L'Equipe

Surprises sur pistes

À mi-saison, la hiérarchie en slalom n’est pas dutout celle que l’on attendait au début de l’hiver. Un outsider s’imposera-t-il ce soir à Schladming ?

- STÉPHANE KOHLER

Rien ne se déroule vraiment comme prévu cet hiver entre les piquets serrés. Non seulement le grand rendez-vous de l’année, ce soir sur la célèbre piste Planai de Schladming, vivra un triste huis clos là où 40 000 spectateur­s s’époumonent d’ordinaire mais, comme si cela ne suffisait pas, les cartes sont totalement rebattues entre athlètes après six courses sur les onze au programme.

Le duel autant attendu qu’annoncé en début de saison entre le tenant du globe de slalom, le Norvégien Henrik Kristoffer­sen, et son dauphin pour deux points, le Vosgien Clément Noël ? Ce matin, Kristo, victorieux à Madonna fin décembre, n’est que 6e du classement, juste devant Noël, qui n’est monté qu’une fois sur le podium (2e du 1er slalom de Flachau).

Le duo, pour l’instant très irrégulier, a laissé les premiers rôles à des outsiders, comme les Autrichien­s Marco Schwarz (vainqueur à Adelboden et cinq fois sur le podium) ou Manuel Feller (vainqueur à Flachau 1), mais aussi le Norvégien Sebastian Foss-Solevaag (vainqueur à Flachau 2) ou l’Allemand Linus Strasser (vainqueur à Zagreb). Les écarts au classement du globe ne sont pas encore irrémédiab­les, et tant mieux, mais comment expliquer autant de surprises ?

Six vainqueurs en six courses

« C’est presque du chamboulet­out, reconnaît Jean-Pierre Vidal, champion olympique de slalom en 2002 et consultant pour Eurosport. À cause de la pandémie, la saison a commencé plus tard que d’habitude pour la discipline, à Alta Badia le 21 décembre et non à Levi mi-novembre. “Kristo”, Noël et même Daniel Yule ( seulement 14e au classement) ont peut-être usé de l’influx nerveux à force d’attendre avec l’étiquette de favoris. Pourtant, sur certaines manches, on voit bien que leur ski est là, notamment Clément. C’est toujours le meilleur techniquem­ent, mais il a tendance à être moins solide sur certaines sections. Il a mal démarré sa saison, et après on peut vite courir après la confiance. »

Autres facteurs pouvant expliquer ces six vainqueurs en six courses : la densité du plateau, où « dix mecs peuvent gagner un slalom, davantage qu’en géant ou en vitesse », selon Vidal, et des conditions de neige très variables d’une station à l’autre. « Alta Badia, Zagreb et Flachau n’étaient pas très difficiles cet hiver, ça peut niveler les valeurs », observe le champion olympique.

Mais voir Marco Schwarz (25ans) leader à mi-saison n’est pas non plus une surprise totale. « C’est un esthète sur le plan technique, avec un superbe toucher de neige, et il passe rarement à travers. Il a aussi à dispositio­n tous les moyens du ski autrichien en termes de matériel et de conditions d’entraîneme­nt. »

Son compatriot­e moustachu Manuel Feller semble enfin se canaliser, à 28ans. « Il est capable de tout, d’aller très vite comme de grosses fautes, avec un engagement maximum. Mais s’il conserve sa confiance actuelle… » poursuit Vidal, qui n’oublie pas non les progrès de Strasser, peut-être libéré depuis un an par le départ à la retraite de Felix Neureuther, ni Foss-Solevaag, même s’il croit peu en ses chances ce soir sur le profil très raide de Schladming.

Alors qui peut rêver du globe de slalom ? « Pour Clément, ce sera compliqué cette saison, mais il a la technique comme les ressources mentales pour revenir très vite au sommet. Très régulier, Schwarz est le mieux placé cet hiver, et l’Autriche attend un successeur à Hirscher dans cette discipline. Mais le slalom évolue constammen­t, et il est rare d’avoir les mêmes au sommet plus de trois ou quatre ans. »

 ??  ?? L’Autrichien Manuel Feller à Flachau, où il s'est imposé le 17 janvier. Il est l’un des six vainqueurs de slalom de la saison.
L’Autrichien Manuel Feller à Flachau, où il s'est imposé le 17 janvier. Il est l’un des six vainqueurs de slalom de la saison.

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