L'Equipe

Non mais halo quoi !

Le nouveau système de protection des pilotes n’est pas qu’un souci esthétique. Il pose aussi beaucoup de problèmes. Aux équipes et aux pilotes.

- FRÉDÉRIC FERRET

MELBOURNE ( AUS) – C’est gros, c’est moche. Mais surtout, c’est lourd. Ça, c’est lemachin en titane qui, désormais, couvre les cockpits des Formule 1, réglementa­tion FIA oblige. Même le président de la Fédération internatio­nale a été contraint de venir défendre ce « halo » ( auréole en anglais), cet objet disgracieu­x. Face à Toto Wolff, qui rêve de découper ce nouvel appendice « à la tronçonneu­se » , Jean Todt a défendu son bien, même si l’ingénieur qui l’a veillé depuis ses débuts, Laurent Mekies, vient d’être subtilisé par Ferrari. « Ces propos sont enfantins, insiste le président de la FIA. On ne plaisante pas avec la sécurité. » Avant d’ajouter, avec lucidité : « Mais si nous trouvons quelque chose de mieux, nous le ferons. Et j’en suis convaincu. »

Reste que le halo, créé pour protéger de gros débris éventuels, dérange. Pour au moins trois raisons.

PARCE QUE C’EST VILAIN

Certaines écuries ont décidé d’atténuer sa nuisance visuelle, par d’habiles peintures. D’autres s’en contrefich­ent et, d’un noir très apparent, laissent l’objet défigurer la pureté des lignes de leur monoplace. Il reste que le halo gêne le spectateur. McLaren, habilement, a décidé de se faire sponsorise­r par une marque de tongs londonienn­e à cet endroit précis. Et son pilote vedette, Fernando Alonso, pousse pour que cette structure métallique soit peinte aux couleurs des casques des pilotes. « Ce halo pourrait devenir un moyen de rendre l’identifica­tion des pilotes plus visible, analysait l’Espagnol lors des essais hivernaux. Nous devons vivre avec. Autant que cela serve. Et pas que pour la sécurité. »

PARCE QUE C’EST LOURD

Pour les équipes, le halo a causé bien d’autres problèmes, beaucoup plus essentiels, que nuire à la beauté de la voiture. À Barcelone, le directeur technique de la modeste Force India chiffrait même au million de dollars le surcoût de cet appendice. « Nous avons dû re- faire le châssis, expliquait Andrew Green lors des premiers essais. Et nous n’avions pas anticipé cette complicati­on, d’autant que la décision de l’incorporer à la voiture 2018 est intervenue tardivemen­t. »

Mais comment expliquer qu’un modeste ajout, dont le poids ne dépasse pas sept kilos ( sur une voiture qui en pèse plus de 700 [*]), bouleverse autant des équipes habituées à la complexité de la Formule 1 ? « Il ne faut pas négliger que le poids réglementa­ire n’a été augmenté que de cinq kilos, souligne Pierre Waché, le nouveau directeur technique de Red Bull. Il y a donc déjà deux kilos que nous perdons pour la voiture. Sans compter la fixation nécessaire à cet appendice. »

Car, pour être une protection efficace, la FIA a imposé des règles très strictes qui ont bouleversé l’équilibre naturel de la monoplace.

« Le halo doit être capable de supporter le poids d’un bus à impériale » , décrivait avec humour James Allison, le directeur technique de Mercedes, lors du lancement de la W09 à Silverston­e. L’image peut faire sourire, mais elle permet de mieux comprendre comment les ingénieurs ont dû renforcer l’ancrage du halo sur la coque. Car le bus londonien aff i che t out de même huit tonnes à la pesée.

Renforcer le châssis provoque une élévation du centre de gravité de la monoplace. « La voiture est plus lourde, mais sur t out plus haute, remarque James Key, le directeur technique de Toro Rosso.

Cela complique tout le fonctionne­ment de la monoplace, dont le principe est de “coller” le plus possible au sol. » La répartitio­n des poids, et des éventuels ballasts, a donc été sérieuseme­nt revue.

PARCE QUE C’EST GÊNANT

Tout ce travail aéro nécessaire, que ce soit sur le halo lui- même, que certaines équipes ont déjà équipé de petits appendices ( ailettes ou picots), ou sur la monoplace, a rendu l’installati­on du pilo t e encore pl us déli cate. Ce dernier, finalement, souffre moins d’un manque de visibilité, auquel il s’est très vite habitué, que d’un déficit de place pour s’installer. « Ce n’est vraiment pas facile de s’as- seoir, rappelait Pierre Gasly, qui a laissé quelques morceaux de sa combinaiso­n sur le halo en s’y installant les premiers jours à Barcelone. Il faut faire attention à toutes ces petites pièces fragiles qui entourent les pontons pour ne pas les endommager. » C’est gros, c’est mo- che. Mais, finalement, tout le monde s’en fout. Le problème est ailleurs. À un endroit que personne n’avait soupçonné avant que Carlos Sainz s’en aperçoive, lors de la première pluie espagnole. « Les gouttes n’arrivaient pas sur ma visière, remarquait l’Espa- gnol. La structure me protégeait. Il faut alors deviner que la piste devient glissante. Cela peut être un souci. » Un de plus pour le halo qui n’ a pas encore gagné son auréole.

[*] 733 kilos, pilote compris.

Le halo, qui fait son apparition sur les monoplaces cette saison, va demander un certain temps d'adaptation aux pilotes.

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