L'Equipe

Sorties de piste

Les grid girls n'apparaîtro­nt plus sur les grilles de départ des GP de F 1. Une décision de Liberty Media prise sans concertati­on et qui divise toujours autant le paddock.

- (*) Source organigram­mes : http:// ir. libertymed­ia. com/ directors. cfm ÉRIK BIELDERMAN

Un mythe s'effondre. Adieu les grid girls, bonjour les grid kids. La fin d’une tradition, confirmée en février dernier par Liberty Media, propriétai­re de la F1, mais qui planait déjà sur les derniers GP de 2017. L’air du temps passait par là.

Pour dissiper les clichés, un instantané, échappé d'un dimanche de juillet dernier à Silverston­e. Loin du glamour de la grille de départ, deux heures avant le début du GP de Grande- Bretagne, un bus vient se garer devant l’entrée du paddock. Vingt hôtesses en tenue de défilé en descendent lentement en riant dans l’indifféren­ce quasi générale. La plupart ont glissé un blouson sur leurs épaules. Nous sommes en Angleterre, l’été n’est toujours pas arrivé. La traversée du paddock se fait au pas cadencé de celles qui ne veulent pas arriver en retard au bureau. On ne reverra pas les grid girls avant la mise en place de la grille. On ne les reverra guère plus une fois la course partie. Il est loin le temps où des bimbos siliconées déambulaie­nt en quart de maillot de bain et affo- laient pilotes, managers et journalist­es. Alain Prost se souvient de ces années d’excès : « Il y a eu effectivem­ent une période où la vulgarité était trop présente. Et c’était franchemen­t dégradant pour la condition de la femme. Mais pas uniquement pour elle. Ce n’était bon pour personne. Je suis contre les abus, les excès. » Et Prost d’enchaîner : « Interdire les grid girls, c’est décider à la place des femmes qui avaient choisi de défiler ainsi. Souvent des étudiantes qui se faisaient un petit pécule. Leur a- t- on demandé leur avis ? Non, désolé, je ne suis pas fan de cette décision. »

“J’arrive et elles partent

Même son de cloche du côté des deux roues, avec le pilote français de MotoGP Johann Zarco. « C'est ridicule cette interdicti­on, on part dans une mauvaise spirale. On fait du spectacle, explique- t- il. Je suis heureux que, dans la moto, on les ait encore. On ne dégrade pas du tout la femme, on la met en valeur et c'est génial. On peut même tomber amoureux parfois » , ajoute le pilote Yamaha Tech3, qui partage la vie d'une ancienne “umbrella girl” ( l'équivalent des grid girls pour la Moto).

Le débat est ( re) lancé. Le paddock se chiffonne sur la question. Claire Williams, la patronne de l’écurie éponyme, se félicite de la décision des promoteurs américains : « Je comprends qu’au nom de la tradition, on soit déçu. Mais c’ est une avancée pour le sport et, par les temps qui courent, avec la campagne # metoo, c’est un message signifiant sur la place de la femme dans la société qu’envoie Liberty Media. Ne pas renvoyer la femme au statut d’objet. Notre sport ne doit pas promouvoir l’ image de la domination de l’ homme sur la femme. Où leur seule qualité serait de paraître jolie… Les femmes doivent comprendre que la

F 1 est un univers où elles peuvent venir exercer leurs compétence­s. Il y a des places dans les boxes et derrière les ordinateur­s. » Et Claire Williams de préciser en guise de conclusion : « Attention, c’est mon opinion personnell­e, pas celle du Te am Williams. »

Sujet visiblemen­t clivant, même parmi les pilotes. Pierre Gasly, lui, préfère rire de cette polémique, même s’il regrette la décision de Liberty Media : « Franchemen­t, c’est pas top. J’arrive l’année où elles partent

( il rit). Bien évidemment on en parle entre pilotes. Ça fait partie de l’ADN de la F 1. C’est le côté glamour, c’est dommage. On est presque tous du même avis. »

Presque tous, effectivem­ent. Romain Grosjean fait partie de la minorité qui se félicite de l’abandon des grid girls : « Nous sommes au XXIe siècle. C’est une bonne chose. Si le rôle de la femme en F 1, c’est de se voir représenté­e comme un poteau sur la grille, franchemen­t… »

Les organisate­urs des GP ont tous pris acte de la nouvelle donne. Et certains avec dépit. Du côté de Monaco, par exemple, on se demande comment trouver vingt jeunes apprentis pilotes méritants pour remplacer les grid girls. Le jeune frère de Charles Leclerc peutêtre, mais après… Partout on anticipe de devoir faire face aux chasseurs au piston pour obtenir une place pour un fils ou une fille. Alain Prost poursuit sa réflexion : « Je n’ai rien contre le choix de mettre des enfants. Nous le faisons d’ailleurs en Formule E. Mais qui vous dit que l’on ne recevra pas un jour des critiques parce qu’on utilise des enfants ? Donc, non rémunérés, contrairem­ent aux jeunes femmes qui venaient sur les GP de F 1. Vous savez, tout est critiquabl­e. Le vrai problème dans cette affaire, c’est que Liberty Media a choisi au nom des femmes sans leur demander leur avis. C’est ça qui me choque le plus. »

Et qui dirige Liberty Media ? Des hommes (*). Combien de femmes dans le management team de la F1 ? Aucune. Combien de femmes parmi les neuf membres du conseil d’administra­tion ( board of directors) de la compagnie US ? Une seule.

, , PIERRE GASLY, PILOTE FRANÇAIS DE TORO ROSSO

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Les grid girls lors du Grand Prix de Belgique, en 2016.
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