Ré­gis Sonnes Irish spi­rit

Ve­nu se res­sour­cer pen­dant deux ans au coeur du rugby de ter­roir ir­lan­dais, l’en­traî­neur tou­lou­sain a été mar­qué par l’iden­ti­fi­ca­tion d’un style de jeu à une ré­gion. Et les ri­va­li­tés qui en dé­coulent.

L'Équipe - - RUGBY - FRÉ­DÉ­RIC BERNÈS

Sur notre té­lé­phone, le der­nier mes­sage d’Ir­lande que nous avait en­voyé Ré­gis Sonnes reste tou­jours aus­si amu­sant. La vi­déo dure une tren­taine de se­condes et montre des sup­por­ters de la Gram­mar School de Ban­don, l’école de la pro­vince du Muns­ter où l’ac­tuel en­traî­neur du Stade Tou­lou­sain a of­fi­cié deux sai­sons, entre2016 et2018. C’est le jour du der­nier match de A Cup et le mi­ni­kop, pos­té au som­met d’un ta­lus au bord du ter­rain, tient une ban­de­role faite de sou­tifs. Et ils chantent ce­ci : « Ohhhhhhh Ré­gis Sonnes est ma­gique/ Il porte la cas­quette ma­gique/ Il au­rait pu al­ler à PBC/ Mais il a dit fuck à ça. » Ce sym­pa­thique re­frain né­ces­site quelques ex­pli­ca­tions. La cas­quette ma­gique, c’est le fa­meux bé­ret dont on se de­mande si Sonnes ne dort pas avec. PBC, c’est le Pre­sen­ta­tion Bro­thers Col­lege, le ba­hut « bé­cé­bé­gé » de Cork où sont pas­sés Ro­nan O’Ga­ra et Pe­ter O’Ma­ho­ny. Sonnes, lui, a choi­si le camp d’en face. « En Ir­lande, la ri­va­li­té très connue, c’est celle entre le Muns­ter, les pay­sans, et le Leins­ter, les gens de la ca­pi­tale. Moi, je suis Muns­ter. Mais d’abord West Cork. Ce qui existe au ni­veau du pays se re­pro­duit à pe­tite échelle : moi, j’étais à Ban­don, pe­tit vil­lage ru­ral, et le ri­val, c’était PBC, le gros col­lège de la ci­ty. Étant gas­con, pe­tit- fils de ma­qui­gnon, je me suis re­trou­vé dans les gens de Ban­don. Ça m’a tout de suite par­lé. Dans la ré­gion où j’étais, tu as beau dé­tes­ter les mecs du col­lège d’à cô­té, sur­tout si c’est PBC, dans la vie de tous les jours, tout le monde porte le même maillot, ce­lui du Muns­ter. Il y a une ap­par­te­nance ex­trê­me­ment forte. » À l’époque, Ré­gis Sonnes au­rait bien vou­lu as­sis­ter de près à quelques séances d’en­traî­ne­ment du Muns­ter. En­traî­neur d’un pe­tit club du coin, à Ban­don, prof de rugby à Gram­mar, il au­rait sû­re­ment été ac­cueilli à bras ou­verts par le ma­na­ger sud- afri­cain Ras­sie Eras­mus. Pa­ta­tras, une ru­meur en­voyant Sonnes dans le staff du Muns­ter, mal­en­con­treu­se­ment lan­cée par un jour­na­liste, a ren­du ce pro­jet in­en­vi­sa­geable. Même si l’im­mer­sion ne put être to­tale, elle a mar­qué l’an­cien troi­siè­me­ligne, comme son aven­ture es­pa­gnole l’avait conver­ti quelques an­nées au­pa­ra­vant. « Quand j’étais en Es­pagne ( il di­ri­gea la sé­lec­tion de 2010 à 2012), j’ai re­pris goût au foot parce qu’à Ma­drid tu es en­va­hi par ça. On al­lait voir les match es dans les bars, on était au cou­rant de tout. À la mai­son, les en­fants fai­saient des blagues sur Mou­rin­ho ( alors en­traî­neur du Real Ma­drid) avec les mi­miques de Mou­rin­ho. En Ir­lande, j’ai aus­si été im­pré­gné par la force d’une autre cul­ture. Au­jourd’hui, sauf si c’est la France en face, je suis pour l’Ir­lande. »

En Ir­lande, Sonnes a d’abord été pris par sur­prise. « En ar­ri­vant là- bas, je pen­sais que le rugby était le sport ma­jeur. Mais à Ban­don, c’est le troi­sième, der­rière le GAA

( les sports gaé­liques) et le foot. J’ai dé­cou­vert la puis­sance ex­tra­or­di­naire du football gaé­lique et du hur­ling, en tout cas dans leWe st Cork. Ça in­fluence le rugby parce que la ma­jo­ri­té des meilleurs ath­lètes at­ter­rissent au GAA. Et comme tout le monde passe par les sports gaé­liques, on com­prend l’im­por­tance chez eux du jeu au pied, des luttes aé­riennes… »

Sur la touche, l’homme à la cas­quette ma­gique a dû par­fois se de­man­der pour­quoi tous les pa­rents hur­laient « good kick ! good kick ! » alors que ce coup de ta­tane in­tem­pes­tif ve­nait de flin­guer un trois contre un. Il a es­sayé de leur mon­trer une autre voie, en fai­sant bien at­ten­tion de ne pas re­nier cet hé­ri­tage cultu­rel. À Ban­don, Sonnes a cou­ché par écrit un pro­jet de jeu ap­pe­lé « rugby- GAA » , « qui, dans mon es­prit, col­lait à l’iden­ti­té de la ré­gion. En Ir­lande, cha­cune des quatre pro­vinces pos­sède un style iden­ti­fié. Que tu voies jouer les vieux le di­manche ma­tin, les filles, les mi­nimes, tout le monde joue pa­reil. Le Leins­ter, c’est des mou­ve­ments lé­chés, du jeu au pied tac­tique. Le Muns­ter, c’est le tra­vail des avants, un jeu plus di­rect » . Il ne fau­drait pas s’éton­ner si, un de ces jours, Sonnes ouvre une sec­tion foot gaé­lique au Stade Tou­lou­sain. « J’adore ce sport! Pour moi, c’est un des plus beaux sports pour le dé­ve­lop­pe­ment des jeunes. Je ne com­prends pas pour­quoi il n’y en a pas ailleurs qu’en Ir­lande (*). Tu es tout le temps en mou­ve­ment, l’es­pace est énorme ( ter­rain de 145 mètres sur 90), tu peux drib­bler, faire des passes comme au rugby, des passes au sol comme au foot… Il y a un vrai as­pect tac­tique aus­si. Les gosses, il faut qu’ils jouent à ça! »

Avant de par­tir à Tou­louse, Sonnes au­ra ame­né la Gram­mar School là où elle n’était ja­mais al­lée, en de­mi- fi­nales de la Ju­nior Cup ( moins de 16 ans). « Cette sai­son, ce même groupe est re­tour­né en de­mi­fi­nales, cette fois de la Se­nior Cup ( moins de 18 ans), ex­plique- t- il. Ils ont per­du, en en­cais­sant un es­sai à la der­nière mi­nute. En plus, c’était contre PBC. » Hor­reur, mal­heur. « Dès les quarts de fi­nale, les matches de la Ju­nior ou Se­nior Cup sont té­lé­vi­sés, pour­suit Sonnes. L’ en­goue­ment est énorme. Il y a plein d’ar­ticles dans la presse, le scou­tisme du Muns­ter, toute ton école qui se dé­place, avec les amis, les co­pines… Ça, émo­tion­nel­le­ment, c’est violent. Dès quin­ze­seize ans, ils s’ha­bi­tuent à ces étapes, à cette pres­sion. Comme ça, les lea­ders sont vite iden­ti­fiés. Tout est pré­pa­ré pour dé­ve­lop­per le joueur très tôt et op­ti­mi­ser au maxi­mum le peu de joueurs qu’ils ont. À l’école aus­si, on res­pon­sa­bi­lise beau­coup les jeunes. » Au­jourd’hui, un car d’Ir­lan­dais en pro­ve­nance de Ban­don pour­rait ral­lier Du­blin, comme il y a trois mois lors du match re­tour de la phase de poules. Soyez sûrs qu’ils ne sou­hai­te­ront pas une vic­toire du Leins­ter.

“Au­jourd’hui, sauf si c’est , , la France en face, je suis pour l’Ir­lande

“J’adore le foot gaé­lique […] , , Les gosses, il faut qu’ils jouent à ça !

(*) Il existe un Cham­pion­nat de France de football gaé­lique, hommes et femmes.

Ré­gis Sonnes a of­fi­cié deux ans comme en­traî­neur de rugby à la Gram­mar Ban­don School, au sud de l’Ir­lande. Une ex­pé­rience cultu­relle et spor­tive qui l’a trans­for­mé du­ra­ble­ment.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.