Ni­co­las Fo­ris­sier : « On jette en pâ­ture un ter­ri­toire »

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - La Châtre - Pro­pos re­cueillis par JC.L.

Quelle est votre ré­ac­tion à la vue des images tour­nées à l’abat­toir du Boi­schaut ?

Ni­co­las Fo­ris­sier, dé­pu­té de l’Indre : « Au re­gard des règles im­pé­ra­tives du res­pect du bie­nêtre ani­mal, les gestes qui sont mon­trés sont ab­so­lu­ment in­ex­cu­sables. Est-ce un cas iso­lé ou pas ? Peu im­porte. Ce n’était pas l’usage dans cet abat­toir où de gros ef­forts ont été faits en ma­tière d’in­ves­tis­se­ment ces der­nières an­nées, nul ne peut dire le contraire, à la de­mande et sous le contrôle des ser­vices de l’Etat. Il y a eu une pé­riode beau­coup plus dif­fi­cile ces der­niers mois avec un pro­blème de di­rec­tion et de co­hé­sion dans l’équipe. Je sais que les élus étaient en train de ré­or­ga­ni­ser tout ça. Ces images qui ont été tour­nées clan­des­ti­ne­ment lors de cette mau­vaise passe tombent mal car elles donnent une mau­vaise image de l’abat­toir. Je consi­dère qu’on ne peut pas ex­cu­ser ce type de choses mais qu’il faut ti­rer des le­çons de cette crise pour es­sayer de re­bon­dir. C’est très im­por­tant, car c’est toute la fi­lière viande qui est tou­chée, ce sont beau­coup d’em­plois. Ce sont aus­si tous les éle­veurs qui sont tou­chés. On n’en parle pas beau­coup et le mi­nistre de l’Agri­cul­ture n’a pas ci­té les éle­veurs à ma connais­sance… La sus­pen­sion pro­vi­soire est très dan­ge­reuse, nous en sa­vons quelque chose dans le dé­par­te­ment. Pour toutes ces rai­sons et pour l’image de notre ter­ri­toire, il faut re­bon­dir. »

Comment ?

N.F.: « Il est urgent de mettre en oeuvre un plan de for­ma­tion ex­trê­me­ment in­ten­sif des équipes de l’abat­toir sous cou­vert des ser­vices de l’Etat et des ser­vices vé­té­ri­naires qui sont quand même ceux qui doivent faire res­pec­ter les me­sures sa­ni­taires et les me­sures du bien-être ani­mal. Au pas­sage, je suis le mi­nistre qui a été le pre­mier, en 2005, avec le Garde des Sceaux de l’époque, Do­mi­nique Per­ben, à ini­tier la pro­cé­dure d’ins­crip­tion au Code ci­vil, et non pas seule­ment au Code ru­ral, de la qua­li­té “d’être sen­sible” pour les ani­maux. J’ai tou­jours te­nu le même dis­cours. On mange de la viande, on a des ani­maux d’éle­vage, on doit à un mo­ment ou un autre pas­ser par l’abat­toir et il faut que ce soit fait dans des condi­tions de res­pect ab­so­lu. Pour mettre en place ce plan de for­ma­tion, il faut que nous soyons sou­te­nus. Ce n’est pas seule­ment un sou­tien fi­nan­cier mais un sou­tien mo­ral, tech­nique, opé­ra­tion­nel, concret que nous at­ten­dons des ser­vices de l’Etat. C’est ce que je compte dire au mi­nistre de l’Agri­cul­ture à qui j’ai de­man­dé un ren­dez-vous, car je pense que nous de­vons avoir une vi­sion glo­bale au ni­veau de tous les abat­toirs de France. Il est très dif­fi­cile de re­cru­ter du per­son­nel, en par­ti­cu­lier des di­rec­teurs de pro­duc­tion, des chefs de chaîne. Il n’y a pas de for­ma­tions dé­diées. Il existe des for­ma­tions mais ce n’est pas struc­tu­ré. Je de­mande pour l’abat­toir du Boi­schaut et plus glo­ba­le­ment à l’échelle na­tio­nale un plan d’ur­gence de for­ma­tion des per­son­nels pour leur don­ner les bons gestes dans le res­pect des exi­gences sa­ni­taires et des règles du bien-être ani­mal. »

Concrè­te­ment, comment ce­la peut-il être mis en place ? N.F. : « D’abord, je vou­drais ré­pondre à ceux qui disent que cet abat­toir de­vrait être gé­ré par des pro­fes­sion­nels et non une col­lec­ti­vi­té. Mais quand au­cun pro­fes­sion­nel ne veut re­prendre la ges­tion de cet abat­toir, comme il y a quatre ans, comment fait-on? Nous avons été cou­ra­geux en di­sant qu’il n’était pas pos­sible de fer­mer cet ou­til né­ces­saire à l’éco­no­mie lo­cale et qui a une di­men­sion de ser­vice pu­blic en étant ac­ces­sible aux plus pe­tits ap­por­teurs. Concrè­te­ment, pour re­bon­dir, il faut dé­jà que l’abat­toir rouvre, on ne peut pas être dans la théo­rie. Quitte à ce qu’il y ait moins de ton­nage au dé­but, que l’on re­com­mence dou­ce­ment mais il faut que le per­son­nel tra­vaille sur une chaîne qui tourne pour pou­voir être for­mé sur place par les ex­perts des ser­vices de l’Etat, geste par geste, bête par bête. Ces images sont in­ex­cu­sables mais il faut en ti­rer les le­çons im­mé­dia­te­ment parce que les en­jeux pour le ter­ri­toire sont très im­por­tants. L’ob­jec­tif est que l’abat­toir de La Châtre de­vienne un abat­toir pi­lote au ni­veau na­tio­nal, qu’il de­vienne exem­plaire en ma­tière de bie­nêtre ani­mal, de sé­cu­ri­té sa­ni­taire, de ca­hier des charges. »

Vous ap­pa­rais­sez éga­le­ment re­mon­té de­vant les mé­thodes de l’as­so­cia­tion L214…

N.F.: « Outre le fait que les images ont été ob­te­nues de fa­çon to­ta­le­ment illé­gales, je suis scan­da­li­sé quand je vois que L214 a fait du lob­bying de fa­çon in­con­si­dé­rée sur des grandes sur­faces de la ré­gion qui étaient clientes de l’abat­toir. Ils sont en train de mettre par terre toute une éco­no­mie et des cen­taines d’em­plois en fai­sant peur et en met­tant la pres­sion à des grandes sur­faces. C’est ab­so­lu­ment in­ad­mis­sible. On jette en pâ­ture des per­son­nels, un ter­ri­toire et, der­rière tout ça, il y a une idéo­lo­gie an­ti­viande qui n’est pas par­ta­gée par la ma­jo­ri­té des gens. »

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