La qua­dra­ture de la sphère

L'Echo du Berry (Édition de l’Indre) - - Sports - Jean FER­RÉ au­teur de Du­con et consorts et Les Jeux de de­main ? Des jeux de vi­lains (lu­lu.com)

Oups ! La bou­lette ! In­cor­ri­gible PSG ! Il a dé­joué tous les pro­nos­tics. Les book­ma­kers sont dé­pi­tés, ha­gards, in­cré­dules. Alors qu’il n’avait que 3% de chances de réus­sir l’ex­ploit, Pa­ris l’a fait : se faire tondre par les coif­feurs de Man­ches­ter Uni­ted co­tés à 7,75 c 1. Cha­peau les ar­tistes ! Au­cune équipe de­puis trente-huit ans et 337 matchs de Coupe d’Eu­rope n’avait réus­si à se faire jar­ter après avoir ga­gné le match al­ler 2 buts à 0 à l’ex­té­rieur. Après la fa­meuse re­mon­ta­da, Pa­ris in­vente la re­be­lo­ta­da voire la ri­di­cu­la­da. Le PSG a bu le ca­lice jus­qu’à l’hal­la­li. Les pé­tro­dol­lars qa­ta­ris peuvent tout ache­ter en em­bau­chant les stars du mo­ment, en dé­bau­chant les en­traî­neurs qui gagnent ailleurs, en payant des pro­grammes ca­pables de me­su­rer au mètre près le dé­pla­ce­ment des joueurs, leurs pal­pi­ta­tions car­diaques, la vi­tesse du vent au ras de la pe­louse et l’âge du ca­pi­taine ad­verse. Mais tou­jours au­cun lo­gi­ciel pour son­der les âmes et pré­ve­nir les crises de foi. Pas même un ba­nal serre-tête pour blo­quer l’en­flure des bou­lards me­lo­ni­sés. Car, « les sta­tis­tiques sont comme le bi­ki­ni. Ce qu’elles ré­vèlent est sug­ges­tif, ce qu’elles dis­si­mulent est es­sen­tiel. » (Le­ven­stein). Tout s’achète sauf la glo­rieuse in­cer­ti­tude du sport, sauf l’ir­ra­tion­nel d’une ren­contre. Car le foot­ball n’aime pas les cal­culs. Au­cune théo­rie ma­thé­ma­tique ne peut en­vi­sa­ger l’im­pré­vi­sible, même l’illustre loi de Pois­son qui ca­rac­té­rise les évè­ne­ments rares comme une sé­rie de faits im­pro­bables est in­ca­pable de mettre en équa­tions l’in­ima­gi­nable bou­lette d’un joueur dé­sin­volte dès la pre­mière mi­nute de jeu ou la ca­gade ma­gis­trale d’une icône qua­dra­gé­naire. Au­cun sys­tème tac­tique ana­ly­sé, dé­taillé, dé­cor­ti­qué au ta­bleau noir ne ré­sis­te­ra à l’in­vrai­sem­blable dou­blé mi­ra­cu­leux d’un Thu­ram lors de France-Croa­tie 98 car cette loi ne connait pas la re­prise de vo­lée im­pen­sable d’un dé­fen­seur aux pieds car­rés. Le foot­ball n’existe pas, il n’existe que des foot­bal­leurs. Ou quand l’émo­tion trouble la rai­son, la dé­ci­sion, l’ac­tion. C’est là tout le pi­ment du sport : rendre pos­sible l’ir­ra­tion­nel, l’illo­gique, le pa­ra­doxal ou le pa­ra­nor­mal. « Les dieux nous créent bien des sur­prises : l’at­ten­du ne s’ac­com­plit pas, et à l’in­at­ten­du un dieu ouvre la voie », écri­vait Eu­ri­pide. C’est la fa­meuse qua­dra­ture du sport sem­blable à celle du cercle des ma­thé­ma­ti­ciens grecs : comment construire, avec une règle et un com­pas, un car­ré de même aire qu’un cercle don­né ? Im­pos­sible à réa­li­ser si­non à con­naître la ra­cine car­rée de π*. Comme en plus, au foot, il faut mettre une sphère dans un rec­tangle, le pro­blème est in­so­luble pour le PSG. Avec les Pa­ri­gots, c’est en­core pire que pi ! Epi­pa­pu comme on dit en Ber­ry !

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