Un dia­logue poi­gnant sur la vieillesse

L'Éveil de la Haute-Loire - - Agglomération Dans Le Bassin -

Les Amis de la Bi­blio­thèque ont re­çu Liz’art et la pièce Je dors chez ma fille à Noël, d’éli­sa­beth Pau­gam, ven­dre­di 30 no­vembre à la salle communale. Cent vingt per­sonnes ont vu l’ac­trice, seule en scène, jouer tout à la fois son propre rôle et ce­lui de sa mère âgée, dans un re­flet de sa propre his­toire qu’elle a écrite. Le de­gré d’at­ten­tion et la ré­ac­ti­vi­té du pu­blic, les rires, mais aus­si l’émo­tion per­cep­tible ont té­moi­gné des qua­li­tés théâ­trales de ce spec­tacle : sim­pli­ci­té, beau­té et vé­ri­té.

Sim­pli­ci­té

Quatre pa­ra­vents per­met­taient à l’ac­trice de se chan­ger en un tour­ne­main et d’ap­pa­raître mé­ta­mor­pho­sée sur la scène, tan­tôt en mère, tan­tôt en fille, en jouant sur la coif­fure, les cou­leurs du cos­tume, la voix et l’at­ti­tude cor­po­relle. Ce re­mar­quable tra­vail de co­mé­dienne a for­cé le trait, sans ja­mais en­trer dans la ca­ri­ca­ture, en par­lant des actes de la vie quo­ti­dienne d’une femme de 90 ans, et des re­la­tions com­plexes entre mère et fille. Se dé­pla­cer avec sa canne, ou la chaise­coffre à sou­ve­nirs qui fai­sait éga­le­ment of­fice de dé­am­bu­la­teur sur la scène. Se nour­rir, se vê­tir, par­ler du pré­sent mais aus­si de ses sou­ve­nirs ob­sé­dants, avec sa fille pour seule in­ter­lo­cu­trice. De ces ba­var­dages in­ces­sants, nais­saient entre les deux gé­né­ra­tions in­com­pré­hen­sions, mal­en­ten­dus, fâ­che­ries et bou­de­ries : tout ce qui rend la vieillesse émou­vante et cruelle pour ceux qui l’éprouvent et pour ceux qui la cô­toient. « C’est peut­être pour ça qu’on est mé­chants, nous les vieux. Mais c’est pas de la vraie mé­chan­ce­té. C’est du cha­grin ».

Beau­té et vé­ri­té

Quelques gestes em­blé­ma­tiques, s’as­seoir, se dé­pla­cer, prendre le té­lé­phone, re­gar­der à la fe­nêtre, se ris­quer dans la rue, re­lire les mêmes lettres, tout ce­la ré­son­nait en cha­cun des spec­ta­teurs, qui pou­vait ain­si se dire : c’est ma propre mère, ou ma grand­mère, que je vois. Des pa­roles in­justes adres­sées à sa fille (« Elle s’est dé­bar­ras­sée, comme d’ha­bi­tude ») aux conclu­sions désar­mantes de vé­ri­té (« Je ne sers à rien, je suis seule »), on pas­sait aux re­marques les plus co­casses de la vieille dame qui ju­geait sé­vè­re­ment ses com­pagnes de la mai­son de re­traite : « Ce qu’ils sont casse­pieds, ces vieux. Elle est myope comme une taupe, la pauvre vieille. »

Mais ces mo­ments de­vaient beau­coup à l’in­ven­ti­vi­té de la mise en scène, aux dé­pla­ce­ments mil­li­mé­trés, aux sé­quences mu­si­cales d’alexandre Pau­gam, pro­fondes et mé­lan­co­liques. L’éclai­rage re­com­po­sait sans cesse l’es­pace théâ­tral : élar­gi sur la mise en scène des cha­maille­ries, res­ser­ré à l’in­verse sur la boîte à sou­ve­nirs, ou la robe de chambre de­ve­nue per­son­nage de la mère à elle seule. Dans le si­lence de la nuit, sous un crayon de lu­mière, se dé­ta­chait en­fin le cri de la fille, contant sa dé­tresse et son amour im­puis­sant : « Je dois être là. J’ai tel­le­ment peur d’être une mau­vaise fille. Oui, c’est le tout der­nier rôle à jouer : je suis de­ve­nue la mère de ma mère. » ■

MÈRE. Robe de chambre, châle et re­plie­ment sur soi.

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