L'Equipe

FRÈRES ENNEMIS

Florian Thauvin a reproché au Réunionnai­s, ciblé aussi par André Villas-Boas pour ses performanc­es, d’avoir accepté des conditions salariales à la baisse.

- VINCENT GARCIA

Tandis que l’OM enchaîne les contre-performanc­es, les relations s’enveniment entre Dimitri Payet et Florian Thauvin, deux tauliers du vestiaire marseillai­s.

La discussion très animée entre Dimitri Payet et Florian Thauvin le lundi 18 janvier, un jour après le recadrage d’André Villas-Boas et du président Jacques-Henri Eyraud, continue de faire des vagues à l’OM. Autant dire que l’ambiance n’est pas à la franche rigolade en ce moment à tous les étages et entre des joueurs qui ont de plus en plus de mal à se supporter. Rappel des faits. Après la défaite contre Nîmes (2-1, 16janvier), et avant les deux suivantes contre Lens (0-1, 20 janvier) et Monaco (1-3, samedi), l’heure était au grand déballage dans le vestiaire phocéen. C’est Payet qui a attaqué le premier devant le groupe, demandant à son coéquipier champion du monde s’il avait quelque chose contre lui. Ce à quoi Thauvin, surpris, a répondu par la négative.

Visiblemen­t, ce n’était pas le cas du Réunionnai­s, qui a vidé son sac. Après avoir rappelé à l’intéressé qu’ils ne passeraien­t pas leurs «vacances ensemble» , une expression reprise ensuite à son compte par «AVB» en conférence de presse, Payet, comme cela a été révélé par nos confrères de RMC, a ensuite mis les pieds dans le plat avec l’ailier droit: «Je pense que tu joues un peu trop pour ta gueule et tes st ats, je ne saisp assit a fin de contrat a quelque chose à voir là-dedans…» L’ancien joueur de West Ham a ensuite rappelé, de façon sibylline, qu’il y avait moins de talents la saison dernière sans lui (Thauvin était blessé) et sans les recrues (Cuisance, Pape Gueye…) Et que, pourtant, l’équipe jouait mieux ensemble.

Très surpris, Thauvin n’a pas répliqué sur le thème des performanc­es de Payet cette saison – il aurait pu – ni sur son poids. Il a rappelé à son coéquipier qu’il était le meilleur passeur du Championna­t (7), et que, donc, ce reproche lui paraissait infondé. Et que sa prolongati­on de contrat était une affaire personnell­e.

Mais tout n’a pas été dit sur la suite de la réunion, alors que plusieurs joueurs ont pris la parole ensuite. Alors que les échanges allaient se clore et que VillasBoas demandait si quelqu’un voulait reprendre la parole, Thauvin a levé la main. « J’ai quelque chose à te reprocher, si, a-t-il dit en substance à Payet. Je n’ai pas apprécié que t’ailles négocier avec le président dans notre dos pour baisser ton salaire. J’ai pris ça comme une trahison.»

Parmi les plus fermés à l’idée de diminuer son salaire, le plus imposant du club avec celui de Kevin Strootman (500000euro­s bruts mensuels), au début de l’épidémie de Covid-19, ce qui lui avait valu à l’époque un grand nombre de critiques, Payet, sous contrat jusqu’en 2022, a fait volteface à la surprise générale quelques mois plus tard. Il a signé en juin une prolongati­on de deux ans, jusqu’en 2024, avec une baisse globale de son enveloppe. Il touchera par exemple 50% de moins cette saison (250000euro­s mensuels) et 30 % de moins la saison prochaine mais avec la promesse écrite, noir sur blanc, d’une reconversi­on au club en tant que directeur sportif.

Une opération qui arrange le joueur sur le long terme

Une opération, louable pour certains, critiquée par d’autres, qui arrangeait le joueur sur le long terme et sa direction à court terme. Et qui a coupé l’herbe sous le pied de certains de ses coéquipier­s dans un autre état d’esprit et qui espéraient une revalorisa­tion. Comme Thauvin (28 ans aujourd’hui), donc, qui devrait quitter l’OM en juin malgré une offre de prolongati­on légèrement à la hausse avant la trêve (voir page 3). Négociée en quelques jours entre le président Eyraud, alors que Pablo Longoria, le directeur sportif, n’était pas encore là, et son agent Jacques-Olivier Auguste, la prolongati­on de Payet, décrété «marseillai­s à vie» selon l’expression un peu pompeuse, a pu créer quelques jalousies qui remontent donc à la surface en ce temps de crise sportive.

D’autant que le Réunionnai­s (33 ans), capable de porter le club phocéen en finale de la Ligue Europa en 2018, ce qui lui a coûté une Coupe du monde sur blessure, ou d’être un élément moteur de la qualificat­ion en Ligue des champions la saison dernière, ne fait pas grand-chose sur le terrain cette saison pour échapper aux critiques.

Avec AVB, la relation de confiance paraît rompue

Entre un Payet en difficulté et un Thauvin la tête ailleurs, VillasBoas, lui, semble avoir fait son choix, en confiant au second le brassard par exemple, quand Steve Mandanda s’est blessé contre Paris lors du Trophée des champions (1-2, 13janvier). Ou en mettant encore une fois Payet sur le banc face à Monaco samedi (1-3), pour la quatrième fois en six matches cette année, dans le contexte pourtant explosif de la réunion d’il y a une semaine.

L’entraîneur portugais, qui a établi des règles plus strictes ces derniers jours avec son groupe, sur le plan physique notamment, le juge à court de forme. Rancunier, AVB n’a pas digéré non plus la célébratio­n contre lui de son milieu offensif ( « t’es fou ! » ), buteur contre Montpellie­r (3-1, 6janvier), quelques jours seulement après un écart de conduite. Payet, en retard à un rendez-vous fixé une heure avant l’entraîneme­nt du 1er janvier, avait été renvoyé chez lui, avant même de mettre un pied à la Commanderi­e.

Habitué aux critiques, prêt à les encaisser pour protéger le groupe, comme il l’a rappelé à son coach à l’automne, le Réunionnai­s, rattrapé parfois par son orgueil, vit mal la situation actuelle. Avec AVB, qu’il avait été un des premiers à appeler pour le convaincre de rester en mai dernier, plus grand-chose ne les relie en ce moment, à part un certain goût pour la chasse à la taupe au club.

Sous Rudi Garcia, le fil s’était rompu lors de la saison 20182019, avant un gros match où l’ ancien entraîneur de Marseille lui avait promis qu’il serait titulaire. Pour finalement le laisser sur le banc. La relation est plus franche avec AVB, mais la confiance mutuelle s’éteint petit à petit.

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