Ogier sous contrôle tech­nique

Ci­troën a mis en place un sui­vi phy­sique et men­tal poussé entre le cham­pion du monde et le pré­pa­ra­teur avec le­quel il tra­vaille de­puis ses dé­buts en ral­lye.

L'Equipe - - AUTOMOBI LE - JÉ­RÔME BOURRET

Sé­bas­tien Ogier est une ma­chine à ga­gner. Un corps d’ath­lète et une âme de guer­rier qu’il a fallu cons­truire, puis en­tre­te­nir au fil des an­nées et des suc­cès. Dé­jà bien ser­vi par son pas­sé de spor­tif mul­ti­dis­ci­pline ( foot­ball, boule lyon­naise, ski) et par un tem­pé­ra­ment de ga­gneur in­né, le Ga­pen­çais a en­suite fa­çon­né son corps et son es­prit au contact de Xa­vier Feuillée, ren­con­tré par le biais de la for­mule de dé­tec­tion fédérale Ral­lye Jeunes, qu’Ogier a rem­por­tée en 2005.

D’une tren­taine de jours par an au dé­but de sa car­rière, les stages de pré­pa­ra­tion du pi­lote dans les lo­caux de la struc­ture 321 Per­form, ba­sée à Font- Ro­meu ( Py­ré­nées- Orien­tales) sont tom­bés à trois jours l’an der­nier, pour la der­nière sai­son d’Ogier chez M- Sport. « J’ai pri­vi­lé­gié ma vie de fa­mille mais je n’ai pas non plus aban­don­né tout ce tra­vail. Ma chance est d’avoir créé une très bonne base et l’en­tre­te­nir suf­fit pour me per­mettre de gar­der mon ni­veau » , ob­serve Ogier, qui se plie tous les deux jours à des séances de car­dio ( vé­lo) et de ren­for­ce­ment mus­cu­laire chez lui, en Suisse, avec l’aide d’un an­cien ath­lète al­le­mand.

Heu­reux ha­sard, en si­gnant chez Ci­troën, Sé­bas­tien Ogier re­trouve sur toutes les manches du WRC l’en­ca­dre­ment de Xa­vier Feuillée, ou de l’un des membres de son équipe, qui chou­choute les pi­lotes de la marque fran­çaise de­puis mi- 2018. « Ça m’in­té­res­sait de dé­cou­vrir Xa­vier en “mode course”, de l’avoir avec moi sur les ral­lyes » , note le sex­tuple cham­pion du monde. « Les deux fonc­tions n’ont rien à voir, pré­cise Feuillée. Au centre, on fait un tra­vail de dé­ve­lop­pe­ment et de construc­tion men­tale, phy­sique, nu­tri­tive, mé­di­cale, cog­ni­tive et autres. On construit chez l’ath­lète des qua­li­tés qui vont en­gen­drer de la per­for­mance, alors que, sur une course, on fait en sorte que l’en­semble de ces qua­li­tés puissent fonc­tion­ner en­semble et s’ex­pri­mer da­van­tage en ef­fec­tuant les der­niers ré­glages en termes de pic de forme. C’est de l’op­ti­mi­sa­tion de po­ten­tiel. »

Les équi­pages Ci­troën bé­né­fi­cient ain­si d’un sui­vi per­son­na­li­sé et poin­tu pour gé­rer les contrainte­s d’un sport où la di­ver­si­té des condi­tions est de mise, avec d’énormes va­ria­tions de tem­pé­ra­tures, d’al­ti­tudes, de plages ho­raires et de contrainte­s phy­siques d’un ral­lye à l’autre. Des spé­ci­fi­ci­tés que Xa­vier Feuillée a ap­pris à cer­ner, com­prendre et com­battre sur le ter­rain de­puis le dé­but de la sai­son en jan­vier, au Mon­teCar­lo. « Au Mexique, où les spé­ciales se dis­putent à plus de 2 000 mètres d’al­ti­tude, les équi­pages perdent entre 12 et 15 % de leur VO2 max, dé­taille- t- il. Même s’ils ne vont ja­mais dans cette zone car l’effort n’est pas aus­si violent que pour la boxe ou l’ath­lé­tisme, il leur faut plus de temps pour ré­cu­pé­rer donc il faut sur­veiller leur ni­veau d’hy­dra­ta­tion. »

Autre obs­tacle à la per­for­mance à sur­mon­ter plu­sieurs fois dans la sai­son: le dé­ca­lage ho­raire. « Il peut en­traî­ner jus­qu’à 40 % de ré­gres­sion sur les fonc­tions cog­ni­tives ( perte de vi­gi­lance, moins bonne mé­moire), donc c’est un point à trai­ter. » Afin de se ca­ler à l’ho­raire du Mexique, les équi­pages Ci­troën por­taient plu­sieurs fois par jour des lu­nettes spé­ciales per­met­tant de ré­ajus­ter leur hor­loge bio­lo­gique, et leur ni­veau d’hy­dra­ta­tion était sui­vi de près, avec ap­port de sels mi­né­raux.

Au pe­tit ma­tin, juste avant le pe­tit dé­jeu­ner, les pi­lotes se rendent dans la chambre du pré­pa­ra­teur pour ef­fec­tuer di­vers exer­cices d’éveil mus­cu­laire et men­tal, à base d’élas­tiques ou de balles, afin de mettre en route la ma­chine. « Ils im­pactent le sys­tème sym­pa­thique, c’est- à- dire tout ce qui est éveil, to­nus, vi­gi­lance. Ces pe­tits jeux visent à mettre le ni­veau plus fort d’en­trée » , dé­taille Xa­vier Feuillée, qui compte no­tam­ment le pi­lote de ré­serve Mer­cedes F 1 Es­te­ban Ocon par­mi ses quatre- vingt- sept ath­lètes sous contrat.

Du­rant toute la se­maine de ral­lye et en co­opé­ra­tion avec les cui­si­niers de Ci­troën, l’ali­men­ta­tion est évi­dem­ment ciblée afin d’amé­lio­rer la per­for­mance. Avec me­sures ré­gu­lières du taux d’in­su­line pour contrô­ler et ajus­ter. « J’avais ten­dance à axer mon ali­men­ta­tion sur les lé­gumes pour ne pas prendre de poids, mais Xa­vier m’a fait cor­ri­ger ce­la pour prendre da­van­tage de pro­téines et de sucres lents afin d’ain­si évi­ter le coup de barre » , té­moigne Ju­lien In­gras­sia, le co­pi­lote d’Ogier.

Même si le ti­ming d’un ral­lye offre beau­coup moins d’op­por­tu­ni­tés pour échan­ger de ma­nière ap­pro­fon­die, et si les condi­tions de tra­vail sont par­fois très som­maires, chaque t emps mort est uti l i sé à bon es­cient pour pré­pa­rer le corps à l’effort sui­vant. Car, sur le plan men­tal, Ogier n’a pas be­soin de grand monde. « Seb est su­per au­to­nome sur la ma­nière de gé­rer la pres­sion, as­sure le pré­pa­ra­teur. Il a les techniques et il sait s’en ser­vir. C’est un très bon joueur, qui ne sup­por­te­rait pas de ga­gner en de­hors de la règle, mais éga­le­ment un très mau­vais per­dant, donc il ré­agit dès que c’est né­ces­saire. Il a aus­si dé­ve­lop­pé, au fil des ans, une ai­sance à prendre du re­cul, et c’est une très bonne chose. »

Ogier, lui, se ra­vit de l’élar­gis­se­ment de cette col­la­bo­ra­tion que lui offre son re­tour chez Ci­troën : « Je me sens bien en­tou­ré, je n’ai ja­mais bé­né­fi­cié d’un tel ni­veau d’at­ten­tion sur les courses. C’est dif­fi­cile de sa­voir ce que ce­la m’ap­porte sur le plan de la per­for­mance, mais la com­pé­ti­tion est si ser­rée en ce mo­ment que chaque dé­tail peut faire la dif­fé­rence. » Avec seule­ment deux points d’avance sur Ott Tä­nak au Cham­pion­nat, Ogier a en ef­fet in­té­rêt à ne rien né­gli­ger.

“Dif­fi­cile de sa­voir ce que ce­la m’ap­porte sur le plan de la per­for­mance, mais la com­pé­ti­tion est , , si ser­rée que chaque dé­tail peut faire la dif­fé­rence SÉ­BAS­TIEN OGIER

Exer­cices de ré­veil mus­cu­laire au pe­tit ma­tin pour Sé­bas­tien Ogier, sous la hou­lette de son pré­pa­ra­teur Xa­vier Feuillée, avant le Ral­lye du Portugal, le 30 mai.

Le pi­lote Ci­troën ai­guise ses ré­flexes en vue des spé­ciales par de simples jeux de balles.

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