L'Equipe

KOBE BRYANT

Un an après sa disparitio­n, Kobe Bryant reste très présent dans le coeur des Californie­ns, dans celui des joueurs NBA et sur les murs de la ville.

- LOÏC PIALAT

LOS ANGELES (USA) – Même en hiver, le soleil californie­n trouve un moyen de briller. Trente degrés sur le thermomètr­e. Ladie One doit sortir le parasol. L’artiste de rue le fixe à sa nacelle et se remet au travail, une fresque consacrée à Kobe Bryant de soixante mètres de long et dix mètres de haut.

Un an jour pour jour que le quintuple champion NBA est décédé dans un accident d’hélicoptèr­e avec Gianna, sa fille de 13 ans, et sept autres personnes. Mais Los Angeles ne se lasse pas de le peindre sur ses murs.

«Tout le monde veut préserver son héritage. Alors nous, les artistes, on se sent obligés d’aider, explique Ladie One. Cette fresque va être un monument à sa mémoire. C’est beaucoup de pression. C’est pour ça que j’y mets autant de temps et d’efforts.»

La jeune femme, T-shirt noir avec les numéros 8, 24 et 2 (ceux de Kobe et Gianna), a déjà passé deux mois sur ce « mural ». On y voit notamment la célèbre image du Laker hurlant de joie, le maillot flottant. C’est une boutique de marijuana (la consommati­on est légale dans cet État) qui lui a commandé l’oeuvre, visible depuis l’autoroute. Le visage déterminé de Bryant éclaire ce quartier industriel et glauque de Downtown, au pied d’une ligne de chemin de fer abandonnée et recouverte de détritus.

Les « murals » – pas tous aussi gigantesqu­es que celui-ci – ont commencé à apparaître presque tout de suite après la mort du basketteur. Dans la Cité des anges mais pas seulement. Mike Asner en a recensé 437 dans une trentaine de pays, dont la France. Ce spécialist­e du marketing numérique a créé une carte interactiv­e et gratuite pour les retrouver sur son site Kobemural.com. «Il y a des nouvelles fresques toutes les semaines. C’est une thérapie pour beaucoup de gens, y compris pour moi. J’ai perdu un membre de la famille quelque part. Redonner aux fans à mon petit niveau, ça m’aide», confie-t-il.

Tehrell Porter a compris l’importance de ces peintures pour les Angelenos quand leur gratitude s’est traduite en générosité. «Pendant une semaine, je n’ai

pas eu besoin d’acheter à manger ! raconte l’artiste, originaire d’Hawaï et venu en Californie pour repeindre les murs tagués d’une usine textile. On m’a aussi offert de la marijuana. Je ne fume pas trop alors je l’ai donnée à mon colocatair­e. Il était content.»

Un bolide bleu ralentit devant l’oeuvre. La vitre se baisse. «Super boulot, respect !» et le conducteur repart. La fresque intitulée « Mamba Business » s’étire sur trois façades d’un immeuble imposant, à dix minutes du Staples Center. Une série de tableaux retrace la vie du joueur, de Kobe enfant (avec un panier de basket dans la pupille pour illustrer ses rêves de grandeur) à ses grands adversaire­s (Jordan, Iverson, Wade). Porter a encore du boulot. Tracy McGrady n’est qu’esquissé, LeBron James, Anthony Davis ou Vince Carter même pas encore dessinés.

Les fresques, les best-of YouTube, les livres de sa maison d’édition Granity Studios, une paire de Nike Grinch pour Noël, les messages de Vanessa Bryant sur Instagram : KB manque à un tas de gens qui s’accrochent à ce qui reste. Comme on écoute en boucle la voix d’une ancienne flamme sur son répondeur.

Un million de cas d e Covid-19, 15 000 morts rien qu’à LA : le Staples Center, «la maison que Kobe a bâtie» dixit la chanteuse Alicia Keys, est fermé au public. La pandémie limite également les chances d’assister à des rassemblem­ents spontanés comme ceux qui avaient agité Figueroa Street après le 17e titre de champion des Lakers en octobre. Ce soir-là, les «Kobe, Kobe» avaient autant résonné que les «LeBron» au coeur d’une foule euphorique.

L’ex-président Donald Trump a bien promis une statue du joueur dans son futur « jardin national des héros américains» mais le projet, sans financemen­t, ne survivra peut-être pas à l’élection de Joe Biden. Et il faudra encore un peu de

temps avant que les Lakers n’offrent à l’homme aux vingt saisons en violet et or sa statue sur le parvis du Staples à côté de Kareem Abdul-Jabbar, Magic Johnson ou Shaquille O’Neal.

O’Neal justement, fait partie de la longue liste des personnali­tés de la NBA interrogée­s sur Bryant ces derniers jours.

«C’est toujours un peu dur», a répondu son ancien coéquipier au moment d’évoquer son deuil. «Un dicton dit que le temps guérit

tout», a tenté James. Un an n’a clairement pas suffi. «J’ai toujours du mal à y croire», a reconnu Davis, l’autre star de la franchise. Nouveau Laker, Marc Gasol, en revanche, a poliment décliné tout commentair­e sur ce 26 janvier 2020 : «Je ne suis pas à l’aise avec ce sujet, désolé. » Son frère Pau, vainqueur de deux titres à LA (2009, 2010) était l’un des rares amis proches de l’arrière (sa fille, née en septembre, s’appelle Elisabet Gianna).

À l’approche de ce premier anniversai­re, Vanessa Bryant a d’ailleurs invité les médias à s’abstenir de rediffuser des images du site de l’accident. « Nous ne voulons pas les voir (…) Notre année a été suffisamme­nt traumatisa­nte comme cela»,

plaide-t-elle.

En plus du décès de son enfant et de son mari, la veuve a dû gérer plusieurs poursuites judiciaire­s. Contre le bureau du shérif, qui a diffusé des clichés du crash, contre sa propre mère (qui réclamerai­t 5 millions de dollars pour s’être occupée de ses petites-filles sans compensati­on), et contre la société exploitant l’hélicoptèr­e (qui a elle-même attaqué des aiguilleur­s du ciel).

Une audience est prévue le 9 février au Conseil national de la sécurité des transports pour déterminer les causes du crash qui endeuille depuis un an une famille, une ville et une ligue.

“J’ai toujours du mal à y croire

ANTHONY DAVIS, INTÉRIEUR DES LAKERS

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Le souvenir de Kobe Bryant et de sa fille Gianna orne les murs de nombreuses villes américaine­s.

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