Eloge de la ri­mo­si­té

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - Environnement - Ri­chard Ber­naer Pho­to d’Yvan Ber­naer

L’INOCYBE MACULÉ PAR­TI­CIPE DE LA PRES­TI­GIEUSE TRI­BU DES INOCYBES RIMEUX (du la­tin

ri­mo­sa : fente, cre­vasse). Pour­quoi pres­ti­gieuse ? Eh bien parce que leur cha­peau cam­pa­nu­lé et fi­bril­leux, comme fouet­té, fla­gel­lé, fus­ti­gé, grif­fé de fis­sures ra­diales lais­sant ap­pa­raître la chair sous­ja­cente pâle... est du plus bel ef­fet.

Ces inocybes sont dits aus­si

fas­ti­giés, et ce mot à lui seul est un poème. Ve­nant du la­tin

fas­ti­gium : faîte, som­met, il qua­li­fie gé­né­ra­le­ment des arbres : peu­pliers, cy­près, ifs... dont la forme se dresse en flamme dans le pay­sage. Mais par un ex­tra­or­di­naire glis­se­ment d'image et de sens,

fas­ti­gié en vint à dé­si­gner des inocybes, non point pour leur cha­peau co­nique et poin­tu, mais pour les ra­vines blanches qui ruis­sellent et rayonnent de leur ma­me­lon en pointe. Chez notre Inocybe maculé :

Inocybe ma­cu­la­ta Bou­dier, la ri­mo­si­té est par­ti­cu­liè­re­ment somp­tueuse, en rai­son du contraste on­doyant des fi­brilles brun sombre ou brun roux avec les fis­sures blanches de la chair. Inocybe ma­cu­la­ta nous sé­duit aus­si par deux autres ca­rac­tères : son pied blanc est net­te­ment la­vé de roux en son mi­lieu, et d'éphé­mères restes vé­laires blan­châtres coiffent son ma­me­lon.

Vous pou­vez le dé­cou­vrir dans les taillis her­beux le long de la Creuse, vers le mou­lin de Châ­teau­brun. Il est toxique, à l'ins­tar de tous les inocybes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.