Un contrat de so­lu­tions pour ré­duire l’uti­li­sa­tion des phy­tos

Une qua­ran­taine d’or­ga­ni­sa­tions agri­coles ont col­la­bo­ré à l’éla­bo­ra­tion d’un contrat de so­lu­tions, qui re­groupe plu­sieurs pistes pour ré­duire l’uti­li­sa­tion de pro­duits phy­to­sa­ni­taires.

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - Environnement - An­toine Ber­taux

Cer­tains ont par­fois ten­dance à l’ou­blier mais vivre à la cam­pagne, c’est aus­si vivre au mi­lieu des agri­cul­teurs. Maire de Saint-Loupdes-Chaumes, une pe­tite com­mune ru­rale du Cher, Phi­lippe Mois­son est ain­si par­fois con­fron­té à la dif­fi­cile co­ha­bi­ta­tion entre ex­ploi­tants agri­coles et ha­bi­tants. Dans son vil­lage, cer­tains ci­ta­dins en quête de tran­quilli­té loin du tu­multe de la vie en ville ou­blient quel­que­fois que d’autres tra­vaillent dans les champs. « Il existe une in­com­pré­hen­sion entre quelques ha­bi­tants des zones ru­rales et les agri­cul­teurs, re­con­naît Phi­lippe Mois­son, aus­si pré­sident de l’as­so­cia­tion des maires du Cher. Il y en a qui râlent après le chant du coq, d’autres qui pestent contre le bruit des mois­son­neuses… Pour les ci­toyens, il n’est pas tou­jours évident de com­prendre le tra­vail de l’agri­cul­teur. » Un fos­sé entre le monde agri­cole et les vil­la­geois qui semble même s’être creu­sé au fil des po­lé­miques des der­nières an­nées. « Le pro­blème, c’est qu’on fait du “buzz” sur ce qui ne va pas, re­grette Eric Thi­rouin, pré­sident de la com­mis­sion en­vi­ron­ne­ment de la FNSEA. On ne parle pas du tout des bonnes pra­tiques agri­coles. Pour­tant, nous res­pec­tons dé­jà des contraintes ho­raires, nous te­nons compte des par­ti­cu­la­ri­tés géo­gra­phiques, du vent....Mais c’est plus fa­cile de ta­per sur les agri­cul­teurs. On l’a d’ailleurs en­core vu avec la dif­fu­sion des cartes des éle­vages in­dus­triels de Greenpeace. Ce n’est pas nor­mal. » Moins ré­cente, la pro­blé­ma­tique des pro­duits phy­to­sa­ni­taires, en par­ti­cu­lier le gly­pho­sate, a éga­le­ment cau­sé du tort à la pro­fes­sion.

Dans l’at­tente du sou­tien du gou­ver­ne­ment

S’ils dé­noncent un contexte d’agri­ba­shing, les agri­cul­teurs tentent de trou­ver des so­lu­tions. Conscients des in­quié­tudes des Fran­çais à pro­pos des pro­duits chi­miques, les ex­ploi­tants agri­coles se disent d’ac­cord pour ré­duire l’uti­li­sa­tion des pes­ti­cides. En­core faut-il avoir des al­ter­na­tives. « On ne veut pas d’in­ter­dic­tion sans so­lu­tions », as­sure Eric Thi­rouin. C’est pour­quoi une qua­ran­taine d’or­ga­ni­sa­tions agri­coles – se­mis, pro­duc­teurs, mé­ca­niques... – se sont ras­sem­blées pour éla­bo­rer un contrat de so­lu­tions, pré­sen­té le 13 dé­cembre der­nier à Ar­çay dans le Cher, afin d’ap­por­ter des pistes cré­dibles pour ré­duire l’usage des pro­duits phy­to­sa­ni­taires. « En fé­vrier 2018, nous avions près de 300 so­lu­tions mais nous avons choi­si d’en ap­pro­fon­dir trente-six, ré­vèle le pré­sident de la com­mis­sion en­vi­ron­ne­ment. Elles concernent tous les sec­teurs, de la vigne à l’her­bo­ris­te­rie en pas­sant par le bio-contrôle. » Reste dé­sor­mais à ob­te­nir le sou­tien du gou­ver­ne­ment pour ac­com­pa­gner la mise en place de ces pra­tiques. En cas de suc­cès, de nou­veaux contrats se­ront mis en place tous les six mois pour ré­pondre aux nou­velles pro­blé­ma­tiques de l’agri­cul­ture, comme l’ap­pa­ri­tion de nou­veaux ra­va­geurs par exemple. Une ini­tia­tive qui n’en­traî­ne­ra tou­te­fois pas la dis­pa­ri­tion to­tale des pes­ti­cides chi­miques. « Il ne faut pas croire qu’il n’y au­ra plus de pro­duits phy­to­sa­ni­taires en France, tem­père Eric Thi­rouin. Il y au­ra tou­jours des en­droits où l’on n’au­ra pas le choix. » Tout est une ques­tion d’équi­libre.

▶ Les agri­cul­teurs re­fusent d’être sou­mis à des in­ter­dic­tions sans des al­ter­na­tives cré­dibles.

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