L'Equipe

«ON AURA UN GRIEZMANN EN PLEINE FORME»

À moins de trois mois de la Coupe du monde, l’attaquant affiche son ambition : après la défaite en finale de l'Euro qui l'a beaucoup marqué, seule la victoire l'intéresse. “Mon avenir sera décidé avant la Coupe du monde

- DAMIEN DEGORRE

Dans un entretien à « LʼÉquipe », lʼattaquan­t des Bleus affiche son optimisme sur le niveau qui sera le sien lors de la Coupe du monde en Russie (14 juin-15 juillet).

Il débarque avec son maté, cette boisson traditionn­elle d’Amérique du Sud qu’il affectionn­e particuliè­rement. Antoine Griezmann ( qui fête aujourd'hui ses 27 ans) ne peut pas s’en passer. Comme il ne peut pas se passer de l’équipe de France, cette sélection qui a ressemblé à une bouffée d’oxygène lorsqu’il a été un peu moins bien avec son club, l’Atlético de Madrid. À deux mois et demi de la Coupe du monde en Russie, l’attaquant français ( 49 sélections, 19 buts) revient pour L’Équipe sur ses deux dernières saisons et la nouvelle dimension qu’il a prise depuis l’Euro 2016.

« Après un début de saison contrasté, vous enchaînez les bonnes prestation­s avec l’Atlético de Madrid. Êtes- vous de retour à votre meilleur niveau ?

C’est sûr qu’après l’été dernier, entre mes déclaratio­ns (*) et leurs répercussi­ons, ce fut difficile de ne penser qu’au foot et de prendre du plaisir sur le terrain. Ensuite, la préparatio­n s’est passée normalemen­t mais sans plus… Je n’avais pas marqué lors des matches amicaux et aux entraîneme­nts, pendant les exercices, on insistait pour que je marque. Après, il y a eu cette expulsion contre Gérone ( le 19 août), où l’arbitre nous avait accordé un penalty avant de revenir sur sa décision. Tout s’est accumulé. En fait, je ne prenais du plaisir que lorsque je me retrouvais en sélection, où j’étais tranquille. On ne me prenait pas la tête.

Avoir été décisif en Bulgarie ( 1- 0) puis contre la Biélorussi­e ( 2- 1), en octobre, vous a- t- il fait du bien ?

Je savais que j’allais être décisif dans les moments importants. Comme je savais qu’avec les Bleus, j’allais retrouver un peu de joie sur le terrain, qu’on n’allait pas être derrière moi à scruter ce que je faisais, qu’on allait me laisser jouer mon jeu, comme j’aime, et ne pas être bloqué.

Y a- t- il eu un déclic cette saison, un moment charnière, qui vous a fait basculer du bon côté ?

Le retour en sélection m’a aidé. Il y a aussi le fait que plus on avançait dans la saison et plus le coach ( Diego Simeone) me laissait de liberté dans le jeu. Puis, en janvier, Diego Costa est arrivé, ce qui m’a ôté beaucoup de poids. Ça aide.

Un triplé contre Séville début mars, un quadruplé contre Leganés, en moyenne un but par match sur les quinze derniers : vous espérez conserver ce rythme longtemps encore ?

( Il sourit.) Ah, ça va être dur parce que, là, c’est le rythme de Cristiano Ronaldo ou de Messi. Mais oui, je suis content de ce que j’accomplis en ce moment, même s’il y a des matches où je perds encore le ballon sur des phases de jeu au cours desquelles je ne suis pas habitué à le perdre. J’essaye de m’améliorer un peu de partout. Mais c’est vrai que je prends du plaisir aujourd’hui.

Quels aspects de votre jeu pouvez- vous améliorer ?

Mes débuts de match, où j’enchaîne parfois trois à quatre pertes de balle. Je rate des passes ou des contrôles. Ensuite, savoir garder le ballon de temps en temps, mettre le match à mon rythme.

“Quand je suis heureux, , , c’est que tout va bien. Et tout ira bien…

“Moi, c’est une Coupe du monde et une Ligue des champions que j’ai envie de gagner. Après, le Ballon d’Or viendra tout seul s’il doit venir. Comme je suis quelqu’un de collectif, je préfère remporter quelque chose avec mon club ou mon pays qu’une distinctio­n individuel­le. , , Par exemple, le trophée de meilleur buteur à l’Euro m’a fait plaisir. (...) Mais j’aurais préféré gagner l’Euro, et de loin.

Vous évoquiez Ronaldo et Messi. Le fait d’avoir été rétrogradé de la troisième place du Ballon d’Or en 2016 à la 18e en 2017 vous a- t- il affecté ?

Non. Je n’avais pas fait une grosse année. Il n’y avait aucun souci là- dessus.

Le Ballon d’Or France Football est- il un objectif ?

Non. Moi, c’est une Coupe du monde et une

Ligue des champions que j’ai envie de gagner. Après, le Ballon d’Or viendra tout seul s’il doit venir. Comme je suis quelqu’un de collectif, je préfère remporter quelque chose avec mon club ou mon pays qu’une distinctio­n individuel­le. Par exemple, le trophée de meilleur buteur à l’Euro m’a fait plaisir. Quand on m’en reparlera dans dix ans, je serai fier. Mais j’aurais préféré gagner l’Euro, et de loin.

La finale perdue de l’Euro 2016 a- t- elle été lourde à digérer ?

En fait, les deux finales perdues consécutiv­ement, Ligue des champions et Euro, l’ont été. Il fallait oublier tout ça, passer à autre chose, mais ce n’est pas évident. Ça te fatigue mentalemen­t. Tu as travaillé tellement dur pour échouer aussi proche du but… J’ai pensé à cette finale de l’Euro ( 0- 1 a. p. contre le Portugal) toute la semaine qui a suivi. Je n’arrêtais pas de la ressasser, je me demandais comment elle avait pu nous échapper. J’ai ces deux occasions de la tête puis celle sur le poteau de Gignac : si je suis bien physiqueme­nt, je la pousse au fond. Mais j’étais mort, complèteme­nt cuit. Quant à la finale perdue contre le Real Madrid ( 1- 1, 3- 5 aux

t. a. b.), un peu avant, et ce penalty que je manque… Il m’arrive encore d’y repenser. Si je le marquais, on revenait au score. Et pour moi, on s’imposait. De toute façon, jusqu’à ce que j’en gagne une, ça va rester.

Avez- vous conscience que votre statut a changé depuis l’Euro ?

Il a changé grâce à l’Euro où j’ai pris une autre dimension. Je sais qu’il y a plus d’attentes, de la part des supporters, du staff et même des coéquipier­s. Mais je ne me prends pas la tête. Quand je suis heureux, c’est que tout va bien. Et tout ira bien…

Pendant les deux dernières années, quelques critiques ont été émises sur la qualité du jeu des Bleus. Vous ont- elles affecté ?

Non. Parce que notre jeu est meilleur que celui de l’Atlético ( il sourit). Bien sûr que les gens veulent voir du beau jeu avec l’équipe qu’on a mais il y a des matches où il faut savoir défendre. Comme contre l’Allemagne en demi- finales de l’Euro ( 2- 0). Pour revenir sur la qualificat­ion à la Coupe du monde, le plus important, c’était de finir premiers du groupe. On l’a fait avec quatre points d’avance. Après, il y aura toujours des critiques, ce qui est normal car les gens attendent beaucoup de nous. Mais, moi, je préfère gagner plutôt que bien jouer. Quand vous voyez l’Atlético : on mène 1- 0 et je suis derrière pour dégager les ballons.

Est- ce dur à accepter, au début, pour un attaquant ?

J’ai mis six mois pour aimer défendre. Maintenant, j’adore. Parfois, en sélection, le coach ( Didier Deschamps) me demande de moins défendre mais ça vient de moi. C’est comme si mon corps me demandait d’aller aider le “6”… Le coach ( Simeone) m’a fait aimer ça et je lui en serai reconnaiss­ant pour toujours.

Vous évoquiez au début de cet entretien les à- côtés de votre nouvelle dimension. Est- ce compliqué à gérer ?

Quand tu ne connais pas, oui, ça l’est. Concrèteme­nt déjà. Par exemple, les séances photo ( il se reprend), pardon les shootings photo et shootings vidéo, tu ne sais pas forcément comment faire entre les pauses, quelle attitude adopter. Après, tu apprends. Ensuite, ma soeur ( Maud

Griezmann) gère tout, mon emploi du temps en dehors du foot. Je suis content d’elle parce qu’elle m’aide énormément. Et puis, après la Coupe du monde, j’ai pas mal de sponsors qui s’arrêtent. Je vais pouvoir me reposer davantage ( il se marre).

Vous vous êtes beaucoup recentré sur votre famille depuis quelques mois. Votre soeur et votre père gèrent désormais vos intérêts. Était- ce important ?

Avant, Éric Olhats me représenta­it et il s’est passé quelque chose de personnel entre nous. On a dû se séparer. Mais oui, j’ai besoin de ce petit cocon familial et de m’entourer de personnes de confiance qui feront ce qu’ils pensent être le meilleur pour moi.

Cette séparation d’avec Olhats a- t- elle impacté vos performanc­es pendant quelque temps ?

Sûrement. On s’écrit toujours de temps en temps, pas comme avant mais bon… Le jour où on se reverra, tout ça sera réglé.

Vous êtes devenu un peu plus qu’un footballeu­r. Vous avez par exemple prêté votre voix à Superman dans le film “Lego Batman”. Mesurez- vous un peu plus la dimension extrasport­ive que vous prenez ?

Je ne réalise pas trop. C’est vrai que quand on m’a proposé ce projet de film, j’ai dit :

“Oui, absolument.” C’était nouveau pour moi et assez marrant. Maintenant, je réaliserai quand tout ça sera fini.

Réalisez- vous, aussi, que vous devez vous protéger un peu plus qu’avant, que tout ce que vous allez dire ou faire, sur les réseaux sociaux par exemple, sera analysé, décortiqué, disséqué, interprété ?

C’est vrai que ce que je vais pouvoir dire sur les réseaux sera pris et repris, parfois mal repris à cause d’une mauvaise traduction en Espagne. Bien sûr qu’il faut faire attention. Mais je dois rester le plus naturel possible.

À vingt- sept ans, vous allez participer à votre deuxième Coupe du monde. Quels souvenirs gardez- vous de la première, au Brésil, en 2014 ?

Qu’on avait vraiment un bon groupe et que chaque match était quelque chose d’énorme. Tout se passait bien, jusqu’à ce quart contre l’Allemagne ( 0- 1). Comme si un rêve se terminait…

En 2018, vous aurez beaucoup plus de pression d’un point de vue personnel ?

La pression a toujours existé. C’est à moi de ne pas me prendre la tête. Juste du plaisir sur le terrain. Mais je serai là avec mon sourire.

Ce rendez- vous vous obsède- t- il ?

Ça me donne envie de tout donner. Vais- je en garder sous la semelle d’ici là ? Non, parce que je ne suis pas comme ça. Et c’est mon club qui me paie. Mais oui, pendant mes après- midi de libre, je vais faire plus de récupérati­on, plus de massages, pour arriver au top de ma forme.

Est- ce dur d’arriver au top de sa forme pour une grande compétitio­n internatio­nale après une longue saison en club ?

C’est dur, oui, mais ça l’est surtout pour le staff qui doit gérer des joueurs qui n’ont pas tous joué autant. Certains ont besoin d’endurance, d’autres non. Certains ont besoin de repos, d’autres non… Après, c’est aux joueurs de dire s’ils sont cuits ou pas, s’ils ont besoin de plus ou pas.

Les Bleus seront- ils favoris ?

Je le pense. Avec l’Allemagne, l’Argentine, l’Espagne et le Brésil. Après, il y aura une surprise. Il y a toujours une surprise.

Vous savez aussi que les grandes compétitio­ns ont lieu pendant les périodes de mercato. Pour vous, sera- ce important que votre avenir soit décidé avant le départ en Russie ?

Mon avenir sera décidé avant la Coupe du monde. Je veux partir en Russie l’esprit libre. Et je pense d’ailleurs que c’est ce que tout le monde veut. Ce n’est pas tant la question de savoir où je jouerai qui peut être ennuyeuse mais plus le fait qu’on t’appelle régulièrem­ent pour savoir : “Alors, qu’est- ce que tu penses de ça ? Est- ce que tu veux ça ? Ou ça ?” J’ai dit à ma soeur, qu’on reste ou qu’on ne reste pas, il faudra que ce soit réglé avant.

Le Griezmann qui va participer à la Coupe du monde 2018 sera- t- il plus fort que celui qui a joué l’Euro 2016 ?

Il aura plus d’expérience.

Sera- t- il plus fort ?

Je ne sais pas mais il aura plus d’expérience et ça peut aider dans certains matches. Mais oui, on aura un Griezmann en pleine forme. » ‘

(*) En mai 2017, Griezmann avait déclaré sur la chaîne TMC qu’il y avait « six chances sur dix » pour qu’il rejoigne Manchester United durant l’été. Avant d’annoncer, dix jours plus tard, qu’il restait finalement chez les Colchonero­s.

“Ça ( la Coupe du monde) me donne envie de tout donner. Vais- je en garder sous la semelle d’ici là ? Non, parce que je ne suis pas comme ça. Et c’est mon club qui me paie. Mais oui, , , pendant mes après- midi de libre, je vais faire plus de récupérati­on, plus de massages, pour arriver au top de ma forme.

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Antoine Griezmann lors de notre entretien réalisé hier à Clairefont­aine.
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Antoine Griezmann tout sourire à l'entraîneme­nt, hier, à Clairefont­aine.
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Face au pays de Galles ( 2- 0), le 10 novembre, il a marqué son 19e but en sélection.

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