L'Equipe

Puel dans l’impasse

Dirigeants absents, joueurs transparen­ts et sur les dents, recrutemen­t inexistant, le manager général des Verts se retrouve plus que jamais livré à lui-même.

- BERNARD LIONS

SAINT-ÉTIENNE – Du derby au derby, Claude Puel s’enfonce dans les soucis. Après avoir inauguré son passage à l’AS Saint-Étienne par un succès inoubliabl­e devant Lyon (1-0, le 6 octobre 2019), le manager général a essuyé l’une de ses pires défaites dimanche, dans ce même Chaudron (0-5). Cette manita renvoie à celle du 5novembre 2017. À une nuance près. Et d’importance: les Verts d’Oscar Garcia avaient affiché un tout autre état d’esprit et de meilleures intentions. Ceux de Puel n’ont pas cadré le moindre tir pour la troisième fois de la saison.

Oubliant que la Ligue 1 est un sport d’adultes, l’ancien Lyonnais (2008-2011) a aligné un milieu de « Gambardell­a » (1). Qui a implosé. Malgré l’absence de 10 joueurs, dont 7 pour cause de Covid-19, il disposait pourtant encore d’un banc crédible (Aouchiche, Bouanga, Boudebouz, Nordin, Youssouf…) Passé la causerie d’avant-match, certains n’ont dès lors pas compris son onze de départ. Ils sentaient que le derby était déjà perdu dans le car les conduisant à Geoffroy-Guichard. Au coup de sifflet final, leur entraîneur a martelé: «Il n’existe pas de sauveur. Si on avait des joueurs indispensa­bles, ils seraient alignés quotidienn­ement.» Khazri et Kolo d z i e j c z a k i l y a d e u x a n s , Bouanga la saison passée, l’étaient. Ils marchaient sur l’eau. Aujourd’hui, ils se noient. La faute à qui?

Le choc des génération­s

Une fracture existe entre Puel et des joueurs. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, et c’est encore plus grave, c’est qu’elle voit aussi le jour entre les jeunes et les cadres. Une explicatio­n de texte musclée et génération­nelle aurait eu lieu en allant à la douche, au coup de sifflet final. En résumé, Saint-Étienne a les individual­ités pour se maintenir, mais il n’a plus de collectif.

Les Verts, c’est SOS fantômes. Y compris au niveau de la direction, qui vient de voir partir une vingtaine de ses salariés. Tandis que Bernard Caïazzo, président du conseil de surveillan­ce, est à l’étranger, entre Dubaï et les Maldives, Roland Romeyer, à la tête du directoire, s’est mis en huitaine. Déclaré positif au Covid-19 vendredi, il n’a pu assister au derby. Mais il a participé au conseil de surveillan­ce (CS) par visioconfé­rence. Il s’est tenu dimanche à 13heures, pour valider, en la présence de Puel, la nomination de Jean-François Soucasse au poste de directeur général des services. Il succède à Xavier Thuilot, arrivé dans les bagages du Castrais, et limogé à l’unanimité des 13 membres du CS, le 10 janvier. Puel se retrouve désormais isolé en interne et sous cloche. Après quinze mois et six jours, le système Puel a vécu.

Le mercato de l’espoir?

Son cauchemar chez les Verts est-il fini pour autant? À la lecture des résultats catastroph­iques – 5 victoires lors des 33 derniers matches de L1 –, il ne peut pas claquer la porte. Question d’éthique et d’image. Pas plus que ses dirigeants ne peuvent le virer. D’une part parce qu’il émarge à 225 000 € bruts par mois, jusqu’au 30 juin 2022. L’ASSE n’a pas les moyens de le licencier. D’autre part parce qu’il n’existe plus de solution de rechange en interne. Fin 2009, un tour de passe-passe avait sauvé les Verts, alors en aussi mauvaise posture au classement. Christophe Galtier, second d’Alain Perrin, lui avait succédé en gardant son salaire d’adjoint, aidant ainsi le club à payer le licencieme­nt de Perrin.

Ce schéma n’est pas reconducti­ble. Après la première manita, entraînant le départ d’Oscar Garcia, Romeyer avait misé sur Julien Sablé (octobre-décembre20­19). Qui a échoué, devenant l’adjoint de Jean-Louis Gasset, puis de Puel. Laissé pour compte, Laurent Batlles, entraîneur de la réserve, a fini par s’en aller à l’été 2019. Depuis, il réalise des miracles à Troyes, leader de L2.

Saint-Étienne devrait donc continuer à cohabiter avec son « moine guerrier », un des surnoms de Puel, jusqu’à la fin de cette saison. Au moins. Et en espérant qu’elle ne se termine pas par un accident industriel: la relégation (2). Pour l’éviter, Puel veut recruter. À sa décharge, il n’a pas pu être acteur lors des deux derniers mercatos. Seuls Maçon, l’hiver passé, Aouchiche, Neyou, Krasso et Restos, cet été, l’ont rejoint. Comme Gasset avant lui, Puel veut désormais des joueurs de haut niveau. Les ratés rocamboles­ques de Mbaye Niang, William Saliba et Mostafa Mohamed ont tendu d’autant ses relations avec Jean-Luc Buisine. Le directeur de la cellule recrutemen­t essaiera de profiter du déstockage de gros clubs pour recruter, enfin, un numéro9 et un défenseur central, en toute fin de ce mercato d’hiver, qui s’achèvera le 1er février.

(1) Baptiste Gabard (20ans), Lucas Gourna-Douath (17) et Aïmen Moueffek (19).

(2) Saint-Étienne est actuelleme­nt 16e avec 19 points, soit 4 points de plus que Dijon (18e et barragiste) et Nîmes (19e) et 7 de plus que Lorient (20e). Mais les Verts ont disputé un match de plus que les Bourguigno­ns et les Gardois et deux de plus que les Bretons.

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(2e en partant de la gauche), avec Bernard Caïazzo, président du conseil de surveillan­ce, Roland Romeyer, président du directoire, et Xavier Thuilot, directeur général des services qui a été limogé le 10 janvier
(de gauche à droite).
Le 4 octobre 2019, Claude Puel (2e en partant de la gauche), avec Bernard Caïazzo, président du conseil de surveillan­ce, Roland Romeyer, président du directoire, et Xavier Thuilot, directeur général des services qui a été limogé le 10 janvier (de gauche à droite).

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