« Fran­çois Hol­lande n’est plus à gauche, il est social li­bé­ral »

Po­li­tique gou­ver­ne­men­tale, loi El Khom­ri, can­di­da­ture de Fran­çois Hol­lande à la pré­si­den­tielle de 2017, can­di­da­ture à sa propre suc­ces­sion… le dé­pu­té so­cia­liste Yann Ga­lut se livre sans bar­rière.

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - LE BERRY ET LA RÉGION -

Dé­pu­té so­cia­liste de la 3e cir­cons­crip­tion du Cher et conseiller dé­par­te­men­tal, Yann Ga­lut, 50 ans, avo­cat de pro­fes­sion, est un dé­pu­té mé­dia­tique, un brin “grande gueule”, qui n’hé­site pas à faire en­tendre sa voix dis­cor­dante au sein de la ma­jo­ri­té gou­ver­ne­men­tale. Est-il un fron­deur ? Que pense-t-il de la po­li­tique du gou­ver­ne­ment de sa ma­jo­ri­té ? Est-il prêt à vo­ter la loi El Khom­ri ? Es­time- t- il que des pri­maires so­cia­listes sont né­ces­saires pour la pré­si­den­tielle ? Se­ra-t-il can­di­dat aux lé­gis­la­tives ? Quelles sont ses ac­tions lo­cales ? Yann Ga­lut ré­pond sans ta­bou. Cer­tains trouvent que Fran­çois Hol­lande n’est pas as­sez à gauche, vous faites par­tie de ceux-là ? Yann Ga­lut : « Bien sûr, ce n’est pas que Fran­çois Hol­lande n’est pas as­sez à gauche, c’est qu’il n’est plus à gauche. Il est social li­bé­ral. » Est-ce que vous faites dé­sor­mais par­tie des fron­deurs ? Yann Ga­lut : « Non pas du tout. Je me consi­dère comme social dé­mo­crate. Je suis la gauche de gou­ver­ne­ment res­pon­sable qui veut un équi­libre. Or, dans ce que pro­posent Valls et Ma­cron, il n’y a pas d’équi­libre, on tombe dans le social li­bé­ra­lisme ou le li­bé­ra­lisme social. Je sou­haite à la fois la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises et la pro­tec­tion et le pro­grès social pour les sa­la­riés. Je suis pour un par­tage de la ri­chesse. On va trop loin dans le social li­bé­ra­lisme. Au sein du PS, je me consi­dère scores-là quand les élus ré­pu­bli­cains ne tiennent pas les pro­messes pour les­quelles ils ont été élus. On ne peut plus se faire élire sur un pro­gramme que l’on n’ap­plique pas en­suite. Et c’est ce qui se passe ac­tuel­le­ment. » Comme avec la loi El Khom­ri ? Yann Ga­lut : « Il y a une lé­gi­ti­mi­té à pen­ser que les me­sures pro­po­sées peuvent ré­soudre le chô­mage. Moi, je n’y crois pas. Je dis non à la loi El Khom­ri car ni Hol­lande ni Ga­lut n’ont été élus sur cette loi. Je ne sup­porte pas que Hol­lande et Valls aient été élus sur un pro­gramme et qu’une fois aux res­pon­sa­bi­li­tés, ils en ap­pliquent un autre ou alors il fal­lait le dire dès le dé­part. Hol­lande était dé­pu­té et dans la com­mis­sion des fi­nances, il n’a pas dé­cou­vert l’état de la France en sep­tembre 2012 ! Mon pro­blème avec Hol­lande, c’est qu’il ap­plique un pro­gramme qui n’était pas le sien quand je l’ai sou­te­nu aux pri­maires et quand j’ai été can­di­dat. Mon rôle n’est pas de cas­ser la ba­raque mais de de­man­der une ré­orien­ta­tion vers un équi­libre. Je suis pour que l’on baisse les charges des pe­tites en­tre­prises. Pour les autres, il faut du contrôle et des contre­par­ties. On a bais­sé les charges de 40 mil­liards, moi, j’étais pour 32 mil­liards. Voi­là, la dif­fé­rence que j’ai avec Hol­lande sur le plan éco­no­mique. Les 8 mil­liards au­raient pu être mis dans l’aide aux col­lec­ti­vi­tés et pour re­don­ner du pou­voir d’achat à la po­pu­la­tion. » Fran­çois Hol­lande n’ap­plique-til pas fi­na­le­ment la po­li­tique de Ma­nuel Valls ? Yann Ga­lut : « Si. C’est Valls qui a fait 5 % aux pri­maires du PS qui im­pose sa ligne po­li­tique mais le res­pon­sable de tout ça, c’est Hol­lande car il l’ac­cepte. Je n’ai pas sou­te­nu Valls aux pri­maires mais Hol­lande sur une po­li­tique so­ciale dé­mo­crate. » Est- ce que le Pré­sident de la ré­pu­blique ne peut pas vous op­po­ser une réa­li­té so­ciale avec une courbe du chô­mage qui ne baisse pas ? Yann Ga­lut : « L’aug­men­ta­tion du chô­mage est aus­si due au fait que l’on a cas­sé la re­prise car on a cou­pé l’in­ves­tis­se­ment des col­lec­ti­vi­tés, on n’a pas don­né de pou­voir d’achat aux Fran­çais, on a sup­pri­mé la dé­fis­ca­li­sa­tion des heures sup­plé­men­taires sans don­ner, comme c’était pré­vu, d’augÈLe men­ta­tion de sa­laires. On n’a pas un pro­blème de droit du tra­vail mais un pro­blème de car­net de com­mandes. Avec Mar­tine Au­bry, nous al­lons pré­sen­ter des contre- pro­po­si­tions à la loi El Khom­ri, no­tam­ment la mise en place d’une vé­ri­table sé­cu­ri­té so­ciale pro­fes­sion­nelle, avec des ga­ran­ties, pour­quoi pas des as­sou­plis­se­ments mais ça ne veut pas dire des fa­ci­li­tés de li­cen­cie­ment. On peut fa­ci­li­ter les par­cours pour chan­ger d’en­tre­prise tout en gar­dant une sé­cu­ri­té et quand une en­tre­prise a des dif­fi­cul­tés les em­ployés soient en­voyés en stage ou en for­ma­tion. On a tout ce­la à in­ven­ter. » N’avez- vous pas l’im­pres­sion que la France est sclé­ro­sée et qu’elle n’ar­rive pas à sor­tir de la crise, contrai­re­ment à d’autres pays ? Yann Ga­lut : « Non. L’Ita­lie par exemple avait deux fois plus de chô­meurs que nous. L’amor­tis­seur de notre mo­dèle social a fait que l’on a été moins tou­ché après 2008. Donc la re­prise est plus lente car on re­part de moins loin. En Al­le­magne, il est plus dif­fi­cile de li­cen­cier, les sa­laires sont plus im­por­tants mais ils ont un vrai dia­logue social. En France, là où l’on pêche, c’est dans l’ab­sence de dia­logue social. Je suis pour l’évo­lu­tion du droit du tra­vail mais équi­li­brée. Ce que je re­proche au gou­ver­ne­ment, c’est que le pro­jet de loi El Khom­ri n’a ja­mais été né­go­cié avec les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales, ni dis­cu­té avec la ma­jo­ri­té. » Vo­te­rez- vous contre la loi El Khom­ri ? Yann Ga­lut : « Oui a prio­ri. J’at­tends le texte mais même avec les ajus­te­ments, j’en­vi­sage de vo­ter contre. Les mo­di­fi­ca­tions de quelques points du pro­jet de loi ne changent rien car il en reste beau­coup qui rendent cette loi in­vo­table pour moi no­tam­ment au ni­veau des li­cen­cie­ments éco­no­miques. Quand nous au­rons le texte, je pré­pa­re­rai beau­coup d’amen­de­ments pour chan­ger l’es­prit de cette loi. J’or­ga­nise une réunion pu­blique mer­cre­di 30 mars à 20 h à l’Hô­tel des syn­di­cats de Saint- Amand pour dé­battre de ce pro­jet de loi, pré­sen­ter mes amen­de­ments et ex­pli­quer qu’une autre loi est pos­sible. » Que pen­sez-vous des 35 heures ? Yann Ga­lut : « Elles ont créé 1 mil­lion d’em­plois en 1997 et 2002. La France s’écroule par manque d’in­ves­tis­se­ment dans la com­pé­ti­ti­vi­té mais ce n’est pas lié aux 35 heures. Les sa­la­riés fran­çais sont les plus com­pé­ti­tifs. On n’a pas de pro­blème de temps de tra­vail, mais peut-être un pro­blème de co­ti­sa­tions et sur­tout d’in­no­va­tion. Nous n’avons pas fait la mu­ta­tion de notre éco­no­mie comme l’ont fait les Al­le­mands. Une er­reur de stra­té­gie. Êtes-vous de­ve­nu Au­bryiste ? Yann Ga­lut : « Je ne suis pas un homme de par­ti mais un homme d’idées. J’ai ac­quis mon in­dé­pen­dance. Je n’ai ja­mais été un dé­pu­té go­dillot et je ne le se­rai ja­mais. J’ai au­jourd’hui ac­quis une sta­ture na­tio­nale qui me per­met d’être au­to­nome et de pe­ser au ni­veau na­tio­nal. Je ne suis plus le lieu­te­nant de quel­qu’un. J’ai une li­ber­té de ton et d’ac­tion. » Com­ment vi­vez- vous ac­tuel­le­ment votre man­dat dans un gou­ver­ne­ment qui prend des dé­ci­sions contre vos va­leurs ? Yann Ga­lut : « Je le vis en me bat­tant, en ne re­non­çant pas à mes va­leurs mais je le vis mal. Vous vous ren­dez compte, ma­ni­fes­ter contre un gou­ver­ne­ment que vous êtes cen­sé sou­te­nir ? » Vous sou­tien­drez Fran­çois Hol­lande s’il est can­di­dat à la pré­si­den­tielle en 2017 ? Yann Ga­lut : « Je sou­tiens une dé­marche de pri­maires ci­toyennes car je veux qu’émerge un can­di­dat de gauche qui ne soit pas un can­di­dat social li­bé­ral. Les pri­maires sont une né­ces­si­té ab­so­lue. » Jean- Ch­ris­tophe Cam­ba­dé­lis de­mande que les so­cia­listes se pro­noncent sur leur sou­tien au can­di­dat Fran­çois Hol­lande, al­lez-vous vous pro­non­cer ? Yann Ga­lut : « Quelle mouche l’a pi­qué ? Il va at­tendre ! »

« On ne peut plus se faire élire sur un pro­gramme que l’on n’ap­plique pas »

Vous se­rez can­di­dat aux lé­gis­la­tives de 2017 ? Yann Ga­lut : « Oui, j’en­vi­sage d’être can­di­dat. » Com­ment les Fran­çais peuvent- ils en­core croire en la gauche ? Yann Ga­lut : « Il faut as­su­mer que d’autres po­li­tiques sont pos­sibles. Le pro­blème de la gauche, c’est qu’au­jourd’hui les gens de gauche comme Hol­lande et Valls disent qu’il n’y a que le social li­bé­ra­lisme. Je dis non avec Mar­tine Au­bry et des mil­liers

« Je sou­tiens une dé­marche de pri­maires ci­toyennes »

dé­pu­té Yann Ga­lut se­ra can­di­dat aux lé­gis­la­tives de 2017.

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