L'Equipe

Portrait : Paul Gabrillagu­es

Simple et discret, le deuxième-ligne de vingt-quatre ans dénote dans le milieu profession­nel. Après un premier Tournoi réussi, il est en train de se faire une place en équipe de France.

- MAXIME RAULIN (avec JULIETTE MICHENAUD)

Mi-janvier, avant le début du Tournoi, nous avions rencontré Paul Gabrillagu­es (24 ans) autour d’un café à deux pas du stade Jean-Bouin de Paris. À la fin de l’entretien, le deuxième-ligne internatio­nal du Stade Français avait interrogé, un brin d’inquiétude dans la voix : « Il sera comment votre article ? Ce sera un petit truc en bas de page ? » Nous avions souri, puis répondu que, au contraire, il risquait de retrouver sa photo en pleine page. Quand nous l’avons recontacté avant le match au pays de Galles afin de récupérer quelques contacts de proches, Paul Gabrillagu­es a glissé : « Je n’aime pas trop qu’on parle de moi, mais je sais que ça fait partie du jeu. »

« Nature », c’est le premier adjectif employé par Aristide Barraud, qui a passé une semaine en immersion au sein du quinze de France avant le match face à l’Italie (voir le magazine L'Équipe du 10 mars), quand l’ancien ouvreur a évoqué sa rencontre avec « Paulo ». Mais aussi « exemplaire », « fidèle », « gentil », « naturel », autant de qualificat­ifs qui reviennent des différents témoignage­s recueillis. Si nous devions en choisir un seul, qui colle le mieux à la peau de Paul Gabrillagu­es, ce serait « authentiqu­e ». Souvenez-vous, il y a un an, le 13 mars 2017 exactement, le titi parisien, né dans le XIII e arrondisse­ment de Paris, avait été l’un des premiers à mener la fronde contre le projet de fusion entre le Stade Français, son club de coeur, et le Racing 92, l’ennemi juré. « Je ne participer­ai pas à cette mascarade », avait notamment balancé le deuxième-ligne parisien sur son compte Facebook. Lors de sa prolongati­on de contrat en début de saison (il est désormais lié au club de la capitale jusqu’ en 2020), le soldat rose avait avoué« ne passe voir jouer ailleurs ». Il rêve d’une carrière à la Pierre Rabadan, l'ancien capitaine, joueur d’un seul club (quatorze saisons profession­nelles au Stade Français). Nous serions même prêts à parier que si d’aventure le Stade Français était relégué enfin desaison, il resterait, même en Pro D 2. Nous revient aussi à l’esprit ce passage devant la presse après une défaite à domicile face à Montpellie­r (20-26, le 17 avril 2016), les larmes aux yeux, la gorge nouée, presque incapable de s’exprimer. « C'est un émotif, comme tous les joueurs, sauf que lui ne se cache pas derrière des phrases toutes faites, il n'est pas dans le calcul, expliquait son ancien entraîneur Adrien Buononato. Il sort les choses comme elles viennent. C'est quelqu'un qui se livre, sur le terrain et dans la vie. Il vit les événements avec son tempéramen­t, engagé, entier. »

« Sur le terrain, Paul ne s’échappe pas, quand il fait quelque chose, c’est à fond », témoigne José Edo, dirigeant du PUC où le deuxième-ligne, surnommé « Pollux » à l’époque, a démarré le rugby à l’âge de onze ans après des débuts au football au poste de libéro. « Une fois sur le terrain, il ne rigole plus », glisse Stephen Parez-Edo, ancien coéquipier et ami puciste. « Il bataille fort, il a cette volonté de ne rien lâcher, poursuit Jonathan Laugel, internatio­nal à 7 et camarade de classe au lycée Lakanal à Sceaux. Il a toujours cette envie d’être plus fort que l’adversaire. » « Il vaut mieux l'avoir avec vous que contre vous », résume Julien Dupuy, son entraîneur à Paris. Son match face à l’Angleterre en témoigne. Avec dixsept plaquages (zéro raté), il a livré une prestation majuscule, confirmée le weekend dernier au pays de Galles. Des prestation­s solides durant ce Tournoi qu’il est sans doute allé chercher dans la frustratio­n emmagasiné­e de ses deux premières sélections en bleu à l’automne.

,, “C'est un émotif, il n'est pas dans le calcul ADRIEN BUONONATO, SON ANCIEN ENTRAÎNEUR

Titulaire face à la Nouvelle-Zélande pour son baptême du feu, il n’avait pas pu enchaîner contre l’Afrique du Sud une semaine plus tard. Suite à un choc à la tête, et une suspicion de commotion cérébrale après seulement cinq minutes de jeu, il n’avait pas été autorisé à reprendre la partie par le médecin indépendan­t. Tournée terminée. « Je n’avais rien pu montrer, s’est-il agacé à l’évocation de ce souvenir. Tu imagines, pour ma deuxième sélection… On joue depuis cinq minutes et je dois aller en tribunes. J’étais en colère, frustré... » Remplaçant face à l’Irlande et l’Écosse, Paul Gabrillagu­es a démarré contre l’Italie à Marseille, profitant notamment de la mise à l’écart d’Arthur Iturria. Solide et auteur de son premier essai en bleu, il enchaîne face aux Anglais et aux Gallois pour les prestation­s que l’on sait. Des performanc­es qui demandent confirmati­on.

Le Parisien en a parfaiteme­nt conscience, même si certains spécialist­es lui prédisent déjà un long bail en équipe de France. « Quoi qu’il arrive, il faut toujours prouver », estime Gabrillagu­es. Si son implicatio­n dans les zones de combat et l’intensité de ses charges offensives ne sont plus à démontrer, le deuxième-ligne, dont le modèle est le rugueux Canadien Jamie Cudmore, sait qu’il doit diversifie­r son jeu pour progresser. « Je ne dois pas toujours aller péter, reconnaît le Tricolore. C’est ce que je faisais avant. Aujourd’hui, j’essaie de plus faire jouer derrière moi », explique ce besogneux qui n’a besoin de personne pour faire son autocritiq­ue. « Quand je sors d’un match, je sais. Je ne suis pas trop du genre à aller voir l’entraîneur », balance le jeune homme.

De retour en club, Paul Gabrillagu­es va désormais s’ attacher à aider le Stade Français à se maintenir en Top 14. La semaine passée, il ne cachait pas sa colère de rater le derby chez le Racing 92 (défaite 28-22). S’il avait pu, il aurait joué les deux matches. Quand on vous dit que ce garçon est authentiqu­e!

“Quand je sors d'un match, je sais. Je ne suis pas trop ,, du genre à aller voir l'entraîneur

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