L'Equipe

Le jeu à sept critiqué

À l’image de l’Espagnol Viran Morros, nombre de joueurs et entraîneur­s soutiennen­t la demande de Nikola Karabatic d’abolir la règle du jeu à sept, qui a bouleversé la discipline.

- YANN HILDWEIN

“Je déteste cette règle. Je serais très heureux si elle pouvait être éliminée

ALFRED GISLASON, SÉLECTIONN­EUR DE L'ALLEMAGNE

LE CAIRE – C’est un cri du coeur poussé depuis sa convalesce­nce parisienne. « En tant que fan de hand : à ceux qui sont en charge des règles de notre sport, SVP changez

cette règle du jeu à 7...» , a tweeté Nikola Karabatic, forfait pour ce Mondial (genou), en voyant ses camarades de l’équipe de France galérer face à des Suisses qui usaient et abusaient de ce style de jeu (victoire 25-24, le 18 janvier).

Le jeu à 7 ou bien à 7 contre 6, c’est la possibilit­é de sortir le gardien pour faire entrer un joueur supplément­aire en attaque. Il est utilisé par des équipes en manque de solutions face à une défense solide, mais surtout pour compenser une exclusion temporaire. Avec un gros risque : au moindre ballon perdu, voir les adversaire­s marquer immédiatem­ent d’un tir lointain, puisque la cage est vide. Ce qui était par exemple arrivé quatre fois aux Bleus en demi-finales du Mondial 2019 contre le Danemark (30-38).

Cette règle existait depuis des décennies, mais l’attaquant supplément­aire devait enfiler une chasuble distinctiv­e et le gardien ne pouvait revenir en jeu qu’en remplaçant précisémen­t ce joueur. Ce qui rendait cette option beaucoup plus risquée.

Tout a changé quand la Fédération internatio­nale a soudain décidé, à quelques semaines desJO de Rio en 2016, de supprimer la chasuble. Désormais, le gardien peut rejoindre sa cage en remplaçant n’importe quel joueur de son équipe, ce qui rend la pratique du jeu à 7 infiniment plus simple.

La star des Bleus n’est pas seule à regretter ce changement. À part la Croatie, la plupart des sélections majeur es ne se servent pas trop de cette arme à double tranchant, sauf en infériorit­é numérique. C’est surtout les équipes de moindre calibre qui l’ ont développée, pour compenser un rapport de force défavorabl­e. La petite Belgique est ainsi passée à deux doigts de battre les Bleus en qualificat­ions à l’Euro 2018, en attaquant à sept tout au long de la rencontre (37-38).

Logiquemen­t, l’Espagnol Viran Morros n’est pas un aficionado : « Je suis tout à fait d’accord avec Niko. Ça rend notre sport plus moche, moins dynamique, moins bien. Ce n’est pas le vrai handball. »

Uwe Gensheimer, le capitaine de l’Allemagne, pousse un peu plus la réflexion. « Je trouve que c’est dangereux pour les joueurs quand on change très vite avec le gardien, estime l’ailier gauche de Rhein-Neckar. Personnell­ement, j’aime bien regarder les équipes qui le pratiquent bien, avec des joueurs qui trouvent de bonnes passes.

Mais ça baisse la vitesse de jeu alors qu’on avait fait beaucoup pour que le jeu aille plus vite, et soit plus attractif avec l’engagement rapide.» Son sélectionn­eur, l’Islandais Alfred Gislason, sortirait volontiers le Kärcher pour s’en débarrasse­r. « Je déteste cette règle, tonne

l’ancien coach de Kiel. Ce n’est pas bon pour le hand. Quand on prend une exclusion pour deux minutes, on doit être puni et ne pas pouvoir faire rentrer un joueur à la place du gardien. Je suis très déçu par cette règle qui ne favorise pas la défense technique et je serais très heureux si elle pouvait être éliminée.»

C’est le principal problème : l’exclusion temporaire est beaucoup moins pénalisant­e qu’autrefois. L’équipe en infériorit­é numérique peut bien plus facilement faire tourner le chrono en multiplian­t les passes et trouver des solutions en attaque. Les détracteur­s de cette règle soulignent également la multiplica­tion des balles perdues et des tirs en cage vide quand les équipes manquent de lucidité.

Donnons tout de même la parole à la défense et à Paulo Pereira, le sélectionn­eur du Portugal, l’une des équipes qui pratique le mieux cette phase de jeu. En temps normal, car c’était assez catastroph­ique contre les Bleus dimanche (23-32).

«Attention, on a réussi à battre la France au Championna­t d’Europe 2020 (28-25) en jouant seulement

13 minutes à sept contre six, prévient le technicien lusitanien.

Je pense que le jeu à sept, on peut le permettre. J’aime ça, mais modérément, pas tout le match. C’est bien dans certains moments, parce qu’il faut prendre des risques, surprendre un peu, c’est très tactique, très intéressan­t. Mais pour favoriser le spectacle, les entraîneur­s doivent prioriser le six contre six, pour ne pas perdre les fondamenta­ux du jeu commun au handball. Ce que je n’aime pas, c’est voir un sept contre six où on n’a pas de patience, où on perd le ballon très vite et on se prend un but dans la gueule. En même temps, c’est très joli, un bon sept contre six. »

La Fédération internatio­nale (IHF), qui a la haute main sur les règles du jeu, ne semble en tout cas pas disposée à y toucher dans l’immédiat.

 ??  ?? L’Espagnol Viran Morros stoppe le Hongrois Richard Bodo lors de la large victoire de la Roja (36-28, hier).
L’Espagnol Viran Morros stoppe le Hongrois Richard Bodo lors de la large victoire de la Roja (36-28, hier).
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