Quels prix les mai­sons de re­traite pra­tiquent-elles ?

Pour­tant re­la­ti­ve­ment peu chères, les mai­sons de re­traite du Ber­ry se­raient hors de por­tée de la ma­jo­ri­té des re­trai­tés de l’Indre et du Cher sans les aides dis­pen­sées par la Caisse d’al­lo­ca­tions familiales et les Conseils dé­par­te­men­taux.

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - La Une - Fré­dé­ric Merle

Un site In­ter­net pu­blic per­met de com­pa­rer en ligne les ta­rifs des mai­sons de re­traite du Ber­ry, sou­vent très su­pé­rieurs aux re­ve­nus des re­trai­tés mo­destes. Mais pour cer­tains se­niors, la danse et la pour­suite d’un tra­vail consti­tuent des an­ti­dotes à la perte d’au­to­no­mie. Fa­vo­ri­sant éga­le­ment le main­tien à do­mi­cile, la té­léas­sis­tance se met à l’heure des nou­velles tech­no­lo­gies.

C’est ra­re­ment de gai­té de coeur que l’on entre en mai­son de re­traite. C’est en ef­fet gé­né­ra­le­ment la perte d’au­to­no­mie qui oblige à quit­ter son do­mi­cile à un âge de plus en plus avan­cé, sou­vent au­tour de 85 ans. À l’épreuve de quit­ter un cadre de vie fa­mi­lier s’ajoute la dif­fi­cul­té de choi­sir le bon éta­blis­se­ment. Par­mi les mul­tiples cri­tères à prendre en compte, le coût n’est pas le moins im­por­tant car ce dé­mé­na­ge­ment risque fort d’aug­men­ter les dé­penses du rou de la re­trai­té(e), en par­ti­cu­lier si, comme 68 % des plus de 60 ans en Centre-Val de Loire, il ou elle est pro­prié­taire de son lo­ge­ment et n’a donc pas de loyer à payer.

L’Apa pour la dé­pen­dance

Les ta­rifs de­man­dés par les Éh­pad se dé­com­posent en trois par­ties dis­tinctes. Tout d’abord, la par­tie soins est prise en charge par l’as­su­rance ma­la­die, comme au­pa­ra­vant, cer­tains soins fai­sant l’ob­jet d’un for­fait que l’as­su­rance ma­la­die verse di­rec­te­ment à l’éta­blis­se­ment. Les choses se com­pliquent un peu quand on aborde la par­tie dé­pen­dance, c’est-à-dire le ta­rif de l’as­sis­tance ap­por­tée au ré­sident pour ac­com­plir les gestes de la vie quo­ti­dienne. Ce­la com­prend l’aide au le­ver, à la toi­lette, à l’ha­bille­ment ou en­core les frais d’in­con­ti­nence. Chaque éta­blis­se­ment af­fiche un ta­rif jour­na­lier pro­gres­sif se­lon le de­gré de dé­pen­dance éva­lué sur une échelle de 6 à 1 (pour les dé­pen­dances les plus sé­vères). Heu­reu­se­ment, là en­core, la somme à payer a de grandes chances d’être as­sez mo­dique. En ef­fet, jus­qu’à 2 447 € de re­ve­nus men­suels, le ré­sident, quel que soit son de­gré réel de perte d’au­to­no­mie, ne paie­ra que le ta­rif cor­res­pon­dant à la plus faible dé­pen­dance (Gir 5 ou 6). Dans l’Indre en 2018, ce ta­rif était en moyenne de 5,52 € par jour, soit en­vi­ron 165 € par mois. La dif­fé­rence entre ce ta­rif et ce­lui cor­res­pon­dant à la dé­pen­dance réelle du ré­sident est prise en charge par le Con­seil dé­par­te­men­tal au titre de l’Apa (Al­lo­ca­tion per­son­na­li­sée d’au­to­no­mie). La troi­sième com­po­sante du ta­rif, celle qui re­groupe les frais liés à l’hé­ber­ge­ment, est de loin la plus coû­teuse pour le ré­sident. Un com­pa­ra­teur mis en ligne par le mi­nis­tère des So­li­da­ri­té et de la san­té à l’adresse www.pour-les­per­sonnes-agees.gouv.fr af­fiche les ta­rifs d’hé­ber­ge­ment jour­na­liers de la plu­part des Éh­pad. Par exemple, pour une chambre in­di­vi­duelle, l’Éh­pad pu­blic des Mar­ron­niers, à Dun-sur-Au­ron, a dé­cla­ré un ta­rif jour­na­lier de 48,85 €(1 465 € par mois) tan­dis que la mai­son de re­traite pri­vée Le Ha­meau d’Égu­zon de­mande 71 € (2 130 € par mois). Au-de­là de ces in­di­ca­tions par­cel­laires, la Caisse na­tio­nale de so­li­da­ri­té pour l’au­to­no­mie (CNSA) pu­blie tous les ans une ana­lyse glo­bale des prix pra­ti­qués dans chaque dé­par­te­ment. Dans l’Indre, le prix mé­dian (qui sé­pare les trente-six éta­blis­se­ments pris en compte en deux groupes égaux) était en 2016 de 1 820 € par mois pour une chambre seule, ta­rif dé­pen­dance de base (5,52 € par jour) com­pris. Dans la Creuse, ce prix mé­dian grim­pait à 1 877 € pour at­teindre 1 892 € dans le Cher (cf. gra­phique). Les trois dé­par­te­ments de­meurent ce­pen­dant lar­ge­ment en des­sous de la mé­diane na­tio­nale de 1 949 €. Se­lon le CNSA, plu­sieurs fac­teurs dé­ter­minent ces écarts de prix, no­tam­ment l’an- cien­ne­té des bâ­ti­ments – amor­tis ou non –, le sta­tut pu­blic ou pri­vé de l’éta­blis­se­ment et, en­fin, sa lo­ca­li­sa­tion dans une sphère ur­baine et ru­rale. Le prix men­suel mé­dian at­teint ain­si 3 154 €à Pa­ris.

Des pres­ta­tions com­prises dans le prix, ou non

Le ta­rif d’hé­ber­ge­ment ne cor­res­pond pas uni­que­ment à la lo­ca­tion d’une chambre. Il en­globe un en­semble de pres­ta­tions lis­tées par la loi : ser­vice de res­tau­ra­tion, ani­ma­tions col­lec­tives pro­po­sées par l’éta­blis­se­ment, en­tre­tien des draps et du linge de toi­lette… Cer­tains éta­blis­se­ments y in­tègrent d’autres ser­vices comme l’en­tre­tien des vê­te­ments, des ani­ma­tions in­di­vi­duelles ou cer­tains soins es­thé­tiques… Mais, de ma­nière gé­né­rale, le ta­rif d’hé­ber­ge­ment ne couvre pas l’in­té­gra­li­té des coûts de la vie quo­ti­dienne du ré­sident. Ce­lui-ci paye­ra par exemple ses com­mu­ni­ca­tions té­lé­pho­niques, ses pro­duits de toi­lette, ses coupes de che­veux, etc. Il est donc in­dis­pen­sable de s’adres­ser aux éta­blis­se­ments pour connaître les coûts qui s’ajou­te­ront à un ta­rif d’hé­ber­ge­ment jour­na­lier dé­jà im­por­tant au re­gard des re­traites que per­çoivent la ma­jo­ri­té des Ber­ri­chons.

Des aides au lo­ge­ment

En ef­fet, les pen­sions de base (hors re­traite com­plé­men­taire) ver­sées par la Caisse d'as­su­rance re­traite et de la san­té au tra­vail (Car­sat) Centre-Val de Loire se montent en moyenne à 662 € dans l’Indre et 681 € dans le Cher. Dans ces condi­tions, il semble dif­fi­cile d’évi­ter une par­ti­ci­pa­tion des « obli­gés ali­men­taires » : conjoint, en­fants, pe­tits-en­fants et, le cas échéant, gendre et belle-fille.Tou­te­fois, trois aides per­mettent d’al­lé­ger sub­stan­tiel­le­ment la fac­ture. Tout d’abord, les ré­si­dents im­po­sables sur le re­ve­nu peuvent sous­traire de leur im­pôt le quart de leurs frais de mai­son de re­traite après dé­duc­tion des aides (Apa et aide au lo­ge­ment). Cette ré­duc­tion d’im­pôt est pla­fon­née à 2 500 €. De plus, comme n’im­porte quels lo­ca­taires, les ré­si­dents de mai­son de re­traite peuvent bé­né­fi­cier de l’Aide per­son­na­li­sée au lo­ge­ment (APL), si leur éta­blis­se­ment est conven­tion­né, ou de l’Al­lo­ca­tion de lo­ge­ment so­ciale (ALS), moins in­té­res­sante, s’il ne l’est pas. En­fin, si, mal­gré l’aide au lo­ge­ment, ses re­ve­nus sont tou­jours in­suf­fi­sants, il est pos­sible de sol­li­ci­ter une Aide so­ciale à l’hé­ber­ge­ment (ASH) au­près du Con­seil dé­par­te­men­tal. Pour y avoir droit, il faut que l’éta­blis­se­ment soit ha­bi­li­té par le Dé­par­te­ment ou, à dé­faut, ré­si­der de­puis cinq ans dans un éta­blis­se­ment non ha­bi­li­té. Les ser­vice so­ciaux du Dé­par­te­ment cal­culent avec la fa­mille sa par­ti­ci­pa­tion aux frais d’hé­ber­ge­ment puis prennent en charge le re­li­quat. Dans le cas d’un éta­blis­se­ment non ha­bi­li­té, ils s’ap­puie­ront non pas sur le ta­rif d’hé­ber­ge­ment pra­ti­qué par l’éta­blis­se­ment mais sur un prix de jour­née moyen dé­par­te­men­tal fixé chaque an­née par la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale.

▶ Les ta­rifs des Eh­pad sont sou­vent très su­pé­rieurs aux re­ve­nus des re­trai­tés mo­destes.

▶ Les mai­sons de re­traite res­tent moins chères dans les dé­par­te­ments ru­raux tan­dis que l’Indre-et-Loire et le Loi­ret s’ap­prochent de la moyenne fran­çaise.

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