Dio­gène, le re­tour !

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - Sports - Jean FER­RÉ au­teur de Du­con et consorts et Les Jeux de de­main ? Des jeux de vilains (lu­lu.com)

L’encre du der­nier billet à peine sèche, voi­là Clam­pin qui rap­plique : « J’ai un nou­veau brin­de­zingue pour ton club de "dé­glin­glos des pa­ris fous". De­vine le dé­fi de bar­jot ! » J’ose : « Une ten­ta­tive d’amorce de né­go­cia­tion avec des Gi­lets jaunes sur un rond-point blo­qué en vue de fein­ter le blo­cage ?» Il ré­torque : « Non, un truc fai­sable, j’te dis ! Un in­dice : une tra­ver­sée de l’At­lan­tique. » J’hé­site. « À la nage ? Non, trop cou­ru. Sur un ra­deau ? Trop ba­teau. Heu­heuuu… en chaise à por­teur ? » « Tu char­ries… Ta langue au chat ? Dans… un… to…nn…eau ! », scande-t-il, hi­lare. « En­fer­mé dans une bar­rique, genre cap­sule spa­tiale. C’est dingue, non !» Ef­fec­ti­ve­ment, un jeune sep­tua­gé­naire du bas­sin d’Ar­ca­chon, ex­pa­ra, ex-garde-chasse en Afrique contre le bra­con­nage des élé­phants, ex-pi­lote de vol­tige, bref un bour­lin­gueur de pre­mière, se lance dans un truc de ouf, une ex­pé­di­tion si­noque : ral­lier les Ca­raïbes de­puis les Ca­na­ries en­fer­mé dans un ton­neau dé­ri­vant au gré des cou­rants et des ali­zés. Cette aven­ture le tur­lu­pine de­puis très long­temps. De­puis qu’Alain Bom­bard, lui-même nau­fra­gé vo­lon­taire en 1952, sur­vi­vant d’une cé­lèbre dé­rive trans­at­lan­tique en ca­not pneu­ma­tique, avait sug­gé­ré que l’aven­ture pou­vait se bou­cler en trois mois. Un tri­mestre de ga­lère dans un poin­çon bal­lo­té par les vagues, fouet­té par les vents, brin­que­bal­lé au gré des tem­pêtes. Ce qui s’ap­pelle se faire tour­ner en bar­rique. Sur­tout que le ca­gi­bi de 2 m de dia­mètre sur 3 de long a un confort aus­si douillet et moel­leux qu’une ves­pa­sienne de place pu­blique. Claus­tro­phobe s’abs­te­nir. À gauche en en­trant la mi­ni-kit­che­nette et en se re­tour­nant (at­ten­tion à la tête) le tout-en-un : cou­chette-dî­nette-ti­nette. Il em­barque quelques bou­quins, une man­do­line, un des­sa­li­ni­sa­teur, un har­pon et des plats lyo­phi­li­sés. Pas de pro­grammes té­loche car pas de poste à bord mais un hu­blot au plan­cher pour re­gar­der les pois­cailles dé­fi­ler. Cinq mille bornes à ma­ter mé­rous, mar­lins et raies. Une vraie cure de dés­in­tox sauf à s’ima­gi­ner re­gar­der Tha­las­sa. Le Dio­gène gi­ron­din doit avoir l’es­to­mac bien amar­ré car sa bar­rique, même avec une quille an­ti­rou­lis, va sauter-re­bon­dir-dan­ser telle une balle de ping-pong sous les vi­vats de la houle là, là et en­core là. C’est une sorte de bou­teille à la mer, que dis-je une bou­teille, un jé­ro­boam, un ma­thu­sa­lem, un abus qu’on donne aux or…ques, la han­tise de l’aven­tu­rier. La trouille que ces char­mants cé­ta­cés, connus pour leur mé­chante agres­si­vi­té gra­tuite, im­pro­visent un 3c3 en wa­ter-po­lo avec sa co­quille de noix comme bal­lon. La dé­rive de la bar­rique spon­so­ri­sée par deux ton­nel­le­ries gi­ron­dines pour­ra être lo­ca­li­sée sur une carte grâce à un si­gnal GPS. Pas­sion­nant. « La so­li­tude est une tem­pête de si­lence qui ar­rache toutes nos branches mortes », a écrit Kha­lil Gi­bran. Sûr qu’il y au­ra du bois mort dans le fond du ton­neau à l’ar­ri­vée.

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