À DEUX PAS DE L’EU­RO

l'equipe de France pe­tit em­po­cher sa qua­li­fi­ca­tion pour l'Eu­ro a [is­sue des deux pro­chains matches, ce soir en ls­lande et lun­di face a la Tur­quie.

L'Équipe - - LA UNE - VINCENT DULUC

REYK­JA­VIK – La ma­ti­née sous le so­leil, la fin d’après- mi­di sous le vent et la neige à deux pas : comme dans le foot­ball, tout va très vite à Reyk­ja­vik. En s’ap­pro­chant d’un froid po­laire plu­tôt que de l’été in­dien, l’équipe de France s’est sou­ve­nue, hier soir, en s’en­traî­nant em­mi­tou­flée, de tout ce qu’il fal­lait com­battre dans ces qua­li­fi­ca­tions qui éloignent les stars du jeu de leur ha­bi­tat na­tu­rel. Mais s’il s’agis­sait seule­ment de s’adap­ter à une mé­téo sans ty­phon et à un stade comme à Cré­teil, tout irait bien. Car les Bleus, en Is­lande, vont d’abord de­voir com­battre l’es­poir im­mense de l’un des plus pe­tits pays du foot­ball ( 340000 ha­bi­tants), un pays qui doit ga­gner pour ac­cé­der à son rêve d’une troi­sième grande com­pé­ti­tion d’af­fi­lée, un pays qui n’a ja­mais bat­tu l’équipe de France, mais qui songe que le mo­ment se­rait mer­veilleu­se­ment choi­si.

Dans un par­cours qua­li­fi­ca­tif re­mar­qua­ble­ment ra­mas­sé de mars à no­vembre, comme un an­ti­dote aux lan­gueurs des sai­sons in­ter­na­tio­nales, les jours qui s’avancent peuvent per­mettre aux Bleus de faire un tour d’hon­neur sans at­tendre le mois pro­chain. L’en­chaî­ne­ment des deux matches face aux autres can­di­dats aux deux­places qua­li­fi­ca­tives, l’Is­lande ce soir, puis la Tur­quie lun­di, au Stade de France, est l’ op­por­tu­ni­té de tout plier ra­pi­de­ment. Re­pous­ser l’ af­faire en no­vembre se­rait consi­dé­ré comme une ses­sion de rat­tra­page, et on ne parle même pas d’un bar­rage à quatre de Ligue des na­tions, en mars, pour ar­ra­cher un der­nier sé­same: ce ne se­rait pas un ho­ri­zon conve­nable pour une équipe cham­pionne du monde.

Ce ma­tin, avant même de ti­rer le ri­deau pour scru­ter le ciel de Reyk­ja­vik, tout est clair : si les Bleus battent l’Is­lande puis la Tur­quie, ils se­ront qua­li­fiés pour l’Eu­ro 2020, dès lun­di soir, un peu avant 22 h 45 (*). Ils joue­raient alors pour rien en no­vembre et, fran­che­ment, per­sonne ne leur en vou­drait.

Le drôle de sou­ve­nir de 1998

Alors que l’ équipe de France n’avait pas été au ni­veau, ni dans le jeu, ni dans l’en­ga­ge­ment, en Tur­quie ( 0- 2), en j uin, elle ne pour­ra pas se per­mettre, ce soir, de ne pas ré­pondre dans le com­bat im­po­sé par les Is­lan­dais, leur bloc bas, leurs tran­si­tions ra­pides, leur force sur les coups de pied ar­rê­tés. Parce qu’elle a dé­jà à gé­rer des ab­sences qui l’af­fai­blissent, ob­jec­ti­ve­ment. Pour en me­su­rer le poids et fixer les idées, il suf­fit, au fond, d’ou­vrir ce dé­bat : l’équipe de France se­rait- elle de­ve­nue cham­pionne du monde sans Llo­ris, Pog­ba ni Mbap­pé?

Bien sûr, ga­gner en Is­lande ne re­pré­sente pas exac­te­ment la même dif­fi­cul­té ni le même ac­com­plis­se­ment qu’un titre mon­dial. Mais d’autres cham­pions du monde, lors de la der­nière vi­site bleue, en 1998 ( 1- 1), avaient souf­fert face à des Is­lan­dais bien moins com­pé­ti­tifs qu’au­jourd’hui. C’était un soir où Ro­ger Le­merre avait joyeu­se­ment dé­ci­dé de pas­ser de trois ré­cu­pé­ra­teurs à un seul, ce que Di­dier Des­champs n’a sû­re­ment pas ou­blié, un soir où Thier­ry Hen­ry avait ef­fec­tué sa der­nière ap­pa­ri­tion chez les grands avant dix- huit mois, un soir, en­fin, où l’Is­lande avait été fâ­chée par les rires bleus par­tis de Fa­bien Bar­thez et Bixente Li­za­ra­zu pen­dant une Mar­seillaise mas­sa­crée en yaourt par un couple de ba­ry­tons qui étaient peu­têtre des té­nors en­rhu­més.

Au- de­là du dé­bat consis­tant à sa­voir s’il n’est pas exa­gé­ré de s’in­quié­ter des ab­sences quand on com­pare les ré­ser­voirs res­pec­tifs de joueurs de ni­veau mon­dial, il existe, de­puis sep­tembre, un fait po­si­tif, un signe en­cou­ra­geant en re­gard des épi­sodes pré­cé­dents : ceux aux­quels Di­dier Des­champs a don­né ou re­don­né une chance l’ont sai­sie, no­tam­ment King­sley Co­man et Co­ren­tin To­lis­so. En de­hors de l’hymne, une spé­cia­li­té fran­çaise, dé­ci­dé­ment, France- Al­ba­nie ( 4- 1) avait été fran­che­ment réus­si, col­lec­ti­ve­ment, tech­ni­que­ment, dans le rythme, dans l’at­ti­tude. Sur des bases com­pa­rables, les Bleus au­raient une bonne chance de faire de France- Tur­quie, lun­di, au Stade de France, le match de la qua­li­fi­ca­tion pour l’Eu­ro. Mais pour l’ins­tant, et puisque tout va très vite, à Reyk­ja­vik, seul compte ce soir.

(*) Il faut éga­le­ment que l’Al­ba­nie ne ra­mène pas six­points de ses dé­pla­ce­ments en Tur­quie et en Mol­da­vie.

Chris­to­pher To­lo­fua Tho­mas Le­mar, Clé­ment Len­glet, An­toine Griez­mann et Oli­vier Gi­roud

Les Bleus à l’en­traî­ne­ment, hier, à Reyk­ja­vik.

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