Jean Blan­chard Le folk, c’est chic !

Ce Lyon­nais ori­gi­naire du Ber­ry à la tra­jec­toire mu­si­cale par­ti­cu­liè­re­ment riche a aus­si été l’un des ar­ti­sans de la re­con­nais­sance ins­ti­tu­tion­nelle de la mu­sique tra­di­tion­nelle.

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - Terroir - Fré­dé­ric Merle

Folk ou trad, Jean Blan­chard ? Les deux, dans la me­sure où le folk des an­nées 1970, dont il a été l’un des pi­liers, a contri­bué à don­ner à la mu­sique tra­di­tion­nelle sa dé­fi­ni­tion ac­tuelle, ou­verte à l’in­no­va­tion et aux mé­tis­sages. Mais pour le vio­lo­niste de La Bam­boche, tout a com­men­cé à Etre­chy, à l’est de Bourges. Un peu avant ses 10 ans, ce fils d’ins­ti­tu­teurs est ins­crit d’of­fice aux cours de danse folk­lo­rique du groupe Notre Ber­ry, que pré­side au­jourd’hui son frère Fran­çois. Pen­dant ses va­cances d’été chez sa tante, libraire à Li­gnières, il fré­quente aus­si les Thiau­lins. L’ado­les­cent évo­lue comme un pois­son dans l’eau au sein de ces groupes is­sus du mou­ve­ment d’édu­ca­tion po­pu­laire de l’après-guerre : « Nous par­cou­rions l’Eu­rope. Comme so­cia­li­sa­tion c’était vrai­ment top ! En plus, c’était mixte… »

Au son de la bour­rée et de Bob Dy­lan

Pa­ral­lè­le­ment, il ap­prend la cla­ri­nette à l’har­mo­nie mu­ni­ci­pale de Bourges et s’ef­force de re­jouer d’oreille sur sa gui­tare ban­jo des titres des Beatles, de Bob Dy­lan et de Graeme All­wright. D’une oreille, il as­si­mile l’hé­ri­tage de sa ré­gion tan­dis que l’autre est ten­due vers l’An­gle­terre et les État­sU­nis. Par­ti à Lyon étu­dier à l’Ins­ti­tut na­tio­nal des sciences ap­pli­quées, le jeune homme ne pou­vait par consé­quent être in­sen­sible à l’émer­gence du mou­ve­ment folk amé­ri­cain, dé­fen­seur des mu­siques mi­no­ri­taires, dont le blues qu’il avait d’abord ap­pré­cié à tra­vers des groupes an­glais comme les Blues­brea­kers de John Mayall. L’élève in­gé­nieur monte un groupe folk­lo­rique, joue du skiffle et par­ti­cipe à la créa­tion du folk club lyon­nais dans une « at­mo­sphère d’ému­la­tion qu’on a peine à conce­voir au­jourd’hui. » L’une de ses for­ma­tions du dé­but des an­nées 1970, La Bam­boche, par­ti­cipe au spec­tacle Le Co­chon noir de Ro­ger Plan­chon, dra­ma­turge et di­rec­teur du théâtre na­tio­nal po­pu­laire de Villeur­banne : « Nous étions sur le pla­teau et nous ponc­tuions l’ac­tion qui se dé­rou­lait en Ar­dèche à l’époque de la Com­mune de Pa­ris. Ce­la a été un tour­nant, avec un contrat de deux ans et une tour­née des scènes sub­ven­tion­nées. » Le bas­siste de Ma­li­corne, Hugues de Cour­son, éga­le­ment pro­duc­teur, leur pro­pose d’en­re­gis­trer. Mis en boîte en deux nuits, le disque se vend à 150 000 exem­plaires. « On a fon­cé sans ré­flé­chir et on a tour­né sans s’ar­rê­ter pen­dant trois ans », pour­suit Jean Blan­chard.

La Bam­boche acous­tique puis élec­trique

Pen­dant cette pé­riode faste, La Bam­boche sort trois al­bums d’airs col­lec­tés, avec des ar­ran­ge­ments s’ins­pi­rant de la scène an­glaise et ir­lan­daise, d’où les mu­si­ciens rap­por­taient à chaque voyage des bras­sées de disques. Après l’ex­tinc­tion de la flam­bée folk en 1977, ils tentent, le temps de deux 33 tours, un vi­rage élec­trique en pro­po­sant aus­si des com­po­si­tions ori­gi­nales : « Nous étions en plein hard rock, en plein jazz-rock, en plein dans la chan­son fran­çaise et nous avions en­vie d’in­té­grer tout ce­la. Ce­la n’a pas mar­ché du tout, faute de mar­ché. »

Après cette pa­ren­thèse dé­coif­fante, sous l’égide de Mau­rice Fleu­ret, di­rec­teur de la mu­sique et de la danse de Jack Lang, le Lyon­nais d’adop­tion in­tègre une com­mis­sion consul­ta­tive des mu­siques tra­di­tion­nelles, dont les tra­vaux abou­tissent à l’ou­ver­ture de classes trad dans les conser­va­toires et à la créa­tion d’un ré­seau de centres ré­gio­naux de mu­sique tra­di­tion­nelle (CRMT). Cô­té mu­sique, Jean Blan­chard, en bon fol­keux, avait jusque-là « pa­pillon­né » entre dif­fé­rents ins­tru­ments. Il se fixe sur l’ac­cor­déon dia­to­nique et sur la cor­ne­muse, choi­sie en rai­son « des réactions émo­tion­nelles très fortes qu’elle pro­voque, des larmes au re­jet pur et simple ». Une spé­ci­fi­ci­té due se­lon lui aux in­ter­ac­tions entre la mé­lo­die et le son conti­nu du bour­don. Du­rant la même pé­riode, le mu­si­cien de­vient en­sei­gnant. Il ap­par­tient à la pre­mière pro­mo­tion des ti­tu­laires du cer­ti­fi­cat d’ap­ti­tude à l’en­sei­gne­ment de la mu­sique tra­di­tion­nelle. Après avoir of­fi­cié plus de quinze ans au CRMT Rhône-Alpes, il forme au­jourd’hui les fu­turs pro­fes­seurs au sein du Ce­fe­dem (centre de for­ma­tion des en­sei­gnants de la danse et de la mu­sique) de la ré­gion Au­vergne Rhône-Alpes. S’il ad­met que la par­ti­tion est « né­ces­saire pour com­mu­ni­quer », sa mé­thode est ba­sée sur une ora­li­té par­ta­gée

avec le jazz et les mu­siques ac­tuelles. Pa­ral­lè­le­ment, les pro­jets mu­si­caux s’en­chaînent « tou­jours dans le cadre d’ami­tiés. » Ils l’en­traînent par­fois vers la chan­son, voire le jazz. Mais, de Gen­tiane à Au­ver­gna­tus, de la grande bande de cor­ne­muses au grand or­chestre de vielles et de cor­ne­muses, le trad reste son port d’at­tache, comme en té­moigne son der­nier disque, Au vrai chic ber­ri­chon, en­re­gis­tré avec ses amis de La Ri­botte – groupe de son frère Re­né-Paul – et deux membres de Notre Ber­ry.

À la re­cherche des styles de jeu an­ciens

À l’écoute de ces vingt chan­sons rares, on se dit que les six mu­si­ciens pos­sèdent ce « chic ber­ri­chon » que George Sand avait dé­ce­lé dans le chant de Jean Chau­vet, un ma­çon en­ga­gé pour faire des tra­vaux à No­hant. « Pour

Sui­vant le cre­do des deux groupes folk­lo­riques qui ont ber­cé son ado­les­cence, le Ber­ruyer a d’ailleurs pra­ti­qué lui­même le col­lec­tage. Entre 1971 et 1977, il a sillon­né la Creuse et le Puy-de-Dôme, sui­vant les pistes de son in­for­ma­teur, Pa­trice Greu­zat, an­ti­quaire à Cham­bon­chard, à l’est de la Creuse : « J’y ai ren­con­tré, sou­vent dans des contextes fa­mi­liaux, des in­ter­prètes qui avaient non seule­ment une maîtrise mais aus­si un avis ar­tis­tique. » Le jeune fol­keux avait ain­si la confir­ma­tion qu’in­cor­po­rer une touche an­glo-saxonne à un air du Mor­van n’était pas un sa­cri­lège mais plu­tôt une forme de re­tour aux sources. Re­tour à une mu­sique po­pu­laire ja­mais fi­gée où la tra­di­tion fait bon mé­nage avec la créa­tion.

« Ça im­pro­vi­sait et ça or­ne­men­tait sans cesse »

▶ Jean Blan­chard n’ou­blie pas ses racines, comme en té­moigne son der­nier al­bum,

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