Hooouuu ! Le beauf !

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - Sports - Jean FER­RÉ au­teur de Du­con et consorts et Les Jeux de de­main ? Des jeux de vi­lains (lu­lu.com)

La fi­gure du "beauf" (abré­via­tion de beau­frère) est ap­pa­rue dans les an­nées 70 sous le crayon du ca­ri­ca­tu­riste Ca­bu qui le re­pré­sen­tait en pa­tron de bis­trot avec ber­ger al­le­mand, mous­tache et maillot de corps. Il le dé­fi­nis­sait comme « le type qui as­sène des vé­ri­tés, ses vé­ri­tés, ce­lui qui ne ré­flé­chit ab­so­lu­ment pas ». Ce que Ca­van­na (fon­da­teur de Char­lie Heb­do) com­plé­tait : « Ve­nant d’un mi­lieu ou­vrier, il sym­bo­li­sait les re­lents de pas­tis, la pé­tanque, la conne­rie morne. » Dans les an­nées 90, le gou­gna­fier évo­lue, se mé­ta­mor­phose, donne le change. Du lour­dingue mal ra­sé, gou­jat, in­culte, bor­né, chau­vin, on est pas­sé au beauf new-look, bour­geois mon­dain, ha­billé chi­cos, en­cos­tar­dé mais pas plus raf­fi­né dans son sa­voir­vivre, at­ti­fé de sa tra­di­tion­nelle mé­dio­cri­té qu’il ex­pose sans honte en so­cié­té. Au­jourd’hui, il pros­père dans tous les mi­lieux so­ciaux et le monde du sport est un lieu pri­vi­lé­gié de son épa­nouis­se­ment, un ter­reau de culture ap­pro­prié. Il avance mas­qué mais se tra­hit par des blagues et al­lu­sions dé­pla­cées, trop sou­vent sexistes, sans au­cune sub­ti­li­té. Un exemple ? À Pa­ris, lors de la re­mise du pre­mier Bal­lon d’Or fé­mi­nin 2018 (soixante-deux ans quand même après les mecs) à la lau­réate nor­vé­gienne de l’Olym­pique Lyon­nais Ada He­ge­berg, l’ani­ma­teur des fes­ti­vi­tés i.e l’un-con-tour­nable DJ de ser­vice, s’est cru as­sez fu­té et spi­ri­tuel pour lui po­ser d’em­blée la ques­tion : « Est-ce que tu sais twer­ker* ? » Ada, quelque peu in­ter­lo­quée, a ré­pon­du "non" et a tour­né les ta­lons plan­tant là le beauf ri­ca­nant stu­pi­de­ment à sa saillie nul­lache. Le de­gré zé­ro de la cour­toi­sie et des conve­nances. Re­gards mé­du­sés et si­dé­rés de l’as­sis­tance. « Le con dans toute sa ma­gni­fi­cence », ose Clam­pin qui connaît par coeur les ré­pliques d'Au­diard dans "Les ton­tons flin­gueurs" : « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les re­con­naît. » Mar­cel comme agent d’hy­giène pro­phy­lac­tique avec F. Dard ("Les Cons") : « Trai­ter quel­qu’un de con n’est pas un ou­trage mais un diag­nos­tic. » Cette beauf-at­ti­tude est in­con­ve­nante. Face à la ré­pro­ba­tion una­nime de cette in­con­grui­té (ima­gine-t-on un seul ins­tant que cette ques­tion dou­teuse eût pu être po­sée à Mo­dric ?), le be­nêt in­élé­gant s’est em­pres­sé de twit­ter que c’était une blague. Ben voyons ! Le tweet d’ex­cuse comme éponge pur­ga­tive. Vrai­ment trop fa­cile, les beaufs ! Clam­pin a pré­fé­ré écou­ter l’élue meilleure joueuse du monde dire aux pe­tites filles qu’elles doivent tou­jours pour­suivre leurs rêves et croire en elles. Elle a dû lire Saint-Exu­pé­ry : « Faites que votre rêve dé­vore votre vie afin que la vie ne dé­vore pas votre rêve. » Gi­nette Clam­pin va même plus loin : « La femme qui veut être l’égale d’un homme manque d’am­bi­tion. » Et pan sur le bec du vi­lain pe­tit ca­nard qui se pre­nait pour un cygne !

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