Le dé­glin­go des pa­ris fous

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - Sports - Jean FERRÉ au­teur de Du­con et consorts et Les Jeux de de­main ? Des jeux de vi­lains (lu­lu.com)

Clam­pin adore les voyages ex­traor­di­naires. Cer­tai­ne­ment une ré­mi­nis­cence de ses lec­tures de jeu­nesse quand Mar­cel li­sait Jules Verne. Au­jourd’hui, l’his­toire de Ross Ed­gley lui offre une vraie ma­de­leine de Proust. Ima­gi­nez l’aven­ture : pas le tour du monde en 80 jours, trop ba­nal, dé­jà fait. Pas cinq se­maines en bal­lon, pas as­sez gon­flé comme dé­fi. Non ! Un voyage au centre de la mer : le tour de l’île mys­té­rieuse nom­mée Grande-Bre­tagne mais à la nage. Par­ti sans bourses de voyage, de Mar­gate, une ville flot­tante dans le Kent, dé­but juin, il vient de bou­cler la boucle ce 4 no­vembre der­nier. D’abord la Manche avec son rail où re­montent et des­cendent 500 car­gos et fer­ries par jour. Un vrai sla­lom avec le même sen­ti­ment de sé­cu­ri­té qu’un pié­ton marchant sur la bande d’ar­rêt d’ur­gence d’une au­to­route un jour de grand dé­part. À en être sens des­sus des­sous. Puis la remontée vers la mer d’Ir­lande, l’océan At­lan­tique et la re­des­cente par la mer du Nord. Et pour­tant, au­cun tri­bu­nal ne lui a in­fli­gé cette pu­ni­tion. Un pe­tit plai­sir per­so pour une ga­lère à mi-temps : douze heures par jour à ra­mer avec ses gros bras de ca­mion­neur pour douze à prendre un peu de re­pos sur un pe­tit ra­fiot ac­com­pa­gna­teur. Hier et de­main, et en­core de­main, pour 2882 km, 157 jours à tri­mer, sur­na­ger et bras­ser une eau de mer si sa­lée que sa langue fut vic­time de désa­gré­ga­tion, par­tant lit­té­ra­le­ment en lam­beaux. 2,3 mil­lions de mou­ve­ments de crawl, soit 85 tra­ver­sées de la Manche ou 57 679 lon­gueurs de bas­sin olym­pique. Par­tout le même constat de cette in­va­sion de la mer par la pol­lu­tion. Nulle trace d’un Nau­ti­lus ou du ca­pi­taine Né­mo, pas de serpent de mer mais des dé­chets, en­core des dé­chets. S’il de­vait écrire un bou­quin sur son odys­sée ho­mé­rique, sûr qu’il l’in­ti­tu­le­rait 20 000 merdes sous les lieux. Il ra­con­te­rait ses ren­contres avec des bancs de mé­duses (37 pi­qûres) qui l’obli­gèrent à se confec­tion­ner un masque de Nin­ja pour se pré­ser­ver de leurs bai­sers ur­ti­cants. Son bal­let nau­tique avec des ca­la­mars géants ou son tête à tête avec une orque, un billet de loterie, la peur au ventre que le cé­ta­cé ait l’es­to­mac dans la na­geoire cau­dale. Cinq mois à bar­bo­ter dans des eaux froides avec une seule ob­ses­sion : man­ger, pro­gres­ser, dor­mir, re­com­men­cer jus­qu’au phare du bout du monde. Qu’est-ce qui mo­tive ce fra­pa­dingue du chal­lenge fou, ce barge de l’ex­ploit inu­tile "ja­mais réa­li­sé avant" ? « Se faire mous­ser dans le Guin­ness Book ! », as­sène Mar­cel. Peut-être car le co­losse Ed­gley n’en est pas à son pre­mier truc lou­foque. Il a dé­jà ac­com­pli un tri­ath­lon olym­pique avec un tronc d’arbre de 45 kg fi­ce­lé sur le dos ou grim­pé le long d’une corde pen­dant 19 h d’af­fi­lée ce qui, ad­di­tion­né, re­pré­sente la mon­tée de l’Eve­rest (8848 m). Ce­rise pour le bar­jot, son ma­ra­thon cou­ru en trac­tant une voi­ture de 1,4 tonne. Fê­lé du bo­cal ? Clam­pin di­rait plu­tôt dé­glin­go des pa­ris fous !

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