L'Equipe

Vettel Moi d ʼ airain

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL FRÉDÉRIC FERRET

MELBOURNE – Les cheveux sont plus courts et la barbe plus longue. Le visage moins poupin. Mais le regard, lui, reste le même. Intraitabl­e. Impitoyabl­e et inébranlab­le. Sebastian Vettel ne doute pas. Et cela se voit. Les années ont passé sur lui. Mais cette mâle assurance qui lui a permis, à vingt- trois ans, de glaner le premier de ses quatre titres mondiaux contre des cadors largement ses aînés ( 1) reste un carburant essentiel dans sa constructi­on quotidienn­e. Qu’importe qu’il soit devenu père ( deux fois) et que sa vie ressemble plus à la morne existence d’un banquier suisse qu’à celle, qu'on imagine bien plus flamboyant­e, d'un pilote de F 1. Ses trophées ne sont toujours pas rangés dans une pièce idoine et certains doivent encore traîner dans sa cuisine. Sa femme ne vient jamais sur les pistes. Et le pilote s’envole pour la riante mais très discrète Helvétie dès que les Grand Prix s’achèvent, sans jamais apparaître dans les journaux.

Mettre fin à la disette

La force de Vettel est justement de se moquer de l’image qu’il renvoie, des commentair­es qui ne cessent de pleuvoir sur sa personne ou son pilotage. Son coup de roue de Bakou, le 25 juin dernier ? Il aura fallu six mois pour qu’il daigne reconnaîtr­e, après ses excuses officielle­s – auxquelles il ne croyait visiblemen­t pas – que ce geste était malheureux et pouvait avoir enta-

ché sa quête d’un cinquième titre. « Bakou fut sans doute la grosse erreur de 2017, analysait- il en fin

d’année. Mais pour le reste, en re

vanche, je crois que c’est O. K. » Il ne peut être tenu pour responsabl­e des casses mécaniques qui, en fin de saison, l'ont fortement pénalisé. Mais quid de l’incident de Singapour ( abandon au départ après un accrochage avec Verstappen, alors qu'il était en pole) ? « On peut toujours faire les choses autrement » , lâchait- il en fin de saison à l’heure du bilan, sans en dire plus.

« Seb est quelqu’un qui a toujours cru qu’il était à part, se souvient l’un de ses anciens ingénieurs. Comme tous les pilotes, il est persuadé d’être le meilleur. Sauf que lui y croit vraiment. Et fait tout pour y arriver. » Lors de sa der-

nière saison chez Red Bull, où son jeune équipier Daniel Ricciardo faisait mieux que lui ( trois victoires à zéro), l’Allemand refusait le doute. « Pourquoi devrais- je me remettre en question ? se défen

dait- il à l’époque. J’ai gagné quatre titres et j’en gagnerai encore. »

Sauf que, depuis 2014, l’Allemand est confronté à la disette. Et commence à crier famine, surtout après sa campagne asiatique désastreus­e qui, l’an dernier, a contribué à son échec ( 2) dans sa quête de couronne. Mais jamais il n’affichera ce doute. On s’interroge sur son choix de partir pour la Scuderia, il balaie d’un geste : « Tout le monde rêverait d’être à ma place. On ne refuse pas de conduire une Ferrari. » On questionne les

performanc­es de sa voiture de l’année, il répète à l’envi l’antienne des débuts de saison : « Attendons Melbourne, c’est là qu’on jugera du

niveau de chacun. » Nous y voilà et l’Allemand n’a pas varié son discours d’un iota. Pas plus que son comporteme­nt que certains, parfois, jugent arrogant. Il s’agit juste de celui d’un champion, certain de son triomphe. Dès cette année ? C’est toute la question.

( 1) En 2010, lors du premier sacre de Vettel, Alonso ( 2e) avait 29ans, Button ( 5e), 30 ans et Webber ( 3e), 34 ans.

( 2) Deux abandons ( Singapour et Suzuka) en trois courses.

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