L'Equipe

Le chant du Coq

À partir du 1er juillet prochain, Le Coq sportif succédera à Adidas comme équipement­ier des Tricolores. Pour un gain financier qui comporte des risques.

- F. Be et R. B.

La FFR et Majorelle ont mis fin à leur collaborat­ion entamée en mars 2017. Cette agence de relations presse et publique, spécialisé­e dans les situations de crise, avait été contactée pour accompagne­r la communicat­ion de la Fédération et de Bernard Laporte. Elle a beaucoup oeuvré durant la campagne de la France pour l'organisati­on de la Coupe du monde 2023, pour aider Laporte dans la tourmente de l'affaire de la commission d'appel et pour organiser le plan média lors de la nomination de Jacques Brunel. Selon nos informatio­ns, le coût initial de la collaborat­ion, en mars et avril 2017, était de 18 000 euros mensuels. Bernard Laporte, ex- secrétaire d’État de Sarkozy, qui verse dans le « montebourg­isme » . Celle- là non plus, on ne l’avait pas vue venir. Du côté de la Fédération française de rugby, en tout cas, on s’est très vite félicités d’avoir signé, à compter du 1er juillet, un nouvel équipement­ier adepte du « made in France » , dont une partie de la production se fait sur le territoire hexagonal. On se vantait surtout d’avoir signé un contrat plus intéressan­t avec Le Coq sportif qu’avec Adidas après avoir retoqué un premier appel d’offres par des méthodes disons… un peu cavalières.

Petit récapitula­tif des épisodes précédents : la marque aux trois bandes arrivant en fin de contrat a u mois d e j ui n 2 0 1 8 , l a FFR lance, au mois de septembre 2016, sa consultati­on équipement­ier, comme il est d’usage pour des questions de délais de fabricatio­n. Le président de l’époque, Pierre Camou, annonce au préalable que la validation du nouveau tailleur des Bleus en compétitio­n est de la responsabi­lité des dirigeants fraîchemen­t élus après le scrutin du 3 décembre 2016.

Ce jour- là, Bernard Laporte prend Marcoussis et ses équipes se plongent avec gourmandis­e dans les méandres des contrats de sponsoring. Ils découvrent alors qu’Adidas est candidat unique. En raison d’un contexte politique détestable, du déclin des résultats sportifs et d’une image du rugby écornée, le siège français a même eu du mal à convaincre la maison mère en Allemagne de se reposition­ner. La griffe germanique fait finalement une première propositio­n, légèrement dévaluée par rapport au contrat précédent. Le plus ironique est que, sur cette même période, Le Coq sportif a carrément répondu par mail qu’il n'est pas intéressé par la tunique du quinze de France.

Au mois de février 2017, l’appel d’offres est déclaré infructueu­x et l’entourage de Laporte fait entrer Le Coq sportif, qui avait habillé lesBleus dans les années 1970 et 1980, dans la danse. À la surprise générale, l'équipement­ier transalpin Macron place aussi un pion. Cette décision contraint Adidas à revoir sa copie. Sur le coup, la stratégie se justifie, mais la suite est un peu plus nébuleuse. À l’ouverture des enveloppes, les Italiens sont éliminés d’emblée et Adidas a rendu un projet amélioré. En revanche, Le Coq sportif, qui avait boudé le premier tour cinq mois auparavant, casse sa tirelire. Il offre 3,7 millions d’euros

AVEC MAJORELLE, C'EST FINI !

Le Coq sportif génère un chiffre d'affaires très faible, 110 millions d'euros par an

de cash. C’est 700 000 euros de mieux qu’Adidas. Il aligne aussi 300 000 euros de minimum garanti sur les produits dérivés, exactement le même montant que son concurrent, une curieuse coïncidenc­e. Sur un aspect purement économique, le choix de la marque française apparaît logique et il faut applaudir la plus- value. Mais ce positionne­ment comporte de véritables risques, notamment au regard de la solidité financière d’une entreprise qui génère un chiffre d’affaires très faible ( environ 110 millions d’euros par an), en comparaiso­n de la firme germanique ( plus de 20 milliards en 2017). La marque au gallinacé a donc investi 4 millions d’euros sur la FFR avant même l’activation du partenaria­t, qui fera grimper la facture et alors qu’elle perdait encore de l’argent l’année dernière. Le danger financier se matérialis­e d’ailleurs par la garantie bancaire obtenue par la Fédé qui n’a pas dépassé les 50 % du montant du contrat.

Enfin, la FFR a justifié son choix du Coq sportif par la manne versée au rugby amateur. Un bonus de 1,9 million d’euros par saison pour les clubs annoncé dans un tweet triomphal, le 6 juin 2017. Un joli coup de communicat­ion politique, puisqu’il s’agit, dans les faits, d’une ristourne de 1 000 euros faite à tout club qui commandera­it une tenue complète ( maillots, shorts, bas) à l’équipement­ier officiel des Bleus. Un bon deal de supermarch­é.

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 ??  ?? Le Coq sportif avait déjà habillé les Bleus dans les années 1980. Ici, Jean- Pierre Rives, le 6 février 1982, à l'Arms Park de Cardiff.
Le Coq sportif avait déjà habillé les Bleus dans les années 1980. Ici, Jean- Pierre Rives, le 6 février 1982, à l'Arms Park de Cardiff.

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