Gui­gon­nat, l’âge de rai­son

Ré­vé­la­tion de l’hi­ver der­nier, le Haut- Sa­voyard a confir­mé hier en pre­nant la deuxième place. À vingt- sept ans, il veut s’ins­tal­ler au som­met.

L'Équipe - - BIATHLON - JEAN- PIERRE BI­DET

POKL­JU­KA ( SLV) – As­sis à la droite de Jo­hannes Boe, An­to­nin Gui­gon­nat sa­voure l’ins­tant. Il vient de ter­mi­ner deuxième du sprint der­rière le Nor­vé­gien, le troi­sième po­dium de sa car­rière, « et sur­tout

ma meilleure place » , pré­cise- t- il. Avant de lan­cer, sans ma­lice : « Mon but, c’est de battre ce gars- là un jour. Mes ob­jec­tifs sont illi­mi

tés. » Pour­tant, il y a un an, le Haut- Sa­voyard était en­core très loin de la Coupe du monde. Il ve­nait d’es­suyer un re­ten­tis­sant échec en étant de­van­cé par son co­équi­pier Emi­lien Jacquelin pour la der­nière place de l’étape d’ou­ver­ture à Ös­ter­sund ( Suède). « Je de­vais fi­nir sur le po­dium, je n’ai pen­sé qu’à ça en ou­bliant ce

que je sais faire, se sou­vient- il. J’ai pris un énorme coup au mo­ral. Je me suis dit qu’il était jeune, qu’il al­lait s’ins­tal­ler et que c’était peut

être fi­ni pour moi. » Mais Gui­gon­nat a du ca­rac­tère. Et sur­tout plus vrai­ment le choix. À vingt­sept ans, soit il s’ac­croche et re­trouve l’élite pour de bon, soit il re­de­vient ou­vrier pay­sa­giste dans l’en­tre­prise de son père : « Je de­vais al­ler en Coupe du monde et y faire des ré­sul­tats si­non ma car­rière était ter­mi­née. Il n’y a pas de place pour faire du cir­cuit B jus­qu’à trente ans. Le biathlon amateur, ça n’existe pas. » Il dé­cide alors de chan­ger de mé­thode : « Il fal­lait que j’ar­rête de me fo­ca­li­ser sur le ré­sul­tat et que je me concentre juste sur moi, sur mes ca­pa­ci­tés. Je de­vais pen­ser à ça, faire du ski et mettre les balles dans les cibles,

en­core et en­core. » Et ça marche. Le week-end sui­vant, il rem­porte le sprint et la pour­suite en IBU Cup ( la Deuxième Di­vi­sion) à Len­ze­rheide ( Suisse). Et re­trouve la Coupe du monde. Au Grand-B or­nand,pas­lo inde chez lui. Où il ar­rache la troi­sième place du sprint. Le dé­but de son ins­tal­la­tion en équipe A, qui le mè­ne­ra aux JO de Pyeong­chang et à un deuxième po­dium ( 3e) en fin de sai­son sur la mass start de Kon­tio­la­thi ( Fin­lande).

C'est un peu l'an­ti- Four­cade

Après des hi­vers en dents de scie dus, entre autres, à un ca­rac­tère pas tou­jours en phase avec la ri­gueur exi­gée par le staff des Bleus, Gui­gon­nat a en­fin trou­vé sa place. Il vient de si­gner un con-

trat avec l’ar­mée et est un élé­ment de base de l’équipe di­ri­gée par Vincent Vit­toz. Même s’il dé­note un peu dans le pay­sage : « C’est l’aty­pique du groupe, dit le coach. Il a un mode de fonc­tion­ne­ment très per­son­nel. Il est ca­pable de prendre des ini­tia­tives et de les as­su­mer. Et ce sont sou­vent des bons choix. » Vo­lon­tiers ch am br eur,Gu igon­nat est un peul’ ant i-Four

cade .« Je suis in­ca­pable de m’im­pli­quer comme il le fait, re­con­naît

il. J’ ai tou­jours un cer­tain dé­ta­che­ment sur l’en­traî­ne­ment, je ne m’oblige pas comme cer­tains à suivre le nombre d’heures de­man­dé. J’ai ap­pris à ne pas culpa­bi­li­ser si j’en fais un peu moins. J’ai tou­jours fonc­tion­né comme ça et j’ai l’in­time convic­tion que j’au­rais pé­té un plomb et dé­jà ar­rê­té ma

car­rière si j’avais dû me for­cer un peu plus cer­taines fois pour al­ler m’en­traî­ner. »

Hier, au len­de­main de son ex­cellent in­di­vi­duel ( 8e avec un 19/ 20), il a par­fai­te­ment me­né sa barque en étant so­lide sur les planches ( 12e temps de ski à 41’’ de Boe) et im­pec­cable der­rière la

ca­ra­bine : « La sai­son s’an­nonce bonne, se ré­jouit- il. Je peux me pro­je­ter un peu plus. Il y a trois jours, j’avais en­core des pen­sées né­ga­tives, il y avait trop de balles ra­tées, ça me met­tait de la pres­sion. Je sais d’où je viens et com­ment je peux y re­tour­ner. Re­faire un po­dium ra­mène de la confiance. » Ce ma­tin, il pointe à la deuxième place du clas­se­ment gé­né­ral der­rière Boe. Et si, à la fa­veur de la pour­suite de de­main, il dé­cro­chait le dossard jaune…

So­lide sur les planches et im­pec­cable à la ca­ra­bine, An­to­nin Gui­gon­nat a ob­te­nu une belle deuxième place hier, en Slo­vé­nie.

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