L'Equipe

Le grand chambardem­ent

Les Trois Jours de La Panne, aujourd’hui, nʼen font plus qu’un, et À Travers la Flandre, qui prend la place de lʼancien triptyque, quatre jours avant le Ronde, est promu du coup «chauffe » officielle du Tour des Flandres.

- PHILIPPE LE GARS

BRUGES (BEL) – L’appellatio­n demeure, « Driedaagse » (les Trois Jours), mais plus par héritage que par logique sportive. Car, aujourd’hui, l’épreuve des Trois Jours de La Panne va se courir sur une seule journée, entre Bruges et La Panne, cette petite station balnéaire d’un autre temps sur la mer du Nord. Ce triptyque atypique, qui faisait partie du paysage du cyclisme flamand depuis 1977 et qui se disputait en quatre étapes (une dans les monts du Tour des Flandres, deux dédiées aux sprinteurs et un contre-lamontre), se déroulera donc aujourd’hui pour la première fois comme une classique d’un jour. Conséquenc­e de grandes manoeuvres entamées il y a plusieurs années.

LA PANNE, EN POSITION DE FAIBLESSE

Le pouvoir du consortium de Flanders Classics a eu gain de cause. Les Trois Jours de La Panne étaient dans son viseur depuis plusieurs années, car cette course n’entrait plus dans sa stratégie générale pour faire «chauffer » le Tour des Flandres, son épreuve phare. Les organisate­urs avaient déjà subi de fortes pressions pour intégrer le Flanders Classics au début des années 2010, mais le patron de la course, Bernard Van de Kerc- khove, ancien Maillot Jaune du Tour de France et équipier de Jacques Anquetil, avait refusé d’être racheté. « C’est non négociable, répétait-il, tant que je serai en vie, les Trois Jours de la Panne ne bougeront pas! » Son décès en 2015 a tout bouleversé. Ses successeur­s n’ont pas pu résister à la pression de Flanders Classics, qui a même obtenu l’aide précieuse de Tom Van Damme, le président de la Fédération belge, également président de la commission route à l’UCI et donc en charge des calendrier­s. Ainsi, pour sauver leur épreuve, ils ont dû accepter un format raccourci (une course féminine aura lieu néanmoins demain) et surtout le fait qu’elle soit avancée d’une semaine, en lieu et place d’À Travers la Flandre.

À TRAVERS LA FLANDRE, EN POSITION DE FORCE

Depuis 2010, Wouter Vandenhaut­e, le patron de Flanders Classics, militait pour que son « bébé » À Travers la Flandre, l’une des premières semi-classiques qu’il avait rachetées et qu’il a déjà réussi à faire passer en World Tour en 2017, prenne place le mercredi précédant le Tour des des Flandres. Son voeu est exaucé. « C’est la meilleure solution pour offrir une véritable classique en milieu de semaine, à quatre jours du Tour des Flandres, argue Van Damme. Les Trois Jours de La Panne n’attiraient plus aucun coureur de renom, tandis qu’À Travers la Flandre aura au départ toutes les équipes du World Tour et tous les favoris du Ronde. » Notons néanmoins que, sur les trois dernières éditions, deux des lauréats de La Panne ont été sacrés dans la foulée au Tour des Flandres (Kristoff en 2015 et Gilbert en 2017). Si Peter Sagan n’a toujours pas confirmé sa participat­ion à À Travers la Flandre, Nairo Quintana et Romain Bardet, eux, viendront, en plus des stars du Ronde, afin de se tester sur les pavés en vue du prochain Tour de France (21 km

e lors de la 9 étape, entre Arras et Roubaix).

HARELBEKE, EN POSITION DE RÉSISTANCE

Lesorganis­ateursduGP­E3d’Harelbeke ont tout fait pour éviter la mésaventur­e de leurs collègues de La Panne. Comme ces derniers, ils sont entrés en résistance contre le pouvoir de Flanders Classics mais, forts de leur assise financière, eux n'ont pas subi de « déclasseme­nt ». En bons négociants flamands, ils ont calculé au plus juste en acceptant cette petite concession, en 2012 : avancer au vendredi leur épreuve qui se tenait habituelle­ment le samedi, afin de laisser une journée de répit avant Gand-Wevelgem, programmé dimanche par le Flanders Classics. En échange, les organisate­urs du GP E3 ont obtenu de l’UCI le label World Tour. Et leur course, depuis, ne s’estjamaisa­ussibienpo­rtée.

 ??  ?? L'Italien Elia Viviani (à gauche) sera la principale tête d'affiche des Trois Jours de La Panne aujourd'hui, en attendant les cadors des classiques flamandes (dont Arnaud Démare, derrière lui, ici lors de Milan-San Remo) à partir de vendredi à Harelbeke.
L'Italien Elia Viviani (à gauche) sera la principale tête d'affiche des Trois Jours de La Panne aujourd'hui, en attendant les cadors des classiques flamandes (dont Arnaud Démare, derrière lui, ici lors de Milan-San Remo) à partir de vendredi à Harelbeke.
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