­tis­se­ments sans af­fai­blir leur ef­fec­tif de base.

L’idée en France se­rait d’abais­ser le pla­fond du sa­la­ry cap ( d’ac­tuel­le­ment 11,3 mil­lions d’eu­ros an­nuels) de 300 000 à 500 000 € et de per­mettre aux clubs d’en­ga­ger un joueur à un mon­tant libre pour une du­rée de plus d’une sai­son obli­ga­toire, l’in­ten­tion étant d’in­ter­dire la mul­ti­pli­ca­tion des « pi­gistes » de luxe. Elle se­ra abor­dée le 17 dé­cembre en bu­reau di­rec­teur de la LNR, avant d’être éven­tuel­le­ment pro­po­sée en co­mi­té di­rec­teur au dé­but du mois pro­chain. Lors de la réunion du bu­reau, à la­quelle par­ti­ci­pe­ront Paul Goze ( pré­sident), Em­ma­nuel Eschal­lier ( di­rec­teur gé­né­ral), Rémi Pal­lain­court ( se­cré­taire gé­né­ral), Marc Ché­rèque, Alain Tin­gaud, Yann Rou­bert, Jean- Marc Man­du­cher et Alain Car­ré, il se­ra ques­tion d’avan­cer et de nour­rir une ré­flexion bien vi­vante chez de nom­breux pré­si­dents de club.

L’ob­jec­tif du sa­la­ry cap reste tou­te­fois très clair dans l’es­prit

Boud­jel­lal, Mar­ti et Rou­bert votent pour

des di­ri­geants de la Ligue : cette contrainte éco­no­mique vise à en­tre­te­nir l’équi­té spor­tive des Cham­pion­nats pro­fes­sion­nels et à évi­ter que la course à l’ar­me­ment n’en­traîne des ca­tas­trophes éco­no­miques, comme ce put être le cas au dé­but des an­nées 2000. Lors de la sai­son 2017- 2018, la masse sa­la­riale moyenne des clubs du Top 14 est res­tée en des­sous du pla­fond au­to­ri­sé, aux alen­tours de 8,5 M€. Huit for­ma­tions ac­cu­saient pour­tant des pertes pour un mon­tant cu­mu­lé de 28,3 M€. Lu­cide sur l’économie d’un sport qui vit au- des­sus de ses moyens et de plus en plus au cro­chet des droits té­lé, la ma­jo­ri­té des pré­si­dents reste donc fa­vo­rable au pla­fon­ne­ment de la masse sa­la­riale. L’évo­lu­tion du rè­gle­ment vers le paie­ment de stars hors cadre ré­pon­drait tou­te­fois aux es­poirs de cer­tains, no­tam­ment les plus so­lides en tré­so­re­rie. Au­jourd’hui, ces in­ves­tis­seurs sont bri­dés par la Di­rec­tion na­tio­nale d’aide et de contrôle de ges­tion ( DNACG), qui veille au res­pect de ses règles mal­gré un champ d’ac­tion li­mi­té et les ques­tions lé­gales que conti­nue de po­ser son fonc­tion­ne­ment. Épin­glé cet hi­ver pour un dé­pas­se­ment pré­su­mé de l’ordre de 350 000 à 400 000 €, le Mont­pel­lier de Mo­hed Al­trad a fi­na­le­ment été re­laxé quelques mois plus tard.

Cette sai­son, près de dix clubs se­raient au ta­quet de la somme au­to­ri­sée. Une si­tua­tion qui ex­plique no­tam­ment le manque de dy­na­misme du marché de la star in- ter­na­tio­nale, alors qu’à neuf mois de la pro­chaine Coupe du monde, c e d e v r a i t ê t r e l a f o i r e a u x All Blacks, Spring­boks et Wal­la­bies. Par ailleurs, la France su­bit au­jourd’hui de plein fouet la concur­rence des Cham­pion­nats an­glais et ja­po­nais. Un phé­no­mène que la règle du mar­quee player se­rait aus­si en me­sure d’en­rayer. Plu­sieurs pa­trons de clubs made in France roulent donc dans le même sens, et par­mi eux Mou­rad Boud­jel­lal ( Tou­lon), Laurent Mar­ti ( Bor­deaux- Bègles) et Yann Rou­bert ( Lyon). Nul doute que, du cô­té du Stade Fran­çais et du Ra­cing, on se­rait éga­le­ment fa­vo­rable à la mise en place de cette ré­forme.

Outre la pos­si­bi­li­té de don­ner du mou aux clubs, l’ob­jec­tif est éga­le­ment qu’elle pré­vienne les mon­tages fi­nan­ciers in­sen­sés qui existent au­jourd’hui ou une éva­sion de cer­tains sa­laires vers des contrées plus clé­mentes en termes de fis­ca­li­té. Le sa­la­ry cap a été ins­tau­ré à par­tir de la sai­son 2010- 2011 dans le Top 14 et en Pro D 2.

Laurent Mar­ti ( à gauche) et Mou­rad Boud­jel­lal, pré­si­dents res­pec­ti­ve­ment de Bor­deaux- Bègles et Tou­lon, avant RCT– UBB ( 44- 3), en Top 14, le 5 juin 2016 au stade Mayol.

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