FA­NA­RA M. BRI­CO­LAGE

Tho­mas Fa­na­ra pro­fite de son der­nier Cri­té­rium de la pre­mière neige pour pré­sen­ter sa marque d’ac­ces­soires de ski so­li­daire, dont cer­tains qu’il a mis lui- même au point.

L'Équipe - - SKIALPIN - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE MY­RIAM ALIZON

VAL D’ ISÈRE–Dans le sa­lon de chasse de l’hô­tel de luxe où logent les Bleus à Val- d’Isère, Tho­mas Fa­na­ra s’agite avant son grand oral. Il n’est pas ve­nu faire son dis­cours de dé­part en re­traite, pré­vue en fin de sai­son, mais pré­sen­ter le pro­jet qui anime une par­tie de ses jours et ses nuits de­puis plu­sieurs mois. « Il est stres­sé, il pré­pare ça de­puis long­temps, soyez in­dul­gents » , glisse son ami et co­équi­pier Vic­tor Muf­fat- Jean­det. Le re­gard bien plus vif que ce­lui des bo­vins ac­cro­chés au mur, Fa­na­ra dé­voile le concept de Sk­kill, une marque d’ac­ces­soires de ski so­li­daire qu’il a créée avec t rois autres skieurs : Muf­fat- Jean­det, Ade­line Mu­gnier et Fran­çois Place. « On ne se sen­tait pas for­cé­ment écou­tés, donc on a dé­ci­dé de dé­ve­lop­per nos propres pro­duits, ex­plique le skieur de Praz- surAr­ly. Trente pour cent des ventes se­ront ver­sées à l’as­so­cia­tion Sk­kill Pro­ject qui aide des skieurs en dif­fi­cul­té. » Les quatre skieurs ont in­ves­ti leur propre ar­gent dans l’en­tre­prise, ils font d’ailleurs tout eux- mêmes. Le ski­cros­seur Place, avec l’aide de sa com­pagne ju­riste, a écrit les sta­tuts de l’as­so­cia­tion, Fa­na­ra a pas­sé des heures sur Fa­ce­time pour trou­ver les meilleurs fabricants en France, en Chine ou au Pa­kis­tan. Il a écrit les textes du site In­ter­net, fait la com­mu­ni­ca­tion au­tour de l’évé­ne­ment. « Notre marque, c’est pas du fake, c’est notre ADN, ce n’est pas un in­ves­tis­seur qui a mis des ronds et qui uti­lise notre image. C’est nous » , in­siste- t- il, les yeux ri­vés sur son por­table où s’af­fiche le site In­ter­net qui vient d’être mis en ligne.

Les skieur sont tes­té leur ma­té­riel, par­fois en Coupe du monde, quand les contrats spon­so­ring de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de ski le per­met­taient. C’est le cas des pro­tec­tions et des gi­lets dor­saux, mais pas en­core des gants. Fa­na­ra, connu pour être un skieur qui met la main dans la porte, a mis au point un sys­tème qui per­met de faire glis­ser la porte sur son avant-bras et qu’elle ne vienne plus ta­per entre le gant et la pro­tec­tion bra­chiale. Il a dé­jà re­çu quelques de­mandes de skieurs in­té­res­sés par ces nou­veaux pro­duits.

Ma­chine à bros­ser les skis fa­bri­quée de A à Z

« Ça montre bien l’ur­gence de la si­tua­tion, re­con­naît Muf­fat- Jean­det, im­pres­sion­né par la ca­pa­ci­té de son col­lègue à jon­gler entre ses cas­quettes de skieur, d’en- tre­pre­neur et de Géo Trou­ve­tou. Il a be­soin de pro­jets, il ne peut pas res­ter sans rien faire. Quand il se blesse, il s’in­ves­tit ailleurs. »

En 2008, le bri­co­leur avait créé une ma­chine à bros­ser les skis dont se sert en­core son tech­ni­cien au­jourd’hui. « J’ai tout fait de A à Z, le ré­seau élec­trique, les pro­grammes in­for­ma­tiques pour re­lier le mo­teur bru­sh­less. C’est de la lo­gique, tu prends le ma­nuel et tu fais ce qui est écrit » , ex­plique l’Ins­pec­teur Gad­get qui a aus­si fa­bri­qué un four à skis et fait l’ar­chi­tecte de deux cha­lets à Com­bloux. « Je pars du prin­cipe que je ne suis pas plus con qu’un autre, alors il n’y a pas de rai­son que je n’y ar­rive pas » , as­sène Fa­na­ra dont Google est le fi­dèle al­lié.

Son obs­ti­na­tion est la même sur les skis. Son phy­sique de poche, le plus pe­tit du cir­cuit ( 1,70 m pour 69 ki­los), ne le pré­des­ti­nait pas à jouer les pre­miers rôles en géant. « Étant jeune, j’ai eu des coaches qui ne mi­saient pas une ca­ca­huète sur moi. Je les ai fait men­tir : avec les ré­sul­tats, on te fait confiance » , as­sure le skieur de trente- sept ans qui compte onze po­diums dont une vic­toire dans sa car­rière, tous en géant.

Son der­nier sur la face de Bel­le­varde re­monte à 2013, une deuxième place der­rière Mar­cel Hir­scher. « C’est une piste raide où mon ga­ba­rit me pé­na­lise moins,

re­con­naît- il. C’est l’in­verse de Bea­ver Creek, la se­maine der­nière

( 21e). » « Il faut sa­voir que Tho­mas, quand il y a des départs sur le plat, prend trente cen­tièmes rien qu’à la pous­sée, note Alexis Pin­tu­rault. Sa tech­nique a pris le pas sur le phy­sique. C’est vrai­ment un beau skieur. »

Pour son der­nier bal à do­mi­cile, Fa­na­ra es­père que la météo ne fe­ra pas de la face « un chan­tier » . Il a beau être le meilleur bri­co­leur du groupe, face aux ra­fales de vent et de neige, il n’a pas les clés.

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